« La démocratie s’appréhende mieux comme un régime en constante évolution, soumis à des reculs et à des avancées, et dont la concrétisation passe par une citoyenneté vigilante et active. »

XXIe Rencontre sur les Droits Humains : est-il possible de rétablir la démocratie ?

Éditorial de l’IDEHPUCP [l’Institut pour la démocratie et les droits humains de l’Université pontificale catholique du Pérou.]

Idehpucp, 5 mai 2026. – Cette semaine se tient la Rencontre sur les Droits Humains organisée depuis vingt et un ans par l’Institut de la Démocratie et des Droits Humains de la PUCP. Cette année, la rencontre est axée, comme il ne pouvait en être autrement, sur les perspectives qui se dessinent à la suite du processus des élections générales. Ces perspectives suscitent, de toute évidence, une extrême inquiétude quant à l’avenir de la démocratie au Pérou.

Ces cinq dernières années, au cours desquelles nous avons assisté à une destruction systématique de l’instance démocratique par les groupes qui occupent le Congrès, laissent entrevoir un avenir très sombre. La situation en est arrivée à un point tel que divers observateurs – qu’ils soient individuels ou institutionnels, nationaux ou étrangers – remettent en question le fait que le régime actuel puisse continuer à être qualifié de « démocratie » au sens strict du terme.

Le déroulement du premier tour des élections met clairement en évidence cette situation critique. Le refus de l’un des candidats battus – López Aliaga – d’accepter les résultats a déclenché une tentative de déstabilisation institutionnelle au cours de laquelle l’État de droit a été bafoué ou remis en cause de diverses manières par tous ceux qui se sont ralliés à la thèse de la « fraude ».*

Comme cela a déjà été mentionné, au-delà de l’intempérance et des réactions autoritaires et violentes du candidat battu et de son entourage, cette déstabilisation, désormais centrée sur l’ingérence dans le système électoral, a bénéficié de la complicité de la Chambre Nationale de Justice, du Ministère Public et du Défenseur du Peuple.

À cela s’est ajouté ces derniers jours le fait que le maire par intérim de Lima (après la démission de López Aliaga) qui, utilisant les ressources de la commune, a commencé à agir comme un rouage de plus du système, en engageant des poursuites judiciaires sans aucun fondement – alors que cela ne relève pas de la compétence de l’autorité municipale.

Cette situation, qui constitue un dernier exemple de la décomposition politique évoquée, renforce l’importance de la réflexion que l’Idehpucp a proposée pour sa XXIe Rencontre sur les Droits Humains. Cette rencontre a été conçue comme un appel à reconnaître que la survie de la démocratie est en jeu et à se demander comment il serait possible d’éviter un enfoncement plus profond dans l’autoritarisme – et dans ses liens avec la corruption et le crime organisé – qui a été la tendance dominante de ces cinq dernières années.

Sous le titre « Récupérer la démocratie. L’urgence de l’État de Droit » la rencontre développe ces questions autour de trois axes. Le premier – « Dans quelle démocratie vivons-nous ? » – propose de dresser un bilan réaliste, voire sans concession, de la situation actuelle. Il s’agit d’analyser les différentes formes de démantèlement de l’État de Droit et des institutions démocratiques menées par le Congrès avec l’assentiment ou la complicité du pouvoir exécutif. De plus, cet axe analysera ce que nous révèlent les résultats du premier tour en termes de réaction démocratique – ou d’absence de réaction – face à ce panorama.

Le deuxième axe – « La sphère publique en crise » – constitue une approche des transformations sociales qui s’ajoutent à cette décomposition ou qui, à terme, pourraient contribuer à l’inverser. Il est indispensable, à ce stade, d’observer les changements dans le discours public marqués par la prolifération de la désinformation et des discours de haine, le tout amplifié, voire rendu possible, par la révolution technologique imparable des canaux de communication. Les réseaux sur les plateformes numériques sont la voie par laquelle circulent les mensonges officiels ou de masse et la polarisation : sera-t-il possible de trouver également un antidote à ces tendances ?

Des questions comme celle-ci constituent le thème du troisième axe intitulé « Citoyennetés en mouvement et perspectives démocratiques ». S’il est indispensable de reconnaître l’ampleur de la crise, il est tout aussi essentiel d’identifier les moyens dont dispose la société pour y faire face. C’est pourquoi nous ferons ici une réflexion sur les significations de la mobilisation sociale et sur la manière dont la défense des droits humains est à la fois un idéal et un recours pour le redressement politique du pays.

Comme l’a souligné dans son discours d’ouverture le juriste Antonio Maués, professeur à l’Institut des sciences juridiques de l’Université fédérale du Pará (Brésil), la démocratie s’appréhende mieux comme un régime en constante construction, soumis à des reculs et à des avancées, et dont la concrétisation requiert une citoyenneté vigilante et active. En mettant l’accent sur le processus de détérioration et les divers facteurs qui conspirent aujourd’hui contre la démocratie au Pérou et dans de nombreux autres pays et régions, cette Rencontre ne se veut pas un appel à la résignation, mais un signal d’alerte destiné précisément à réactiver ou renforcer la défense de l’État de Droit et des droits humains dans notre communauté.

L’article original est accessible ici