Si les enseignants ont été au cœur de la contestation, les élèves ont eux aussi été nombreux à se mobiliser contre le décret-programme. Plusieurs mesures les concernent directement et suscitent de vives inquiétudes au sein de la communauté scolaire.
Parmi les dispositions les plus critiquées figurent la fin de certains dispositifs de gratuité, notamment pour les fournitures scolaires et les repas proposés dans les écoles. Des mesures que beaucoup considèrent comme essentielles pour soutenir les familles les plus précarisées.
Les étudiants s’inquiètent également de l’augmentation du minerval, qui pourrait atteindre 1 194 euros dans certains cas et concerner également les hautes écoles. Pour de nombreux jeunes, cette hausse représente un coût supplémentaire important et risque de compliquer davantage l’accès aux études supérieures pour certaines familles.
Face à ces réformes, de nombreux élèves ont choisi de rejoindre les mobilisations organisées à Bruxelles et dans plusieurs communes du pays. Au-delà du soutien apporté à leurs enseignants, ils affirment vouloir défendre leur droit à une éducation accessible et de qualité.
Pour beaucoup d’entre eux, les décisions prises aujourd’hui auront des conséquences directes sur leur parcours scolaire et sur leurs possibilités d’études dans les années à venir.
Des élèves également mobilisés, concernés par les réformes
Si les enseignants sont en première ligne de la contestation, de nombreux élèves ont également pris part aux mobilisations organisées ces dernières semaines. Certains ont rejoint les manifestations pour soutenir leurs professeurs et exprimer leurs inquiétudes quant à l’avenir de l’enseignement.
C’est le cas d’Alix Palombino, 14 ans, élève à l’école La Brise. Elle explique avoir découvert l’existence des manifestations lorsque plusieurs cours ont été annulés afin de permettre aux enseignants de se rendre au Parlement.
« Les profs nous ont expliqué qu’ils allaient manifester et que les élèves pouvaient venir les soutenir. »
L’adolescente affirme avoir rapidement compris les raisons de la mobilisation, notamment grâce aux explications reçues à l’école et aux discussions avec sa famille.
« Je me sentais un peu concernée parce que nos cours étaient fortement perturbés. On avait moins de cours et donc ça nous impactait nous aussi. »
À l’approche de la session d’examens, cette situation a suscité beaucoup d’inquiétudes chez les élèves. Alix raconte avoir craint de ne pas disposer d’assez de temps pour étudier certaines matières.
« J’étais fort stressée parce que les examens approchaient et qu’il y avait encore de la matière qu’on n’avait pas vue à cause des grèves. »
Finalement, les examens ont été annulés après une décision prise par les enseignants de son établissement. Une décision qui a mis fin à une période d’incertitude pour de nombreux élèves.
Comme plusieurs centaines de jeunes Bruxellois, Alix a participé à deux manifestations : une première organisée devant sa commune avec son école, puis une seconde devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Si elle garde un souvenir positif de la première mobilisation, l’ambiance de la manifestation bruxelloise l’a davantage marquée.
« Avec mon école, c’était super chouette. Mais devant le Parlement, c’était vraiment différent. Je pensais que ce serait la même chose, puis j’ai vu des casseurs et la police. Pour moi, ce n’était pas du tout la même ambiance. »
Toutefois, l’annulation des examens n’est pas forcément perçue comme une bonne nouvelle par tous les élèves. Si elle a permis de mettre fin à une période d’incertitude, elle soulève également plusieurs inquiétudes concernant les apprentissages.
Avec les réformes introduites par le décret Paysage, le redoublement n’a pas été totalement supprimé, mais il est désormais soumis à des conditions beaucoup plus strictes. Dans ce contexte, certains craignent que les élèves ayant vu leurs examens annulés puissent accumuler certaines lacunes qui ne seront pas nécessairement identifiées ou évaluées.
La question se pose particulièrement pour les élèves qui changent de cycle ou s’apprêtent à poursuivre leur parcours scolaire avec des matières non maîtrisées. Plusieurs enseignants soulignent que les examens permettent également de mesurer les acquis des élèves et d’identifier les difficultés à travailler par la suite.
La situation est différente pour les élèves de 6e primaire, de 2e secondaire et de 4e secondaire. Pour ces années charnières, les épreuves externes certificatives organisées par la Fédération Wallonie-Bruxelles restent obligatoires. Cependant, dans le cadre du mouvement de contestation contre le décret-programme, certains enseignants appellent au boycott de ces évaluations en refusant d’encoder ou de transmettre les résultats à l’administration.
Au-delà des revendications portées par le personnel enseignant, ce débat met également en lumière les conséquences concrètes du conflit sur le parcours scolaire des élèves, qui se retrouvent parfois au centre d’un bras de fer entre le gouvernement et le monde de l’enseignement.
Violences policières et droits des mineurs

Lors des événements survenus à Bruxelles les 4 et 5 juin dans le cadre de la contestation du décret-programme, de nombreux mineurs étaient présents dans les manifestations. Venus défendre leur droit à une éducation accessible et transparente ainsi que des mesures qui les concernent directement, certains se sont retrouvés confrontés à des interventions policières marquantes.
Gaz lacrymogènes, immobilisations au sol et arrestations ont marqué plusieurs moments de tension. Des témoignages recueillis après les manifestations soulignent également une proportion importante d’interpellations de jeunes racisés.
Les violences commises à l’encontre de mineurs soulèvent une question particulièrement importante : celle du respect des droits des enfants. L’usage de la force à l’égard de jeunes manifestants doit faire l’objet d’une attention particulière, d’autant plus lorsque ceux-ci exercent un droit fondamental, celui de manifester.
Même dans un contexte où l’ordre public doit être maintenu et où certains participants peuvent commettre des actes répréhensibles, les mineurs restent des personnes qui doivent avant tout être protégées. La réponse apportée à leur présence dans l’espace public ne peut se limiter à une logique d’affrontement ou de répression.
À la suite des événements survenus lors des manifestations, plusieurs collectifs, dont Mars Attack, Parents Attack, Students Attack et Écoles en lutte, ont appelé à participer à une marche pacifique le 8 juin afin de dénoncer à la fois les violences policières et les mesures du décret-programme touchant l’enseignement.
Selon Alicia Cleymans, institutrice maternelle présente lors de la mobilisation, les organisateurs avaient mis en place un dispositif destiné à rassurer les plus jeunes participants.
« Les collectifs avaient appelé les adultes à porter des gilets jaunes afin que les jeunes puissent se réfugier auprès d’eux et obtenir de l’aide en cas de problème ou d’intervention policière. »
D’après plusieurs participants, un important dispositif policier était présent lors de la manifestation, avec notamment des policiers équipés de casques, de matraques et un canon à eau. Près du parvis de Saint-Gilles, une partie du cortège se serait retrouvée bloquée dans une rue alors qu’elle tentait de contourner le dispositif policier.
Plusieurs témoins affirment que des gaz lacrymogènes et le canon à eau auraient été utilisés à cet endroit malgré le caractère pacifique de la marche.
À la suite de ces événements, plusieurs organisations ont appelé à une réflexion plus large sur la place des enfants dans les manifestations et sur les pratiques de maintien de l’ordre lorsqu’elles impliquent des mineurs. Le quotidien Le Soir a notamment consacré un article à cette question en évoquant la nécessité d’un plan d’action renforcé pour la protection des droits des enfants.
Lola Lozano








