C’est la première fois depuis le premier forum de Porto Alegre en 2001 qu’un Forum social mondial — dont la préparation mobilisait de nombreuses associations et mouvements depuis plus d’un an — est interdit par le gouvernement du pays hôte (le Bénin). Pourtant, c’est bien ce qui s’est passé : le gouvernement autocratique pro-occidental n’a autorisé ni le cortège d’ouverture du 4 août ni la tenue du forum à l’université d’Abomey-Calavi.

Parallèlement, des convois de militants étaient reconduits à la frontière et plusieurs dizaines d’entre eux se sont vu refuser l’entrée dans le pays avant d’être renvoyés chez eux.

Heureusement, grâce à certaines réactions internationales — certes timides — mais surtout aux prises de position des chefs traditionnels, le gouvernement a fini par autoriser le forum, qui s’est tenu du 6 au 8 août.

Il est encore trop tôt pour juger des résultats de ce forum mondial. Certes, il a été marqué par une participation prépondérante des mouvements ouest-africains, ainsi que de certains acteurs — étatiques ou non — tels que l’Algérie et les Sahraouis (dernier vestige colonial explicite, bien que perpétré par un autre pays africain : le très occidental Maroc).

Les présences les plus marquantes ont été celles liées à la Via Campesina et à la Convergence des caravanes d’Afrique de l’Ouest, autour des enjeux de souveraineté alimentaire, la lutte contre l’accaparement des terres par les grandes multinationales et contre le changement climatique.

Ces caravanes ont célébré dix années de lutte non violente — une lutte davantage vécue sur le terrain que célébrée sur le plan idéologique — en nouant des alliances avec les chefs traditionnels, ces « rois » présents lors des cérémonies de clôture.

Le Bénin a en effet officialisé la reconnaissance des chefs traditionnels par le biais d’une nouvelle loi adoptée en mars 2025, laquelle institutionnalise leur rôle dans la construction d’un pays moderne. Ce dispositif concerne 16 royaumes, 80 chefferies supérieures et 10 chefferies coutumières, en s’appuyant sur des critères liés à l’ancrage territorial, au type de pouvoir exercé et à l’organisation sociale hiérarchique, en référence à la période précoloniale (fixée à 1894 pour le sud et à 1897 pour le nord).

Il est quelque peu frappant d’assister à un événement phare de la mouvance anticapitaliste mondiale qui se distingue tant des coalitions de syndicats et de mouvements sociaux contestataires des éditions précédentes ; pourtant, c’est bien là que résident la résilience, la nouveauté et l’inculturation de la lutte pour « un autre monde est possible » au sein d’une réalité si différente du monde occidental.

Le monde occidental a brillé par son absence, y compris en ce qui concerne les mouvements sociaux. C’était particulièrement vrai pour l’Italie, où l’on ne comptait « que » quelques figures marquantes : Fabio Alberti (de l’association Un Ponte Per), qui a organisé un séminaire sur la décolonisation ; Paola De Meo, très active dans la lutte contre le « Plan Mattei » colonial du gouvernement Meloni ; le cinéaste Antonio Pacor, dont nous attendons le reportage — toujours aussi précis — ; et Vittorio Agnoletto, seule voix ayant tenté d’informer l’Italie via des articles et des interventions sur Radio Popolare.

Nous quittons cette rencontre avec un monde qui nous était étranger — mais qui n’en est pas moins important dans la lutte contre la déshumanisation — en emportant avec nous une invitation à moins de superficialité et à moins d’égocentrisme, ainsi que la conviction qu’un monde différent est réellement à notre portée et à celle de la planète.

Traduction: Evelyn Tischer