À l’occasion d’un colloque international organisé à Bruxellespar IRA Mauritanie Belgique sur les droits des personnes opprimées en Mauritanie, plusieurs intervenants ont dénoncé la persistance de l’esclavage, des discriminations et des atteintes aux libertés fondamentales.
Lors de son intervention sur la situation politique et les droits humains en Mauritanie, Biram DAH ABEID, député et candidat président en Mauritanie, est revenu sur l’esclavage par ascendance, une pratique qui perdure encore dans le pays. Ce système se transmet de génération en génération, les enfants héritant du statut de leur mère. Selon lui, cette transmission maintient certaines populations dans une situation de domination et de précarité depuis plusieurs générations.
Le statut d’esclave transmis par la mère contribue à perpétuer l’exploitation de générations entières et touche particulièrement les femmes et les enfants dont l’exil est plus compliqué que celui des hommes.
Biram DAH ABEID a également rappelé que l’esclavage a été officiellement aboli en Mauritanie en 1981, mais que cette abolition reste largement théorique pour de nombreuses victimes. Malgré l’existence de lois spécifiques et de tribunaux chargés de juger les affaires d’esclavage, les militants présents ont estimé que l’application de ces mesures demeure insuffisante. En effet, elles ne permettent pas encore de protéger efficacement les victimes ni de sanctionner les responsables.
Le président a par ailleurs évoqué les différentes formes d’esclavage qui existent ou ont existé au cours de l’Histoire, en distinguant l’esclavage ancestral, racial ou endogène. Il a souligné que le manque de reconnaissance et de déconstruction de cet héritage dans certains pays du monde arabo-musulman constitue, un frein à la lutte contre ces formes d’exploitation.
Les intervenants ont mis en avant le rôle des élus abolitionnistes, dont plusieurs ont été emprisonnés en raison de leur engagement politique. Martin SCHULTHES politologue, a rappelé que la prison est parfois utilisée comme un outil de répression par les autorités à l’encontre des opposants. Il a toutefois souligné que l’activisme mené à l’étranger reste essentiel pour sensibiliser la communauté internationale et soutenir les Mauritaniennes et les Mauritaniens qui poursuivent ce combat dans leur pays.
Les débats ont aussi porté sur les libertés démocratiques. La députée bruxelloise ECOLO Zakia KHATTABI a rappelé que l’immunité parlementaire vise à protéger les élu·es contre les pressions et les poursuites liées à leurs opinions ou à leurs votes. L’utilisation de procédures judiciaires contre des opposants politiques soulève des inquiétudes quant au respect de l’État de droit.
Enfin, la place des femmes a fait l’objet de nombreuses discussions. Les intervenants ont dénoncé les violences sexistes et sexuelles, le harcèlement et certaines poursuites judiciaires jugées abusives, considérées comme des obstacles à leur participation à la vie publique. Les organisateurs ont également rappelé le parcours de plusieurs militantes engagées dans la lutte contre l’esclavage, parmi lesquelles les députées Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour. De nombreux militantes ont été emprisonnés au fil des années en raison de leur engagement contre les pratiques esclavagistes.
Malgré la présence de représentants politiques lors de ce colloque, la prise de conscience des États européens face à la situation en Mauritanie semble encore insuffisante. Les violences et les discriminations subies par de nombreux Mauritaniens et Mauritaniennes ne devraient pas seulement être dénoncées : elles nécessitent également des actions concrètes afin de garantir le respect effectif des droits Humains.
Cette lutte rappelle celle menée par plusieurs figures historiques du continent Africain qui ont marqué leur époque par leur engagement en faveur de la liberté et de l’émancipation des peuples, comme Patrice Lumumba au Congo ou Thomas Sankara au Burkina Faso. Leur héritage demeure vivant dans les mémoires et continue d’inspirer de nombreux militants à travers le continent.
Face aux injustices dénoncées lors de ce colloque, il apparaît essentiel de ne pas abandonner ce combat. Si le soutien de la communauté internationale et des responsables politiques occidentaux peut jouer un rôle important, le changement devra avant tout venir des acteurs et actrices qui, sur le terrain, défendent les droits fondamentaux de leur population. Leur engagement est indispensable pour faire émerger de nouvelles perspectives et construire une société plus juste, fondée sur l’égalité, la dignité et la liberté.
Lola Lozano








