C’est le 14 mai 2026 que l’Institut National de Recherche Biomédical INRB a confirmé la présence du virus Bundibugyo sur le territoire Congolais. Cette annonce est faite après l’analyse des échantillons venus de la zone de santé de Rwampara dans la province de l’ITURI, où les autorités avaient déjà alerté sur une épidémie mortelle qui frappait la zone depuis quelques jours.
Bundibugyo s’est avéré être une espèce du virus Ebola qui n’a jusqu’à ce jour ni vaccin homologué ni traitement spécifique. Le virus s’est très vite répandu atteignant le Nord-Kivu et à présent même le Sud-Kivu est touché par la maladie. Quelques jours seulement après l’annonce officielle du virus, les autorités sanitaires font état d’une situation préoccupante avec près de 750 cas suspects et plus de 170 décès présumés.
A Goma, l’alerte est maximale après la confirmation d’un cas de contamination par le virus Ebola. L’information a été relayée depuis quelques jours. Les autorités locales de santé sont à pieds d’œuvre pour riposter et prendre en charge des cas suspects. Sur le terrain, les premières mesures sont visibles dans différentes structures sanitaires où les protocoles de contrôle sont fortement renforcés. A l’entrée de plusieurs centres de santé, chaque personne est soumise à des évaluations rapides des symptômes avant tout accès aux installations sanitaires. Les autorités en place affirment que les équipes de riposte procèdent rapidement à l’identification et le suivi des cas contacts. Pendant ce temps, l’ordre provincial des pharmaciens appelle la population à éviter l’automédication rappelant que toute prise de médicament sans diagnostic peut non seulement compliquer la prise en charge mais aussi retarder l’identification des cas suspects. Sur place, la lutte repose en grande parte sur le personnel soignant, les relais communautaires et structures de santé.
Au-delà du virus, une crise profondément humaine
Pour l’Est de la République Démocratique du Congo, le mot Ebola ne sonne pas dans les oreilles de la population seulement comme une maladie mais plutôt comme un problème de plus et une catastrophe qui réveille des sombres souvenirs. Ceux des enterrements sans adieux, des crises liées aux arrêts des activités, des marchés désertés mais aussi d’une peur collective encore ancrée dans les mémoires.
Ce virus vient allonger la longue liste des crises qui ont marqué la zone depuis des années. Nous pouvons citer des conflits armés, des déplacements massifs des populations, la pauvreté persistante, l’accès difficile aux soins et des maladies virales qui déciment des populations par centaines.
Goma vit aussi sans aéroport ni banque fonctionnelle depuis son occupation par le mouvement du 23 Mars en Janvier 2025. Face à la situation, toute restriction supplémentaire des routes commerciales ou des frontières pourrait avoir un impact rapide sur différentes activités de la population dépendant du petit commerce et de la mobilité régionale. Ces éléments ne remettent pas en cause les efforts en cours, mais déterminent fortement leur efficacité.
Au fond, l’urgence pour la population vivant dans cette partie de la RDC dépasse aujourd’hui la question d’Ebola. Elle concerne aussi la protection des civils, l’accès aux soins de qualité, la confiance envers les autorités sanitaires et la souplesse de la population à respecter les consignes dans un contexte marqué par des crises répétées. En dépit des différentes annonces et les informations quotidiennes sur l’évolution de la maladie, beaucoup d’habitants restent encore dans une sorte d’observation prudente.
Dans la ville de Goma et ses environs, les activités continuent presque normalement. Les transports en commun fonctionnent normalement, les centres commerciaux toujours aussi pleins. De nombreux observateurs pensent que cette réaction quelque peu fataliste de la population pourrait traduire une certaine fatigue mentale liée à l’enchaînement des crises. Certains habitants expriment le sentiment de vivre un cycle infernal des catastrophes.
Cette accumulation provoque chez d’autres une forme de découragement ou parfois de résignation. C’est le cas de Kyondo dans le territoire de BENI, où les habitants se sont opposés ce weekend aux équipes de riposte lors d’un enterrement sécurisé. Plusieurs sources sur place expliquent que certains habitants exigeaient l’ouverture du cercueil avant l’inhumation affirmant ne pas croire à l’existence du virus Ebola dans leur milieu.
Mais une autre inquiétude alimente les débats publics quant aux capacités réelles de la riposte sanitaire, notamment en raison de l’absence de traitement spécifique contre le Bundibugyo dont il est question cette fois.
Les leaders religieux mobilisés dans les efforts de prévention
Dans ce genre de situation, les confessions religieuses jouent un rôle important dans les efforts de sensibilisation. Dans une région où la religion occupe une place importante dans le quotidien de la population, les leaders religieux sont un relais essentiel pour faire passer les messages de sensibilisation dans un contexte d’agitation. Leur présence apporte un apaisement à travers des cultes, des prédications de motivation. L’Evêque principal Joel AMURANI, président et représentant légal de la Synergie Interconfessionnelle pour la Médiation, l’Evangélisation, la Paix et le Développement appelle les fidèles à un engagement responsable face à la situation sanitaire. « Nous demandons à toute notre population de respecter les mesures barrières édictées par les autorités sanitaires, entre autres le lavage des mains. Évitez de vous saluer en vous touchant. Informez les autorités de tout cas suspect. Arrêtez de diaboliser la maladie pour ne pas l’amplifier. Dans les cultes, donnez-vous la paix à distance. Ce que nous allons faire à notre niveau c’est la restitution de tout ce qui se passe dans nos cultes. Nous allons sensibiliser les croyants sur le danger de ce virus pour le mettre hors d’état de nuire. Ebola n’est ni un démon ni le produit d’une malédiction, ses origines sont connues. Soyons raisonnables » a-t-il déclaré devant la presse.
Joyce KASSAY








