Les flammes ont de nouveau gagné les Landes, la Gironde, le Var mais aussi la Haute Corse. Comme en 2022, des milliers d’hectares de forêt sont détruits, des habitants ont été évacués et les pompiers luttent contre des incendies favorisés par la sécheresse et les fortes chaleurs. Ces nouveaux feux soulèvent une question : les leçons des incendies historiques de 2022 ont-elles réellement été tirées ?
À l’époque, le gouvernement avait promis de renforcer la prévention, d’adapter les forêts au changement climatique et d’améliorer la coordination entre les différents acteurs. Trois ans plus tard, les analyses de la Cour des comptes, du Sénat et de l’Office national des forêts (ONF) permettent de dresser un premier bilan.
Des moyens renforcés, mais une prévention toujours en retrait
Dans son rapport publié en 2024, la Cour des comptes reconnaît que l’État a engagé plusieurs actions après les incendies de 2022. Les moyens des services d’incendie et de secours ont été renforcés, de nouveaux matériels ont été acquis et la coordination entre les acteurs de la sécurité civile a été améliorée. La préparation ne concerne plus seulement les départements méditerranéens, mais s’étend progressivement à de nouveaux territoires exposés.
Toutefois, l’institution estime que ces efforts restent principalement concentrés sur la lutte contre les incendies. Or, face à l’évolution du risque, cette stratégie montre ses limites. La Cour rappelle que les moyens techniques et humains des services de secours « ne pourront suffire à eux seuls » face à des incendies d’une ampleur croissante.
Le Sénat formule un constat comparable dans son rapport d’information publié après les mégafeux de 2022. Les sénateurs considèrent que la France a longtemps privilégié une logique d’intervention plutôt qu’une véritable politique de prévention. Ils recommandent ainsi de doubler les moyens consacrés à la prévention, de renforcer les obligations de débroussaillement, de mieux protéger les zones situées à l’interface entre les forêts et les espaces habités, ainsi que de développer l’information du public.
Ces recommandations montrent que, si les capacités d’intervention ont été améliorées, les politiques destinées à réduire le risque avant le déclenchement des incendies demeurent incomplètes.
Des incendies plus violents et un climat qui évolue plus vite que les politiques publiques
La multiplication des incendies ne s’explique pas uniquement par un manque de moyens. Les trois institutions- Cour des Comptes, Séna, Office National des Foreêts- convergent vers un même constat : le changement climatique modifie profondément le risque incendie.
La Cour des comptes souligne que les sécheresses prolongées, les températures élevées et les vents favorisent des feux plus rapides, plus intenses et plus difficiles à maîtriser. Les incendies ne concernent plus seulement le pourtour méditerranéen ; ils touchent désormais des territoires longtemps considérés comme peu exposés.
Le Sénat va plus loin en avertissant que près de la moitié des forêts françaises pourraient être concernées par le risque incendie d’ici 2050. Pour les sénateurs, les politiques publiques n’anticipent pas suffisamment cette évolution. Ils appellent à mettre en place une véritable stratégie nationale de défense des forêts, à mieux coordonner les ministères concernés et à adapter l’organisation territoriale aux nouvelles zones à risque, notamment dans le Sud-Ouest.
Les incendies qui frappent aujourd’hui les Landes, la Gironde illustrent précisément cette extension géographique annoncée il y a plusieurs années.
Les forêts françaises sont-elles adaptées au changement climatique ?
L’Office national des forêts apporte un éclairage complémentaire. Dans le cadre du projet Néo Terra, développé en Nouvelle-Aquitaine, l’ONF reconnaît que les forêts deviennent « de plus en plus vulnérables » face aux sécheresses, aux tempêtes, aux incendies, aux parasites et aux maladies.
Pour répondre à ces nouvelles conditions, l’organisation expérimente des modes de gestion adaptés au climat de demain. Des îlots d’avenir permettent de tester des essences plus résistantes, tandis que le développement de forêts mélangées vise à limiter la vulnérabilité des peuplements trop homogènes. Pour l’ONF, il ne suffit plus de replanter des arbres après un incendie. Il faut repenser la manière de gérer les forêts en diversifiant les essences, en favorisant des peuplements moins homogènes et en adaptant les pratiques forestières au climat de demain.
Ces expérimentations traduisent un constat implicite : les modèles de gestion forestière hérités du siècle dernier ne suffisent plus à répondre aux conditions climatiques actuelles.
Ce diagnostic rejoint celui de la Cour des comptes, qui estime que l’adaptation des forêts reste un chantier majeur, ainsi que celui du Sénat, qui appelle à anticiper davantage les conséquences du changement climatique sur les espaces forestiers.
Un changement de modèle encore inachevé
Les rapports de la Cour des comptes, du Sénat et de l’ONF convergent vers une même conclusion. Depuis les incendies de 2022, la France a renforcé ses capacités de lutte contre les feux de forêt. En revanche, la transition vers une politique fondée sur l’anticipation, la prévention et l’adaptation des forêts demeure inachevée.
D’autres rapports montrent que les financements consacrés à la prévention et à l’adaptation aux risques climatiques restent insuffisants et ne constituent pas encore une priorité des politiques publiques. C’est notamment le constat dressé par l’Institute for Climate Economics (I4CE), qui estime qu’il manque plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissements chaque année pour financer la transition écologique et l’adaptation au changement climatique.
Le Sénat souligne également, dans son rapport de 2023 sur les Canadair, que le renouvellement de la flotte est trop lent alors même que les appareils sont vieillissants. Les sénateurs jugent peu réaliste la promesse du président Emmanuel Macron de porter la flotte de 12 à 16 Canadair d’ici 2027, en raison des contraintes budgétaires et industrielles.
Pourtant, le budget de la Défense s’élève à 57 milliards d’euros en 2026, avec une augmentation comprise entre 3,5 et 6,5 milliards d’euros prévue par la loi de programmation militaire (LPM). De son côté, la Cour des comptes rappelle, dans son référé sur la flotte aérienne de la sécurité civile, que le renouvellement des avions nécessiterait un investissement d’environ 1,3 milliard d’euros sur dix à quinze ans. Un investissement limité au regard des dépenses consacré à la Défense, qui interroge sur la place accordée au financement de l’adaptation aux risques climatiques dans les priorités budgétaires de l’État.








