Le « service national universel » (SNU) a échoué ; voici maintenant le « service militaire volontaire » (SMV).

En mai, des dizaines de milliers d’élèves à travers l’Allemagne ont de nouveau manifesté lors d’une nouvelle « grève scolaire contre la conscription » et contre les projets de militarisation du gouvernement allemand. Nous prônons la mise en réseau internationale des antimilitaristes ainsi que la solidarité avec tous les déserteurs et objecteurs de conscience à travers le monde. C’est aussi la raison pour laquelle Franz Nadler a rendu compte de la résurgence du service militaire obligatoire en Lettonie et dans d’autres pays. Cette fois, il porte son regard au-delà de nos frontières, vers notre voisin : la France.

Tout d’abord, des militants de l’Union pacifiste de France (UPF)[1] ont aimablement fourni les informations utilisées dans cet article. L’UPF est la section française de l’Internationale des résistants à la guerre (IRG), une organisation qui compte également en son sein des groupes tels que Graswurzelrevolution [Révolution venue de la base], IdK [L’Internationale des résistant(e)s à la guerre]  et DFG-VK [ Société allemande de la Paix – Objecteurs de conscience réunis].

En France, une grande partie de la jeunesse se montre généralement sceptique à l’égard de l’armée. Le recrutement de nouveaux effectifs s’avère difficile. Avec 15 % de femmes dans ses rangs, l’armée française affiche l’une des proportions de femmes militaires les plus élevées. La France est par ailleurs une nation vieillissante. Ce constat vaut tout particulièrement pour les forces armées, où le départ à la retraite peut intervenir dès l’âge de 54 ans. Quarante pour cent des plus de 200 000 militaires d’active des forces armées françaises atteindront cet âge dans les années à venir.

Le service national universel (SNU)

En France, le service militaire obligatoire a été suspendu en 1997. Afin d’attirer davantage de jeunes vers le service militaire, le gouvernement d’Emmanuel Macron a entamé en 2017 une réflexion sur la mise en place d’un service national universel volontaire (SNU). En 2018, le président du parti de Macron Renaissance, Gabriel Attal, est nommé secrétaire d’État chargé de l’Éducation nationale et se voit confier la mission de préparer le SNU.

La même année, l’alliance « Non au SNU ! » a été créée à l’initiative de l’UPF qui trouvait que les arguments avancés par le gouvernement (diversité, cohésion, développement régional, promotion professionnelle) ne sont pas crédibles ; en réalité, il s’agirait d’une exploitation de mineurs à des fins de recrutement de militaires de carrière.

Il est toutefois apparu dès la phase de planification que l’armée n’avait aucun intérêt à divertir des enfants ; c’est pourquoi le ministère de l’Éducation a pris en charge la direction et le financement du projet. En 2024, le budget s’élevait à 160 millions d’euros.

En 2020, il a même été envisagé de modifier l’article 34 de la Constitution pour faire du SNU une obligation universelle, un projet qui a finalement été abandonné.

Lancé en 2019, le SNU a d’abord été mis en place à titre expérimental dans 13 départements. Ce programme, destiné aux jeunes de 15 à 17 ans, durait 14 jours et se déroulait en milieu militaire pendant les vacances d’été.

La France compte plusieurs millions d’adolescents âgés de 15 à 17 ans. Au départ, il était prévu que 30 000 d’entre eux participent au programme. Ce nombre a ensuite été ramené à 18 000 en 2021. Au final, 143 sites d’affectation ont été mis en place au sein de l’armée et de la police, y compris dans les territoires d’outre-mer. Ainsi, chaque site a accueilli quelques centaines de jeunes venus participer à ces camps d’été paramilitaires. Il y avait un nombre remarquablement élevé de jeunes filles et il s’agissait principalement d’enfants issus de familles de militaires, d’autres services en uniforme (police, gendarmerie, pompiers, douanes, administration pénitentiaire, etc.) et de familles animées d’un fort sentiment patriotique ou d’un « sens du devoir » très marqué.

Le programme quotidien imposé comprenait un rassemblement matinal en uniforme — avec garde-à-vous durant la levée des couleurs au son de *La Marseillaise* et marche au pas — suivi d’activités telles que des parcours d’obstacles, des exercices et des corvées de nettoyage. Bien que l’entraînement au maniement des armes ne figurât pas officiellement au programme, il arrivait que les jeunes soient autorisés à s’exercer au tir sur cible dans des stands de tir.

Aucune rémunération n’était versée, mais les participants recevaient des uniformes (sous-vêtements, pantalons, chemises, pulls, chaussettes, chaussures, etc.) et divers articles promotionnels (casquettes, autocollants, badges, etc.), ainsi que le logement, les repas et une formation gratuite à la conduite leur permettant de passer l’épreuve théorique du permis de conduire.

Plusieurs scandales ont été révélés

Le 18 juin 2019, à Évreux, 29 des 100 « volontaires » ont été victimes d’un coup de chaleur après avoir été contraints d’attendre en plein soleil.

En juillet 2022, une centaine de « volontaires » ont subi une punition collective (obligation de faire des pompes en pleine nuit) parce que des filles avaient été découvertes dans le dortoir des garçons.

Des plaintes récurrentes ont également été formulées concernant l’encadrement, dont les membres manquaient souvent de qualifications adéquates : brimades, corvées épuisantes, harcèlement et comportements inappropriés étaient monnaie courante. Des hôpitaux militaires étaient mobilisés pour traiter les cas de coups de chaleur et divers accidents.

Certes, le collectif « Non au SNU ! », auquel l’UPF avait également pris part, avait mené une campagne intense, mais c’est finalement un rapport de la Cour des comptes, qui dénonçait sans ménagement les dépenses somptuaires consacrées au SNU et faisait état d’un résultat pratiquement nul (« chiffres de recrutement très faibles »), qui a entraîné l’abandon du projet.

La France compte encore plus de projets phares prestigieux que l’Allemagne — des projets qui ont contribué à transformer l’importante dette publique du pays en un grave problème social. Par conséquent, des réductions budgétaires ont été imposées à tous les ministères, à une exception près : l’armée.

Le SNU figurait parmi les projets clés du gouvernement d’Emmanuel Macron durant son premier quinquennat, visant à favoriser le renforcement des forces armées. Il a été abandonné en septembre 2025.

Service militaire volontaire (SMV)

La France, elle aussi, se sent menacée par la Russie. En novembre 2025, Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a déclaré : « La Russie se prépare à une confrontation avec nos pays d’ici à 2030. Si notre pays vacille parce qu’il n’est pas prêt à accepter la perte de ses enfants… Si nous ne sommes pas préparés à cela, alors nous sommes en danger. » Emmanuel Macron a ajouté : « Dans ce monde incertain, où la loi du plus fort prévaut et où la guerre est devenue une réalité, notre nation n’a pas le droit d’avoir peur. »

C’est pourquoi le gouvernement a décidé, le 27 novembre 2025, de lancer un nouveau projet : un service militaire volontaire (SMV), dont le début était initialement prévu pour le 1er juillet 2026. Toutefois, la date de lancement a finalement été reportée à septembre 2026. L’objectif est de recruter 3 000 jeunes âgés de plus de 18 ans. L’armée a accueilli l’initiative avec enthousiasme, vantant les mérites de ce service désormais « purement militaire » sur ses sites Internet, et a immédiatement reçu plusieurs dizaines de candidatures de jeunes de 18 et 19 ans.

Le public cible se compose principalement de volontaires ayant abandonné leurs études et incertains de la suite de leur parcours, ou de personnes contraintes par la pauvreté de trouver rapidement un revenu modeste. Ils se voient proposer une indemnité, une formation de base minimale (discipline, obéissance, patriotisme, etc.) ainsi qu’une formation professionnelle limitée (un certificat de qualification professionnelle et le permis de conduire gratuit). La rémunération mensuelle est fixée à 345 euros pour ceux qui ne possèdent pas de qualification professionnelle préalable, tandis que les titulaires d’une telle qualification percevront 745 euros par mois. La durée du service est prévue pour quatre ans. Il a été décidé que la campagne « Non au SNU ! » serait désormais rebaptisée « Non au SMV ! ».

Objection de conscience

En 2019, la campagne « Non au SNU ! » a envisagé d’invoquer la liberté de conscience. Toutefois, cela s’est avéré impossible, dans la mesure où les jeunes ne recevaient pas de formation au maniement des armes et s’étaient portés volontaires pour ce service.

Le 27 novembre 2025, Emmanuel Macron a précisé la nature de ce caractère « volontaire » : « En cas de crise majeure, le Parlement peut mobiliser non seulement les volontaires, mais aussi les personnes dont l’aptitude a été établie le jour de la mobilisation. Le service national devient alors obligatoire. En dehors de ce cas exceptionnel, le service est volontaire. »

Une « crise grave » pourrait survenir, que ce soit à l’étranger ou sur le territoire national. Dans de telles circonstances, le droit à l’objection de conscience pourrait être invoqué.

En France, les jeunes âgés de 16 à 25 ans sont également tenus de participer à la « Journée Défense et Citoyenneté » (JDC). Auparavant d’une durée d’une demi-journée, celle-ci a été portée à sept heures. Le programme comprend des exercices — notamment l’utilisation de fusils laser —, ainsi que des repas de type militaire et d’autres activités (Spiegel, 26 septembre 2025).

Un appel lancé par des (anciens) objecteurs de conscience — publié le 23 mai 2024 dans *L’Humanité* — abordait également cette question.

Extrait

« Le service militaire a seulement été suspendu, et la conscription pourrait « être rétablie par la loi à tout moment, si les besoins de la défense nationale l’exigent ou si les objectifs assignés aux armées le rendent nécessaire » (loi portant réforme du service national du 28 octobre 1997). Dans de telles circonstances, il pourrait s’avérer difficile pour les autorités compétentes de traiter rapidement un grand nombre de demandes d’objection de conscience. Dès lors, lors de la Journée défense et citoyenneté, il nous semble tout à fait conforme aux principes démocratiques qu’un jeune homme ou une jeune femme déclare : « Je refuse par la présente le service militaire armé pour des motifs de conscience et demande à exercer ce droit internationalement reconnu. Mes convictions, ancrées dans la recherche d’une paix collective, m’orientent vers des formes de service à la nation et à sa population autres que le recours aux armes. » »

Parmi les premiers signataires objecteurs de conscience, on compte : Hervé Belin (refus en 1977), José Bové (1975), Jean-Yves Carlen (1988), Paul Fabre (1973), Patrice Coulon (1975), Jean Kopp (1991), Denis Langlois (emprisonné en 1966), François Marchand (1974), Dominique Morel (1979), Yves Morel (1975), Alain Refalo (1985), Christian Richard (1974), Pierre Sommermeyer (1963), Michel Sourrouille (1971).

Selon Macron, la « Journée Défense et Citoyenneté » obligatoire devra à l’avenir se dérouler exclusivement dans un cadre militaire ; dans ce contexte, la proposition des objecteurs de conscience apparaît particulièrement intéressante. L’UPF mettra tout en œuvre pour protéger les jeunes de la criminalité institutionnalisée.

Conclusion

En France aussi, les déclarations des militaires, des responsables politiques et de la plupart des médias visent à préparer la population — et les jeunes en particulier — à la guerre. Les volontaires d’obédience militariste ne suffisent pas à concrétiser les projets de militarisation du gouvernement à l’échelle souhaitée. À l’instar des « camps d’entraînement » en Allemagne, le projet de SNU constituait une première tentative de recruter des enfants et des jeunes pour le service militaire. Il a dû être abandonné en raison de scandales naissants et, in fine, du gaspillage de fonds prélevés sur le budget du ministère de l’Éducation nationale qui en découlait.

À présent, on tente d’y recruter des jeunes démunis et sans emploi pour une rémunération dérisoire. Pourtant, la distinction est claire : alors que le SNU était encore perçu comme une sorte de « divertissement paramilitaire pour jeunes », le SMV constitue indubitablement un service militaire. Le SNU reposait sur le volontariat ; le SMV est, lui aussi, théoriquement fondé sur le volontariat. Toutefois, dans la mesure où il cible des jeunes en situation de précarité financière et professionnelle, la stratégie de recrutement des plus démunis saute aux yeux. Là encore, il apparaît que le vernis du volontariat dissimule une part de contrainte, à savoir la perspective d’un rétablissement du service militaire obligatoire.

Contrairement à l’Allemagne, l’armée française — malgré les bilans désastreux des guerres au Vietnam, en Algérie et dans divers États africains — jouit d’une réputation relativement positive, ce qui freine l’adhésion massive à l’objection de conscience. Un autre facteur est la durée nettement plus longue du service civil de remplacement (vingt mois tout récemment, contre dix mois pour le service militaire).

Toutefois, la prudence du gouvernement montre clairement qu’une éventuelle réintroduction du service militaire obligatoire susciterait une opposition virulente. Comme l’a dit l’un de mes amis français : « Qu’ils essaient seulement. »

Malheureusement, je ne peux pas encore dresser un constat aussi optimiste pour l’Allemagne.

Franz Nadler

Connection e.V.

Notes de bas de page :

[1] Contact : UNION PACIFISTE, 66, boulevard Vincent Auriol, 75013 Paris, unionpacifiste@riseup.net, https://unionpacifiste.org/

Franz Nadler a cofondé l’organisation Connection il y a plus de 30 ans et en assure actuellement la présidence. Connection e.V. soutient, partout dans le monde, les hommes et les femmes qui ne souhaitent pas partir à la guerre, qui refusent toute forme de service militaire ou qui — en tant que déserteurs — sabotent les massacres ordonnés. Contact :  https://connection-ev.org/

Article tiré de : Graswurzelrevolution n° 510, été 2026, www.graswurzel.net

 

Traduction : Evelyn Tischer

L’article original est accessible ici