Par la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba et le professeur Gilles Bibeau, tableqccu@gmail.com

Prix de la Paix des peuples

Le Contingent international de médecins cubains spécialisés dans les catastrophes et les épidémies graves Henry Reeve a reçu le Prix de la paix des peuples, décerné par 100 organisations et plus de 40 000 personnes ayant participé à la campagne pour un prix Nobel de la paix en faveur des médecins cubains. La Table de concertation de solidarité Québec-Cuba applaudit cette décision qui permet de mettre à l’avant-scène, sur la place publique, l’existence et l’œuvre des brigades cubaines dans le monde. Depuis le lancement de la campagne, des milliers de personnes à travers le monde ont pu apprendre du travail du contingent international Henry Reeve et de sa contribution inestimable pour assister les peuples qui affrontent les situations d’urgence, dont celle de la pandémie Covid-19. Des comités ont été formés à travers le monde pour la promouvoir. Ainsi, plus de 200 mises en nomination, provenant de personnalités accréditées, de membres de gouvernements, de parlementaires et de lauréats de prix Nobel, de plus de 35 pays sur les cinq continents, ont contribué à faire connaître les brigades. Au Québec, le professeur Gilles Bibeau a été le parrain pour le comité. Professeur émérite de l’Université de Montréal, Bibeau est une sommité en anthropologie médicale. Homme de terrain, ses travaux sur les déterminants sociaux de la santé en Afrique, en Amérique latine et en Asie le mettent à même d’apprécier l’exceptionnelle contribution humanitaire des brigades cubaines Henry Reeve qui ont répondu, depuis leur création en 2005, aux demandes de différents gouvernements auprès de Cuba pour assister leurs populations lors d’urgences sanitaires résultant de catastrophes naturelles ou d’épidémies. En 15 ans, plus de 9 000 professionnels de la santé des Brigades Henry Reeve ont réalisé une soixantaine de missions sur quatre continents.

Travail spécifique contre la pandémie

La pandémie de Covid-19 a placé Cuba à l’avant-scène dans la lutte contre ce virus dans les pays qui sollicitèrent son aide. Entre mars et novembre 2020, près de 4000 professionnels cubains ont apporté leur dévouement exemplaire et leur compétence dans une quarantaine de pays et territoires sur quatre continents et leur travail se poursuit depuis un an. Les brigades envoyées pour combattre la pandémie de la Covid-19 sont composées à 61 % de femmes. Ce pourcentage élevé de femmes constitue un reflet de l’intégration des femmes dans tous les domaines de la vie professionnelle à Cuba. La capacité de Cuba de se porter au secours d’autres pays victimes de cataclysmes ou d’épidémies découle du fait que ce pays affiche le plus fort ratio de médecins – neuf – par millier d’habitants.

Un internationalisme médical exemplaire

L’internationalisme médical se manifeste depuis près de 60 ans à Cuba, remontant à 1963 quand des médecins furent d’abord envoyés en Algérie, puis ailleurs en Afrique, notamment en Angola et au Congo-Kinshasa. Au total, plus de 400 000 travailleurs de la santé ont œuvré au fil des décennies dans 160 pays à travers le monde. On estime qu’ils ont dispensé des soins à plus de quatre millions de personnes et sauvé près de 100 000 vies.

Cuba a même commencé, au tournant des années 2000, à former des médecins étrangers en son École latino-américaine de médecine – ELAM – qui a diplômé gratuitement à ce jour plus de 30 000 médecins venant de 115 pays. Dre Margaret Chan, directrice générale de l’OMS – ONU (2007-2017) a vanté « la capacité de Cuba à former des médecins et des infirmiers exceptionnels; sa générosité pour aider les pays sur la voie du progrès est reconnue dans le monde entier ». Cela s’est effectué en dépit de l’embargo imposé à Cuba et assimilé par les Cubains à un blocus visant à restreindre la capacité du pays à obtenir des devises et à entraver son développement.

Abusivement décriée par les puissances occidentales comme de la « diplomatie médicale » lorsqu’elle venait de la Russie et de la Chine, on ne saurait faire un tel procès dans le cas de la solidarité désintéressée de Cuba, avec une vision intrinsèquement humaniste de la médecine, conforme à la formation reçue et appliquée. Les déploiements des Brigades cubaines se font sans égard à la nature des relations que Cuba entretient ou n’entretient pas avec les pays récepteurs de son aide et sans prendre en compte les différences d’idéologie ou les conflits géopolitiques qui divisent les pays entre eux. Remarquables furent leurs interventions au Guatemala et au Pakistan affectés par des inondations et un tremblement de terre, en Afrique occidentale pour combattre l’épidémie d’Ébola et en Haïti contre le choléra par la visite des communautés, l’éducation sanitaire et la distribution de pastilles de désinfection de l’eau.

Enfin, en tout temps et quelles que soient la nature du désastre et les circonstances, les membres des Brigades essaient d’établir des rapports étroits de coopération avec les communautés locales en inscrivant du mieux qu’ils peuvent leur travail de terrain dans les structures publiques de soins de manière à renforcer celles-ci.