Il y a des décisions qu’aucune femme ne voudrait avoir à prendre. Découvrir que le fœtus n’est pas viable, savoir que la grossesse met sa propre vie en danger ou tomber enceinte à la suite d’un viol sont des expériences qu’aucune société ne devrait banaliser. C’est précisément pour cette raison que le Chili a adopté une loi autorisant l’interruption de grossesse dans ces trois cas exceptionnels.
Ce n’était pas une décision facile. Pendant des années, le pays a débattu à partir de convictions religieuses, philosophiques, juridiques et médicales profondément divergentes. Finalement, la démocratie a agi comme il se doit lorsque des points de vue s’opposent : elle a délibéré, cherché un équilibre et adopté une loi qui reconnaît que, dans des circonstances exceptionnelles, la décision finale revient à la femme.
C’est pourquoi le projet de loi du député Cristián Urruticoechea, qui vise à obliger les femmes à écouter les battements du cœur du fœtus avant d’exercer ce droit, n’est pas un simple changement de procédure. Il s’agit d’une tentative visant à perturber, par le biais d’une charge émotionnelle délibérée, l’équilibre que la démocratie a déjà atteint.
Écouter ces battements ne fournit aucune nouvelle information médicale. Cela n’améliore pas le consentement éclairé. Son objectif est tout autre : tenter d’influencer émotionnellement une décision que la loi elle-même reconnaît comme légitime.
Et c’est là que réside le véritable problème.
Ce ne sont pas les battements de cœur. C’est le machisme.
C’est la persistance d’une culture qui continue de croire que les femmes ont besoin d’être mises sous tutelle pour prendre des décisions concernant leur propre corps. Qui part du principe qu’une femme adulte, pleinement informée, accompagnée par des professionnels de santé et protégée par la loi, n’est pas suffisamment capable de décider sans que l’État n’intervienne pour l’inciter émotionnellement à adopter un certain comportement.
Il est frappant de constater que ces initiatives émanent, une fois de plus, de ceux qui s’engagent rarement avec la même vigueur dans des projets visant à réduire l’écart salarial, à faciliter la conciliation entre maternité et travail, à reconnaître le poids disproportionné des tâches ménagères ou à lutter contre la violence faite aux femmes. Il semblerait que le corps féminin reste un domaine sur lequel certains estiment avoir l’autorité morale de légiférer, même dans les circonstances les plus douloureuses.
Il est facile de parler d’héroïsme lorsque la grossesse ne se produira jamais dans son propre corps. Il est facile d’exiger des sacrifices lorsque les conséquences physiques, psychologiques et sociales seront toujours supportées par quelqu’un d’autre.
La démocratie existe précisément pour résoudre ces conflits. Non pas pour éliminer les différences, mais pour permettre à des personnes aux convictions divergentes de cohabiter selon des règles communes. C’est ce qu’a fait la loi sur les trois motifs d’avortement. Personne n’a été contraint de renoncer à ses convictions. Ceux qui considèrent que l’avortement n’est jamais moralement acceptable conservent intact leur droit d’agir selon leur conscience. Mais ils ne peuvent pas non plus utiliser le pouvoir de l’État pour imposer cette conviction à celles qui, dans les circonstances exceptionnelles prévues par la loi, prennent une décision différente.
Le devoir de l’État est d’informer, d’accompagner et de protéger. Non pas de manipuler émotionnellement. Non pas de se substituer à la conscience des personnes. Non pas de traiter les femmes comme si elles étaient incapables de comprendre la gravité de la décision à laquelle elles sont confrontées.
Car le problème n’a jamais été les battements de cœur.
Le véritable problème, c’est qu’il y a encore beaucoup d’hommes qui croient que les femmes ont besoin d’une autorisation, d’une tutelle ou d’une correction pour exercer un droit que la démocratie elle-même leur a déjà reconnu.








