Par Diego Villagraz

À Cordoue, en Espagne, Pilar Serrano, de la médecine traditionnelle chinoise, traite les personnes souffrant de diverses maladies ou affections physiques. Par exemple, des personnes ayant reçu un diagnostic oncologique ou des personnes atteintes de maladies dégénératives telles que la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophique, et la sclérose en plaques viennent à sa clinique. Le Covid-19 a fait irruption dans son cabinet, où l’on reçoit des patients qui ont été victimes de ce virus et qui doivent se remettre des séquelles de l’infection.

REHUNO : Nous traversons une situation de pandémie causée par la Covid-19. Pourriez-vous nous dire si la MTC (médecine traditionnelle chinoise) a pu être utilisée de manière complémentaire dans le système de santé, tant en Occident qu’en Orient, et si elle a donné des résultats satisfaisants ?

Pilar Serrano : Dans notre clinique, nous aidons principalement les patients présentant des séquelles post-Covid19. Ils ont vu leur fatigue, leur faiblesse musculaire, leurs douleurs ostéo-articulaires ou leurs capacités respiratoires et cognitives être améliorées.

En Occident, je ne sais pas si la MTC a été utilisée dans les hôpitaux pour des patients Covid-19, mais en Chine, elle a été le deuxième soutien pour aider ces patients à sortir de leur état critique. Non seulement avec l’acupuncture mais aussi avec la phytothérapie chinoise, en plus du traitement pharmacologique conventionnel.

En fait, il existe des formules magistrales de phytothérapie qui étaient déjà utilisées en Chine dans d’autres décennies. Par exemple, lors d’une épidémie de méningite dans les années 70. Cette formule a été utilisée avec le virus du SRAS-CoV-2 et les résultats ont été plus que probants.

REHUNO : La pratique de la médecine traditionnelle chinoise en Occident est-elle une médecine réglementée par un organisme ou une législation quelconque ?

Pilar Serrano : En Europe, elle n’est pas réglementée. C’est une lutte que nous menons également en tant que membre de la Fondation Européenne de la Médecine Traditionnelle Chinoise, en demandant sa réglementation.

Il y a de nombreux accords au niveau sanitaire avec cette médecine, afin que ce soit pris au sérieux par les administrations et pour les professionnels qui s’y consacrent, mais le chemin à parcourir est long.

Par exemple, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) approuve la MTC depuis 1979 et a pu démontrer empiriquement ses bienfaits pour 50 maladies.

REHUNO : Quelles sont les maladies que vous traitez le plus dans votre cabinet ?

Pilar Serrano : Les maladies que je traite le plus dans ma pratique clinique sont les névralgies, les addictions, l’anxiété et le stress, l’insomnie, les dépressions, la fertilité, les vertiges, les acouphènes, la gynécologie et l’urologie, l’oncologie, les maladies neurodégénératives, les allergies, le psoriasis, les dermatites, les troubles digestifs, la bronchopneumopathie chronique obstructive, les coliques du nourrisson, l’hypertension, les lésions circulatoires, la faiblesse organique et la fibromyalgie, entre autres.

Nous devons commencer à comprendre que la MTC est une médecine de plus, avec d’autres protocoles, méthodes de diagnostic et techniques à suivre, mais avec une grande efficacité et de multiples avantages pour la santé.

REHUNO : En Occident, la médecine des soins primaires a évolué vers une diversification des spécialités médicales en fonction des symptômes ou de la pathologie de la personne. Quelle est la conception de la maladie selon la MTC ?

Pilar Serrano : La MTC a une façon très différente d’interpréter ou de diagnostiquer une personne malade. La maladie est due à un blocage du système que nous appelons méridiens énergétiques ; ils sont comme des canaux dans lesquels circulent le Qi (énergie) et le sang (xue). Ils parcourent tout notre corps et là où convergent ces points, ou résonateurs, nous les activons ensuite avec une aiguille, l’acupression ou le moxa (activation par la chaleur en brûlant la plante Artemisia).

Ces méridiens peuvent fonctionner de manière incorrecte en raison de différentes causes telles que le climat, l’alimentation, le repos, nos préoccupations, etc.

Notre diagnostic est donc très rigoureux, afin d’atteindre le syndrome à l’origine du déséquilibre, car une même maladie peut avoir des causes et des symptômes différents.

Par exemple, une lombalgie peut être causée par une insuffisance ou une surcharge de Qi, et si vous continuez à diagnostiquer, vous verrez ce qui a provoqué cette douleur. Tout n’est pas que mauvaises postures, ou protrusions et hernies discales.

Notre traitement en consultation clinique ne consiste pas seulement à poser des aiguilles à un patient, il est beaucoup plus complexe. Il faut corriger les habitudes alimentaires, par la diététique chinoise et, si nécessaire, conseiller une plante ou une formule de phytothérapie chinoise, afin que la guérison soit plus rapide.

REHUNO : Dans votre pratique clinique, travaillez-vous en collaboration avec des professionnels de la santé publique du secteur des soins primaires ou de différentes spécialités médicales ?

Pilar Serrano : De manière particulière, je collabore avec de nombreux médecins spécialistes de différentes branches de la santé : fertilité, psychologie, psychiatrie, gynécologie, unité de traitement de la douleur, neurologie, urologie, réadaptation.

J’espère que, dans un avenir pas trop lointain, nous pourrons tous collaborer, les professionnels des soins de santé primaires et les spécialistes, avec les praticiens de la MTC, et traiter ensemble les patients et leurs maux.

Je tiens à souligner que la médecine chinoise traite et améliore la santé, mais qu’elle fonctionne mieux en tant que médecine préventive.

REHUNO : Pour les personnes atteintes d’un cancer, quel est l’avantage d’un traitement par la MTC ?

Pilar Serrano : De plus en plus de personnes malades ont recours à cette pratique en complément. Les patients qui se trouvent aux premiers stades de la maladie peuvent être aidés à renforcer leur système immunitaire et atténuer les effets indésirables des traitements si agressifs auxquels ils doivent se soumettre.

Et pour ceux qui sont à un stade plus avancé de la maladie ou en soins palliatifs nous pouvons améliorer leur qualité de vie et les accompagner jusqu’à la fin de leur existence. Avant tout, en traitant la douleur et l’humeur. Il est fondamental que la partie physico- émotionnelle soit la plus sereine possible dans la dernière étape de la vie d’un patient.

REHUNO : Les maladies dégénératives telles que le Parkinson ou la maladie d’Alzheimer ont une incidence élevée de cas diagnostiqués dans notre société. Comment la MTC peut-elle aider ces maladies ?

Pilar Serrano : Pour les maladies dégénératives ou neurodégénératives, la MTC joue un rôle fondamental. D’une part, elle ralentit le processus de progression de la maladie et peut même amener certains patients à participer à des essais cliniques pour cette raison, et à tester de nouveaux médicaments qui leur donnent une espérance de vie ou une meilleure qualité de vie.

D’autre part, la phytothérapie chinoise et la MTC peuvent, ensemble, améliorer les symptômes les plus indésirables de la maladie, comme améliorer la mémoire à court terme, apaiser l’humeur, obtenir que la mobilité des membres soit plus stable, ou augmenter la qualité du sommeil. Par conséquent, elle peut être recommandée pour de nombreuses autres pathologies telles que la sclérose en plaques ou la sclérose latérale amyotrophique.

REHUNO : Qu’est-ce qui vous a motivée à vous former et à vous consacrer professionnellement à la MTC ?

Pilar Serrano : Bien que vivant très loin du monde asiatique, j’ai ressenti depuis mon enfance une grande curiosité pour la culture, la philosophie, la gastronomie et les médecines de la Chine et du Japon. J’ai commencé à étudier les techniques et thérapies orientales, notamment le massage shiatsu, la rééducation posturale Sotai, le massage facial Kobido, le massage chinois Anma, le massage Tuina, l’acupuncture Hinaishin et ma grande passion, la médecine traditionnelle chinoise, que j’ai décidé d’étudier et de mettre en pratique. C’est pourquoi j’ai décidé d’ouvrir ma propre clinique, le Centre de Thérapies Kyushu.

REHUNO : Si une personne souhaite se former à la MTC, comment peut-elle acquérir cet apprentissage ?

Pilar Serrano : Il s’agit d’une formation de 3-4 ans qui s’achève par une thèse. En Espagne il existe peu d’écoles de qualité pour l’apprendre. Il faut être vraiment passionné quand on décide d’étudier quelque chose comme ça. J’ai un si grand amour pour ce que je fais que cela ne me pèse pas, en fait, à ce jour, je continue à étudier et à faire des recherches.

Mes trois principales écoles de formation sont l’Ecole Supérieure de Médecine Traditionnelle chinoise de Madrid, l’Ecole Shiatsu Yasuragi de Madrid, et l’Ecole Internationale de Médecine Traditionnelle chinoise Li Ping de Barcelone.

Je suis également professeure collaboratrice de la Fondation européenne de Médecine Traditionnelle chinoise depuis 2016, et je donne des cours et des séminaires sur ces techniques.

REHUNO : Nous apprécions votre attention et le fait que vous nous ayez transmis, à partir de votre expérience professionnelle, les principes et la vision de la médecine traditionnelle chinoise.

Pilar Serrano : Un grand merci à REHUNO pour avoir mis en lumière la médecine traditionnelle chinoise, encore méconnue en Occident. Ce fut un plaisir de collaborer avec vous. Nous devons continuer à grandir, comme le bambou.

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet