Des audios révélés par Le site du hondurasgate mettent en cause plusieurs responsables politiques honduriens dans la création d’une structure de communication destinée à mener des opérations de désinformation contre d’autres gouvernements latino-américains.

Selon ces enregistrements, l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, déjà condamné à 45 ans de prison aux États-Unis pour narcotrafic, Nasry Asfura et la vice-présidente María Antonieta Mejía auraient participé à la mise en place d’une équipe médiatique financée par des fonds publics honduriens.

Toujours selon les révélations publiées, cette structure aurait également bénéficié d’un soutien financier provenant de l’entourage du président argentin Javier Milei, pour un montant dépassant le demi-million de dollars.

L’objectif évoqué dans les audios est explicite : « frapper médiatiquement » les gouvernements progressistes de la région, notamment ceux de Gustavo Petro en Colombie et de Claudia Sheinbaum au Mexique.

Une stratégie alignée sur lagenda trumpiste

L’opération décrite dans ces révélations s’inscrit dans un contexte politique continental marqué par le retour de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis et par une radicalisation du discours de certaines droites latino-américaines.

En 2025, Trump avait publiquement accusé Gustavo Petro d’être lié au narcotrafic et avait évoqué la possibilité d’interventions directes contre les cartels mexicains sur le territoire du Mexique.

Les documents et audios relayés par La Base sur Canal RED suggèrent l’existence d’un réseau politique et médiatique transnational visant à construire des campagnes de discrédit contre plusieurs gouvernements progressistes latino-américains.

Pourquoi les médias indépendants sont essentiels

L’affaire Hondurasgate rappelle à quel point la concentration médiatique et les campagnes de manipulation de l’information représentent aujourd’hui un danger démocratique majeur.

Sans le travail de médias indépendants comme La Base, ce type d’opérations resterait souvent invisible. Dans un paysage médiatique dominé par les intérêts économiques et géopolitiques, les enquêtes indépendantes deviennent un outil fondamental de transparence publique.

Leur investigation au service de l’information parie sur un journalisme rigoureux, courageux et engagé dans les valeurs de justice sociale et de souveraineté des peuples.

L’analyse de Manu Levin dans « Titulares al banquillo » propose une réflexion médiatique internationale sur la manière dont certaines affaires politiques, comme le Hondurasgate, sont traitées ou invisibilisées par les grands médias occidentaux, régionaux et internationaux.

Plus que les révélations elles-mêmes, c’est parfois la manière de raconter l’affaire qui révèle les orientations idéologiques des grands groupes médiatiques.

Dans le cas d’El País, l’information semble souvent désincarnée, dépolitisée. Le traitement médiatique insiste davantage sur les « tensions » ou les « divisions » au Honduras que sur la gravité des révélations elles-mêmes : des audios évoquant une opération de désinformation politique financée par des fonds publics honduriens, avec des soutiens internationaux proches de Donald Trump et de Javier Milei.

Le débat est alors présenté comme une simple « division entre Honduriens », sans réellement interroger le fond politique de l’affaire : l’implication présumée de réseaux internationaux dans des opérations médiatiques visant des gouvernements latino-américains élus démocratiquement.

Plus grave encore, plusieurs médias minimisent le paradoxe central de l’affaire. Donald Trump, qui multiplie les discours contre le narcotrafic et justifie au nom de cette « guerre », des projets d’intervention au Mexique ou en Colombie, soutient politiquement des secteurs liés à Juan Orlando Hernández, ainsi que sa libération de prison, qu’il a orchestrée dans le cadre de logiques d’ingérence politique et géopolitique en Amérique latine, alors même que l’ancien président hondurien a été condamné aux États-Unis pour narcotrafic.

Escandalo Mundial : los audios de Juan Orlando Hernandez – 4.5.2026 – La Base

CNN, par exemple, parle surtout d’un « pardon polémique » ou d’une décision « controversée », sans réellement interroger la dimension géopolitique de son exfiltration ni la contradiction du président Donald Trump entre le discours officiel anti-drogue et le soutien apporté à Juan Orlando Hernández. L’ancien président hondurien précise qu’il n’hésiterait pas à utiliser la force et le sang au Honduras, comme révélé par le Hondurasgate dans un échange avec Tomas Zambrano, membre du Parti national. Il ajoute : « si on veut contrôler la population, il faut l’opprimer ». Des déclarations violentes qui s’inscrivent dans une logique de contrôle politique assumée, également revendiquée par le président des États-Unis.

Escandalo mundial : los audios de Juan Orlando Hernandez – La Base

Certaines formulations médiatiques contribuent également à brouiller la lecture politique des événements. Lorsque des médias évoquent une volonté « d’agiter l’ambiance » en Amérique latine, l’expression reste floue : s’agit-il d’une critique, d’une banalisation ou d’une simple stratégie politique ? Le vocabulaire employé tend souvent à neutraliser la violence politique de ces opérations de désinformation.

L’autodétermination des pays latino-américains devient alors une question secondaire, réduite à un simple élément de débat, plutôt qu’à un principe démocratique fondamental.

Du côté allemand, Deutsche Welle a parfois davantage insisté sur les conditions de détention ou sur l’idée que Juan Orlando Hernández aurait été traité de manière « injuste » ou excessive, plutôt que sur les conséquences politiques régionales du Hondurasgate.

RTVE, de son côté, relaie largement les déclarations de l’épouse de l’ancien président affirmant que « mon mari est redevenu un homme libre », mettant en avant la dimension personnelle et émotionnelle du pardon présidentiel américain, au détriment des implications géopolitiques de l’affaire.

Et que dire des médias français et belges ? La quasi-totalité d’entre eux n’a consacré ni enquête approfondie, ni émission majeure au Hondurasgate, ni plus largement aux accusations d’ingérence politique de Donald Trump et de ses alliés dans plusieurs pays latino-américains.

Dans un paysage médiatique pourtant vaste et diversifié en apparence, le silence reste frappant. En France comme en Belgique, très peu de médias ont traité sérieusement cette affaire. Parmi les rares exceptions figure LHumanité, qui a évoqué les dimensions géopolitiques et impérialistes du dossier.

Ce silence médiatique interroge profondément. Pourquoi certaines ingérences internationales deviennent-elles des scandales mondiaux tandis que d’autres restent marginales dans le débat public européen ?

Soutenez et faites vivre les médias indépendants pour mieux s’informer, comme Pressenza ou La Base, qui possède également une rédaction latino-américaine.

Pour aller plus loin sur le Hondurasgate, les 37 audios sont disponibles et accessibles à toutes et tous. Soutenons un journalisme engagé pour une presse libre, indépendante et au service des peuples.

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POUR ALLER PLUS LOIN

• Analyse complémentaire vidéo
https://m.youtube.com/watch?v=xwrPRseSf4k

Lola Lozano