Par Geraldo Vivanco

Le 4 juillet dernier, l’Assemblée constituante a officiellement présenté sa proposition de nouvelle constitution pour le Chili lors d’une cérémonie tenue dans le Salon d’honneur de l’ancien Congrès National. En ce lieu où, durant toute une année, on a travaillé à la rédaction de cette nouvelle Constitution telle qu’en avait décidé la grande majorité de la société civile (à près de 80%) lors du plébiscite du 25 octobre 2020. Rappelons que le pays était toujours régi par la Constitution de 1980, héritée de la dictature civico-militaire.

Tout ce processus a été déclenché par le soulèvement social suivant les protestations des étudiants à la suite de l’augmentation des tarifs du transport publique de 2019. Ces jeunes ont bien compris qu’avec un présent soumis au système politico-entrepreneurial, il n’y a pas d’avenir pour eux.

Tout au long de son histoire, le Chili a été un pays de grandes inégalités sociales, comme bien d’autres nations latino-américaines. Cela remonte à l’époque de la colonie, alors que s’établissent les Institutions qui favoriseront ces inégalités avec la concentration de la propriété des terres et la relation hiérarchique entre la classe dirigeante et le peuple. On le voit encore aujourd’hui dans l’éternel conflit entre les Premières Nations Mapuche et l’État Chilien, le rejet de la classe politico-patronale et au discrédit des institutions de l’État.

Le plus important est de faire connaitre le projet de nouvelle Constitution et, pour cette raison, nous ne prendrons qu’un paragraphe ici pour dénoncer la classe politico-patronale chilienne : cette minorité qui défend ses privilèges en attaquant le changement de Constitution par l’intermédiaire de ses grands conglomérats de médias utilisant la désinformation et présentant une propagande politique éhontée dans le but de tromper et répandre la peur. La même méthode utilisée il y a près de 50 ans pour justifier le coup d’État de 1973.

L’Assemblée constituante a débuté ses travaux il y a environ un an et, dans une première étape, elle fut dirigée par l’académicienne mapuche Elisa Loncón. L’épidémiologiste María Elisa Quinteros, 39 ans, fut choisie pour diriger la dernière étape. Lors de son discours final, Mme Quinteros a souligné que cette nouvelle Constitution rédigée avec la parité hommes-femmes, une première mondiale, a été écrite avec conviction et l’espoir qu’elle remplisse les demandes citoyennes.

Le texte final est composé de 388 articles et 57 dispositions transitoires, parmi lesquels on y définit le Chili comme un État plurinational et interculturel dans lequel on reconnait 11 peuples de Premières nations, d’autres pourront être reconnus selon ce que la loi stipulera. Il est déjà établi que, dans les différents territoires composant l’État chilien, les peuples et nations devront être consultés et donner leur consentement sur les aspects qui affectent leurs droits.

La revendication principale du soulèvement social d’octobre 2019 qui ouvert a le chemin à ce changement constitutionnel, était de s’opposer au modèle économique dicté par la Constitution de 1980, qui favorisait amplement le secteur privé au détriment du filet social de l’État, entre autres en éducation, santé et régimes de retraites. Avec la nouvelle Constitution, le Chili deviendra un État social et démocratique, qui doit pourvoir biens et services pour assurer le respect des droits humains.

Le 4 septembre prochain, jour du vote sur la nouvelle Constitution, le Chili pourra se prononcer démocratiquement pour une constitution qui inclut dignité, justice et modération. Il faut reconnaitre l’implication de la très grande majorité des membres de l’Assemblée constituante qui, durant de longues heures, durant toute une année, se sont soumis à ce processus austère et exigeant pour finalement arriver avec un document constituant un point de départ prometteur et important vers un pays où les Chiliens pourront vivre ensemble dans la dignité et avec fierté.

Approuver la nouvelle Constitution, c’est appuyer le retour à la légitimité démocratique et permettre au Chili de joindre le cercle des pays avec une constitution moderne, où les droits essentiels sont présents, tant sur le plan de la parité que de l’environnement.

Approuver, c’est éliminer le legs du la Constitution de Pinochet qui représentait le contrôle juridique préventif sur la société civile chilienne.

Approuver, c’est, pas à pas, rendre possible le « PLUS JAMAIS » de violations aux droits humains; c’est demander justice pour les disparus et les victimes; c’est demander la liberté des prisonniers politiques.

Approuver, c’est reconnaitre les Premières Nations et obliger l’État à appliquer les accords internationaux, comme la convention 169 de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux, et payer une dette historique sur les terres usurpées et leur legs culturel.