Le président Bassirou Diomaye Faye a mis ce 22 mai 2026 un terme à une sorte de cohabitation assez inédite, car se réalisant pour la première fois au Sénégal.

Au fond les Sénégalais avaient porté au pouvoir un ticket « Diomaye-Sonko ».

Dès lors il nous parait opportun de nous poser deux questions simples :

La victoire de ce ticket est-elle compatible avec le maintien d’une constitution (un présidentialisme fort), inspirée grandement de celle de la 5e République en cours en France ? Ce type de management politique vertical est en crise à travers le monde et provoque beaucoup de dégâts internes et externes chez les gens.

Est-il pertinent de construire sur les débris de l’ancien système défait le 24 Mars 2024 un autre modèle d’organisation politico-institutionnelle beaucoup plus conforme aux nécessités du peuple, qui a porté au pouvoir un duo et non un seul individu, comme le voudrait une constitution « bonapartiste » c’est-à-dire un président fort avec des pouvoirs d’un demi-dieu ?

Répondre à cette double interrogation signifie aller identifier davantage les racines de la problématique posée.

Cette rupture est l’aboutissement de deux années de tensions croissantes, révélant deux visions politiques antagonistes : celle du président, jugée plus conciliante, et celle d’Ousmane Sonko, davantage orientée vers une rupture radicale.

Cependant le déclencheur immédiat interroge : les déclarations du Premier ministre devant les députés quelques heures avant son limogeage ont-elles constitué la goutte qui a fait déborder le vase ? 0ù il a déclaré que le « Président s’est trompé » faisant allusion à la manière de gérer les fonds politiques, sorte de caisses noires dont une certaine opacité est la règle depuis toujours.

Est-ce cela qui a précipité le clash entre les deux ? Avant d’être limogé, Ousmane Sonko s’exprimait devant les députés. « Le président s’est trompé », avant d’ajouter « J’ai espoir qu’il reprendra ses esprits », fixant un ultimatum à son propre chef pour l’adoption d’un texte de réforme.

Cet aspect à notre avis est certainement intéressant du point de la chronologie des faits mais l’essentiel est ailleurs pensons-nous.

Il est de notoriété publique que le système via Banque Mondiale-FMI avait suspendu tout décaissement et faisait pression pour une restructuration de la dette ayant pour conséquence la mise en place d’un programme d’austérité, un traitement de cheval que seuls les sinistres « experts » du FMI et de la Banque Mondiale détiennent le secret. Sonko rejetait tout cela..

Une recommandation du FMI proposant le départ de Sonko comme préalable à toute reprise avec le Sénégal est pour nous le point de départ de toute analyse sérieuse qui tient compte des aspirations légitimes du peuple sénégalais.

Le programme de Pastef sur la base duquel l’équipe Diomaye-Sonko a obtenu le mandat du peuple est incompatible avec les recettes des bailleurs FMI et Banque Mondiale. Ceci constitue la base politique de la rupture entre les deux dirigeants. Ajoutons qu’un ego surdimensionné peut-être un élément accélérateur de la rupture du duo au sommet de l’état.

Évidemment aidé également par les agissements de secteurs de « L’État profond » sous des formes diverses c’est-à-dire tous les tenants du système prébendier bousculé en Mars 2024 ; les forces de conservatrices liées à l’ancien systèmecorruptives qui ont contribué à la saignée du peuple et à sa précarité.

La séquence politique qui s’ouvre est inédite : Sonko et son parti, majoritaires à l’Assemblée nationale, se retrouvent dans l’opposition face au président qu’ils ont porté au pouvoir.

En tout cas les citoyens dans leur diversité qui se sont mobilisés pour défaire un système néocolonial en Mars 2024 restent la catégorie incontournable motrice et décisive dans ce moment politique présent. C’est d’elle que dépend l’approfondissement du cours politico-social inauguré lors des présidentielles de 2024 ou non.

Nous restons attentifs à cette majorité du peuple car c’est elle dans sa chaude multitude, sa diversité joyeuse et créatrice qui pourra écrire les futures pages et séquences dans une trajectoire pleine de sens et nous appelons de toutes nos forces qu’elle soit placée sous le sceau de la nonviolence. « Ce sens tant de fois perdu et tant de fois retrouvé » qui ouvre sur un futur radieux renouant ainsi avec les anciens qui, sous différentes formes, ont laissé ce pays, l’Afrique, le monde un peu mieux.

L’entrée en scène des jeunes et des femmes, du peuple se fera à coup sûr. Quand ? Sous quelles formes ? Sous quelles modalités ? Espérons que la violence sera absente de ce face-à-face inéluctable. Pour nous-mêmes, pour l’Afrique et les personnes  de bonne volonté.