Dimanche 20 septembre Ingrid Bizaguet et sa Compagnie Transverse ont « Bercé le monde » à Malakoff aux côtés des Artistes pour la Paix.
Ingrid Bizaguet est danseuse et professeure diplômée d’État de danse contemporaine, formée à la sociologie, l’anthropologie et la danse-thérapie. Sa dernière pièce, Bercer le monde, est une pièce pour danse et musique vivante autour d’un grand tissu qui viendra bercer le public.
Ingrid Bizaguet :
Bercer le monde est né dans mon esprit comme un grand bercement de la colère des humains, comme un pas vers la paix, vers la réconciliation avec les autres et avec soi. Comme pour rendre visible l’écran de fumée de nos désirs de possession, de domination, qui cachent en réalité notre besoin incommensurable de consolation. Parce qu’avant la naissance il y a la continuité, la contenance, le bercement, le monde en sourdine. L’effleurement délicat des mains sur un ventre-maison. Parce que d’un seul coup il y a le vide, la lumière violente, la faim, le froid, les cris…
Il y a l’entrée dans le monde violent. Je travaille avec les mamans et les bébés et en fait, il faut bercer les adultes, les mères, il faut continuer à bercer les mères qui bercent les bébés et continuer à se bercer.
La violence, la méchanceté viennent de notre souffrance. In utero il n’y a pas de souffrance, on est bien quand on est aimé, entouré et comme il y a moins de souffrance il y a moins de cruauté.
Ce spectacle, on le fait dans les écoles, je veux bercer les enfants mais aussi les institutrices, les directrices d’écoles, les animatrices, les adultes autour qui fabriquent un monde violent parce qu’ils sont eux même heurtés par cette violence-là.
On fait danser les enfants et c’est super, mais aussi les adultes que l’on met dans un tissu pour être bercés comme si ces adultes étaient encore des enfants… L’adulte est un enfant. On est contraint par l’existence, un peu comme un arbre, par exemple un poirier, on devient des adultes méchants parce qu’on a été heurté par le monde.
L’humain danse depuis toujours, depuis la nuit des temps, il danse parce qu’il est bercé par la musique, et aller danser avec l’autre et retrouver ce bercement qu’on a vécu in utero dans notre mère bipède, danser c’est aussi apaiser ses douleurs, ses souffrances, ses désirs. C’est aller vers l’autre en résonance avec le monde et on ne peut pas vivre sans être touché, sans bercer ou être bercé, sans danser.
J’ai oublié de te dire quelque chose ! Bercer ou être bercé fait secréter de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement, du lien, de la paix sans doute. Et cette pièce (je l’espère) fait secréter un peu d’ocytocine. Je rêve que nous en sortions baignés d’ocytocine, de douceur, de calme, d’apaisement.
Le 10 octobre, je fais une conférence gesticulée que j’ai appelée « Faire danser le corps social » c’est-à-dire que depuis toujours l’humain danse en fonction de ses besoins, les formes de danse sont liées aux besoins du corps et aux besoins des humains d’être en mouvement les uns avec les autres et il ne faut pas que ça se perde.
On cherche à trouver sa place avec l’autre. Nous sommes des animaux et nous avons besoin de bouger, de toucher et d’être touché ; avec un tissu on ne se touche pas trop mais c’est une façon de toucher.
Prendre soin de soi pour prendre soin de l’autre et prendre soin du monde.
Se donner rendez-vous et bercer le monde, les places, les passants, bercer les rues, bercer les montagnes, les rivières…
Ingrid Bizaguet nous rappelle la place de la paix dans nos vies, l’interaction entre nos actions, nos besoins et nos peurs, qui peuvent contribuer à créer une société violente si on n’en prend pas conscience ou une société accueillante, bienveillante et non violente comme l’on accueille un enfant à sa naissance. Elle contribue par la danse à révéler notre part de paix, de sérénité vécue dans le ventre-mère et donc l’importance de la Vie. Le tissu permet de toucher, bercer l’autre, cet inconnu et c’est un acte d’une grande profondeur car il s’agit de trouver la paix en soi pour faire la paix avec l’autre et avec le monde. Ingrid Bizaguet nous rappelle que la paix commence en soi et nous en sommes les principaux acteurs.*
Pour en savoir plus, découvrir et/ou venir être bercé :
https://www.mouvementetcreation.com/
Conférence gesticulée : le 10 octobre à 14h à Malakoff








