À Bruxelles, la Pride dépasse depuis longtemps le simple cadre d’une célébration. Pour sa 30e édition, organisée du 6 au 16 mai 2026, Brussels Pride rappelle que la visibilité LGBTQIA+ reste un combat profondément politique. Dans un contexte où certains droits reculent encore en Europe et ailleurs dans le monde, le slogan choisi cette année résonne comme une réponse collective : “When times get darker, we shine brighter” — « Quand les temps s’assombrissent, nous brillons plus fort. »
Cette lumière, Bruxelles l’a fait vivre bien au-delà du défilé du 16 mai. Dès le 8 mai, toute la ville semblait engagée dans cette dynamique de visibilité et de réflexion : visites guidées LGBTQIA+ organisées par le Musée de la Ville de Bruxelles, village associatif au Mont des Arts, prises de parole publiques, concerts, performances et espaces de rencontres. Pendant plusieurs jours, la capitale belge s’est transformée en lieu de dialogue où la fête devenait aussi une manière de résister.
Car la Pride ne se résume pas à ses couleurs ni à sa dimension festive. Dans les rues de Bruxelles, la musique occupait une place centrale : des corps qui dansent et des textes engagés qui rappellent que la culture queer a toujours été un langage politique. Parmi les artistes présent·es, le projet liégeois CHOSE a particulièrement marqué les esprits. Entre punk, performance et manifeste collectif, leur musique transforme la scène en espace d’affirmation et de puissance pour les communautés trans et queer. Chez CHOSE, la fête n’efface jamais le politique : elle lui donne une voix et une énergie collective.
Au-delà de la rue, la réflexion sur les identités de genre et les formes d’amour se prolonge aussi dans les institutions culturelles. Aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, l’exposition Arte x Gender propose une lecture des représentations artistiques autour des amours dites “particulières”, en questionnant les normes qui ont longtemps dominé l’histoire de l’art.
Elle rappelle que si le couple hétérosexuel s’est imposé comme modèle dominant, d’autres formes d’attachements, de désirs et de relations existent depuis toujours, même si elles ont souvent été reléguées au silence ou aux marges de la représentation. L’exposition met ainsi en lumière des figures androgynes ou des couples qui échappent aux codes traditionnels du masculin et du féminin, en ouvrant une lecture plus fluide des corps, des identités et des relations.

Hercule et Hylas
Parmi les œuvres présentées, le tableau de Balthazar-François Tasson-Snel attire particulièrement l’attention. Il représente Hercule et Hylas dans une version qui s’éloigne des codes habituels du héros mythologique. Ici, Hercule n’est pas seulement figure de force virile : sa relation avec Hylas introduit une dimension plus intime et ambiguë, rarement mise en avant dans l’histoire picturale. Ce déplacement du regard permet d’interroger les récits dominants et d’ouvrir d’autres imaginaires du désir, du couple et du genre.
À Bruxelles, plusieurs avancées ont été mises en place ces dernières années pour renforcer l’inclusion des personnes LGBTQIA+, notamment à travers un plan régional regroupant différentes mesures autour de la sécurité, de la lutte contre les discriminations, de la sensibilisation et du soutien aux associations locales. Une attention particulière a aussi été portée à l’accueil dans les services publics et à la prise en charge des violences et discours haineux.
Mais malgré ces progrès, les limites restent bien réelles. De nombreuses personnes LGBTQIA+ continuent d’éviter certains lieux publics par peur d’agressions, de discriminations ou de remarques hostiles. À Bruxelles comme ailleurs en Europe, les violences homophobes et transphobes rappellent que les avancées légales ne garantissent pas encore une égalité vécue au quotidien.
Au niveau fédéral belge, plusieurs mesures ont également été adoptées ces dernières années autour de la sécurité, de la santé et de l’inclusion dans les services publics. Même si certaines associations saluent ces initiatives, beaucoup soulignent encore le manque d’application concrète sur le terrain.
Et ailleurs en Europe, certains reculs restent particulièrement préoccupants. En Italie, par exemple, le mariage pour tous n’existe toujours pas et les droits liés aux familles homoparentales restent très limités. Plusieurs associations dénoncent aussi un climat politique devenu plus conservateur ces dernières années, notamment autour des questions transgenres et de l’éducation. Dans ce contexte, la visibilité portée par la Pride dépasse largement le cadre festif : elle reste profondément politique.
En octobre 2024, la Région de Bruxelles-Capitale a inscrit la Brussels Pride sur la liste de son patrimoine culturel immatériel. Cette reconnaissance fait de la Pride bruxelloise la deuxième au monde à bénéficier d’un tel ancrage institutionnel, marquant une forme de légitimation culturelle et politique forte.
Dans une perspective plus large, une démarche transnationale portée notamment par Amsterdam devrait être déposée dans les prochaines années auprès de l’UNESCO afin de faire reconnaître les Prides à l’échelle mondiale comme un patrimoine vivant. Au-delà du symbole, cette initiative ouvre une perspective d’espoir : celle d’une protection renforcée des droits LGBTQIA+ et d’une reconnaissance durable de ces luttes.
Lola Lozano








