En République Démocratique du congo où la corruption continue de ternir l’image des institutions et de retarder l’avancement du pays, la béatification de feu Floribert BWANA CHUI n’est pas qu’un évènement religieux pour les Congolais.

Floribert BWANA CHUI BIN KOSITI est né à Goma, le 13 Juin 1981. Après ses études universitaires à Kinshasa dans la capitale congolaise, il est engagé à l’Office Congolais de Contrôle comme commissaire aux douanes. En 2007, alors qu’il n’a que 26 ans, il empêche l’entrée des cargaisons de nourriture avariées dans la ville de Goma. Malgré d’importantes offres de pots-de-vin et de pression, il reste catégorique. Le 7 juillet 2007, il est enlevé, torturé puis assassiné. Sa famille retrouve son corps quelques jours plus tard dans les rues de Goma. Le souci de protéger les vies de ses compatriotes lui a coûté la sienne et cet acte est aujourd’hui vu comme un symbole d’un courage moral exemplaire intervenu dans des circonstances extrêmes. Qualifié de martyr de l’honnêteté et de l’intégrité morale par l’Eglise catholique, il été béatifié en juin 2025.

A ce jour, plusieurs Congolais estiment que ce que représente réellement Floribert BWANA CHUI est plus qu’une simple figure religieuse. Le premier anniversaire de sa béatification invite les jeunes Congolais en particulier et Africains en général à une réflexion sur les valeurs qui peuvent contribuer à reconstruire une société où la corruption s’impose comme une norme. La RDC reste confrontée à des multiples défis de gouvernance et l’image de BWANA CHUI interroge les jeunes sur leur responsabilité dans une communauté profondément abimée par des antivaleurs. Pour les jeunes de Goma, sa ville natale, tout ceci prend un autre sens. Dans une région marquée par les conflits armés depuis plus de trois décennies, les crises économiques et les incertitudes sur l’avenir, beaucoup grandissent avec le sentiment que la réussite dépend plus des avantages des relations, ou des arrangements que du mérite. L’exemple de BWANA CHUI vient contredire cette mentalité et montre que le véritable courage ne consiste pas seulement à survivre aux difficultés mais aussi à préserver sa dignité même dans les circonstances marquées par nombreux challenges.

C’était d’ailleurs le coeur du discours de l’évêque du diocèse de Goma à l’occasion de la messe qu’il a célébrée à l’occasion de ce premier anniversaire. Au-delà de rendre hommage, il a interpellé tout le monde, croyant ou non à ne pas considérer l’intégrité comme une valeur conditionnée par le contexte économique, politique ou social. A l’heure où le monde semble connaitre un recul des repères éthiques et la banalisation des antivaleurs, il a exhorté surtout la jeunesse à sauver ce qui reste à sauver : «   Durant cette première année, La mémoire de Floribert a agi comme un baume de paix pour le peuple du Nord-Kivu qui traverse de si lourdes épreuves. Sa décision héroïque l’a conduit à préférer la mort plutôt que de compromettre la santé de ses frères par la corruption, prise aujourd’hui comme une boussole pour notre société. L’exemple du bienheureux Floribert BWAN CHUI inspire quotidiennement notre jeunesse, nos fonctionnaires et nos fidèles, les encourageant à faire le choix de la droiture, de l’honnêteté, de la justice et de la foi vécue dans le service des plus petits. Les vertus spirituelles de notre jeune bienheureux balisent désormais notre marche quotidienne. »

Un analyste des questions de gouvernance et de citoyenneté que nous avons abordé à ce sujet estime que la force de Floribert réside dans son choix de suivre la voix de sa conscience pour le bien commun, ce qui est rare dans le Congo actuel. Jacynthe MAARIFA est impressionné par le dévouement de BWANA CHUI : « Floribert Bwana Chui incarne un narratif aujourd’hui. C’est le narratif de résistance contre les antivaleurs, en ayant pour seule arme sa propre conscience. Depuis les enquêtes qui ont conduit à sa béatification, l’insistance est faite sur la possibilité de rester intègre même quand l’animosité de son entourage est sévère. Juste cette symbolique est quelque chose d’extraordinaire dans un pays comme le Congo, où les antivaleurs sont devenues des normes socialement acceptables de manière globale. En incarnant cette image de rupture et d’intégrité, Floribert Bwana Chui et son histoire peuvent contribuer au changement des mentalités en RDC. Par exemple, plutôt que d’initier des campagnes anti-corruption sans repère, Floribert Bwana Chui peut être érigé en repère possible. On peut même aller plus loin en créant une symbolique, par exemple un prix Floribert Bwana Chui annuel pouvant être décerné aux champions anticorruptions, puisque désormais Floribert est un de rares repères concrets dans un pays en perpétuelle crise de modèle. »