PARIS — Le 23 août 2026, le 18e arrondissement de Paris a accueilli une cérémonie particulièrement symbolique à l’occasion du 30e anniversaire de l’expulsion des personnes sans papiers de l’église Saint-Bernard. Une plaque commémorative a été dévoilée afin de préserver la mémoire de cet événement majeur de l’histoire des luttes pour les droits des personnes étrangères en France.
Cette cérémonie a également permis de rendre hommage aux collectifs citoyens, associations, bénévoles, militants et habitants qui, depuis 1996, se mobilisent aux côtés des personnes sans papiers pour défendre leurs droits, leur dignité et leur régularisation.
De nombreux élus, représentants associatifs, militants, bénévoles et acteurs engagés dans la défense des droits des personnes migrantes étaient présents. Parmi eux figuraient notamment Nayan NK, président de Solidarités Asie France (SAF), Tawhid Ahmed, vice-président de SAF, ainsi que plusieurs membres de l’association.
Trente ans après, Saint-Bernard reste un symbole
En août 1996, plus de 200 personnes sans papiers avaient trouvé refuge dans l’église Saint-Bernard, dans le 18e arrondissement. Elles s’étaient rassemblées pour demander la régularisation de leur situation administrative et dénoncer les conditions de précarité auxquelles elles étaient confrontées.
Leur occupation avait rapidement suscité un important mouvement de solidarité. Le prêtre de l’église leur avait ouvert ses portes et de nombreux habitants, associations et bénévoles s’étaient mobilisés pour leur apporter de la nourriture, des vêtements, un soutien matériel et une assistance dans leurs démarches.
Mais le 23 août 1996, une intervention policière avait conduit à l’évacuation de l’église. Les portes avaient été forcées et les personnes qui occupaient les lieux avaient été évacuées. Pour beaucoup d’entre elles, cette intervention a marqué le début d’une période particulièrement difficile, avec des risques de procédures d’éloignement du territoire.
L’événement avait provoqué une importante réaction dans la société française. Des milliers de personnes s’étaient mobilisées pour dénoncer l’expulsion et demander la régularisation des personnes sans papiers.
Un hommage à celles et ceux qui ont fait vivre la solidarité
La cérémonie du 23 août 2026 n’a pas seulement été consacrée au souvenir des personnes expulsées. Elle a également rendu hommage aux collectifs citoyens, associatifs et aux bénévoles qui se sont engagés depuis 30 ans aux côtés des personnes sans papiers.
Ces acteurs de la solidarité ont joué un rôle essentiel dans l’accompagnement quotidien des personnes migrantes : aide administrative, accès aux droits, soutien juridique, recherche de logement, aide alimentaire, accompagnement vers l’emploi ou encore organisation de mobilisations citoyennes.
Leur action témoigne d’une solidarité qui dépasse les frontières et les différences de statut administratif.
Les prises de parole des élus et des associations
La cérémonie a débuté par une intervention d’Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement de Paris. Il a rappelé l’importance de la mémoire de Saint-Bernard et a réaffirmé son attachement à la défense des droits et de la dignité des personnes sans papiers.
Plusieurs élus du 18e arrondissement ainsi que des représentants du monde associatif ont ensuite pris la parole.
Dialo, porte-parole du CSP75 (Collectif des Sans-Papiers de Paris 75), a également participé à la cérémonie et porté la parole des personnes sans papiers. Son intervention a rappelé que, derrière les questions administratives et les titres de séjour, se trouvent avant tout des femmes et des hommes qui vivent, travaillent et participent à la société française et qui revendiquent le respect de leurs droits et de leur dignité.
Le CSP75, acteur historique des mobilisations de personnes sans papiers à Paris, s’inscrit dans cette continuité de lutte pour la régularisation et l’égalité des droits.
La cérémonie a également été marquée par les interventions de représentants de collectifs et d’associations engagés depuis de nombreuses années dans la défense des personnes migrantes.
Emmanuel Grégoire : une mémoire qui engage l’avenir
La cérémonie s’est achevée par une prise de parole d’Emmanuel Grégoire, maire de Paris.
Les différentes interventions ont insisté sur la nécessité de ne pas réduire la question des personnes sans papiers à leur situation administrative. Les élus et responsables associatifs présents ont rappelé l’importance de garantir la dignité, la protection et l’accès aux droits pour toutes et tous.
Le message porté lors de cette cérémonie était également tourné vers l’avenir : se souvenir de Saint-Bernard signifie aussi poursuivre les combats contre la précarité, les discriminations et l’exclusion.
Solidarités Asie France : la continuité d’un engagement
La présence de Solidarités Asie France (SAF) à cette cérémonie s’inscrit dans le travail mené par l’association auprès des personnes migrantes.
Son président, Nayan NK, accompagné du vice-président Tawhid Ahmed et de plusieurs membres de SAF, a participé à ce moment de mémoire et de solidarité.
Pour les associations engagées auprès des migrants, l’histoire de Saint-Bernard constitue un rappel de l’importance de l’engagement citoyen. Elle montre que les mobilisations collectives peuvent faire évoluer le regard porté sur les personnes sans papiers et placer leurs revendications au cœur du débat public.
Une plaque qui transmet une histoire
Le dévoilement de la plaque commémorative constitue donc un acte de transmission. Installée dans le 18e arrondissement, elle rappelle aux générations actuelles et futures qu’en 1996, des centaines de personnes sans papiers se sont mobilisées pour réclamer leurs droits et que des milliers de citoyens se sont levés pour leur apporter leur soutien.
Mais cette plaque rappelle également que l’histoire de Saint-Bernard n’est pas seulement celle d’une expulsion. C’est aussi celle d’une mobilisation collective, d’une solidarité entre habitants, associations, militants, élus et personnes sans papiers.
Trente ans plus tard, cet héritage demeure présent dans les nombreuses actions menées en France pour défendre les droits des personnes migrantes.
De la mémoire à l’action
Le 23 août 2026, Paris n’a donc pas seulement commémoré un événement vieux de trente ans. La ville a également rendu hommage à celles et ceux qui, depuis 1996, continuent de faire vivre la solidarité.
La plaque de Saint-Bernard devient ainsi un symbole : celui de la mémoire d’une lutte, de la reconnaissance envers les collectifs citoyens, associatifs et bénévoles, et de la volonté de poursuivre le combat pour la dignité et les droits des personnes sans papiers.









