Le revenu de base en tant que réponse à l’inégalité croissante

16.11.2020 - Madrid, Royaume d'Espagne - Juana Pérez Montero

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien, Portugais

Le revenu de base en tant que réponse à l’inégalité croissante

Vendredi dernier, le 12 novembre, l’Institut des politiques publiques Humanizar a organisé la conférence Inégalité croissante : un défi pour l’économie, à laquelle des dizaines de personnes ont participé à travers différents réseaux.

Une analyse de la situation actuelle a été réalisée et des solutions possibles ont été recherchées pour répondre à l’inégalité économique qui ne cesse de s’accroître.

Pour notre part, nous avons défendu la mise en place d’un Revenu de Base RB comme premier pas vers la redistribution des richesses, qui s’accumulent chaque jour davantage dans un nombre de mains de plus en plus restreint, en comprenant qu’un RB n’est pas la solution à tous les problèmes que les gens connaissent aujourd’hui, et qu’il doit être accompagné d’autres politiques publiques. Nous partageons ici quelques idées de base que nous avons soulevées avec les participants, comme appui pour l’échange qui a suivi. Vous pouvez voir ci-dessous la vidéo de l’ensemble de l’événement.

Le revenu de base comme réponse à l’inégalité croissante

Le titre qui nous réunit ici est « L’inégalité croissante : un défi pour l’économie » qui définit une chose que nous connaissons tous : L’inégalité est en hausse, et le COVID en est le déclencheur. Des millions d’êtres humains sont entraînés dans la pauvreté tandis qu’une minorité s’enrichit de plus en plus.

Nous donnerons quelques aperçus sur le moment présent comme contexte

Les progrès de l’intelligence artificielle, de la robotique, de la technologie en général… génèrent :

D’une part, de plus en plus de richesses qui s’accumulent dans moins de mains, comme nous l’avons dit, une richesse qui – selon divers experts – permettrait à l’ensemble de l’humanité de vivre dans des conditions dignes.

D’autre part, l’automatisation de l’emploi signifie la perte d’emplois rémunérés c’est-à-dire que chaque jour, des milliers et des milliers de personnes tombent dans l’abîme de la précarité et de la pauvreté.

Cela implique que l’équation selon laquelle emploi/salaire était synonyme de survie a été rompue. Quelque chose de fondamental à noter.

Mais passons à la deuxième partie du titre de cet entretien :  » UN DEFI POUR L’ECONOMIE »

Un défi perdu, oserais-je dire, si nous persistons à nous efforcer de donner les mêmes réponses. Nous allons l’expliquer.

Dans cette situation, où chaque jour de plus en plus de personnes tombent dans la précarité et la pauvreté, certains gouvernements continuent à parier sur la mise en œuvre d’une aide aux pauvres, cherchant à redresser la situation mais ne résolvant pas le problème parce qu’ils ne remontent pas à sa racine.

Nous parlons du fait que ces aides ne remettent pas en cause cette accumulation de richesses et, par conséquent, l’inégalité sociale qu’elle génère…. C’est comme vouloir faire boire de l’eau dans vos mains à une foule assoiffée.

Il est clair que ces aides permettent à un pourcentage de la population de mal manger, et là où elles ont été mises en œuvre, nous ne pouvons pas le nier, mais nous constatons – une fois de plus – que ces aides ne parviennent pas à tous ceux qui en ont besoin, qu’elles arrivent en retard, qu’elles continuent à stigmatiser ceux qui les reçoivent, et qu’une partie non négligeable du budget qui leur est alloué se perd dans la gestion elle-même.

…Ceci sans entrer dans le concept même de telles aides : parce qu’elles sont basées sur la charité, sur la remise des miettes que le pouvoir lui-même laisse tomber de ce qu’il a volé à tout le monde… Ce modèle vertical dans lequel quelques-uns ont pris le contrôle de ce qui appartient à tous (comme l’a souligné le penseur argentin Mario Luis Rodriguez – SILO – dans ses Lettres à mes amis) … nous conduit au désastre et cela doit être remis en question de toutes nos forces… car l’avenir commun est en jeu en ce moment.

Nous sommes sans aucun doute confrontés à un défi pour l’économie, un défi socio-économique, un défi psychosocial, si je puis dire, car nous sommes confrontés à une crise structurelle, qui affecte toutes les sphères de la vie personnelle et sociale.

De telle sorte que nous ne voyons pas d’autre moyen de répondre à ce défi, à cette crise dans laquelle nous sommes, à ce carrefour dans lequel nous nous trouvons et qui a été si bien décrit par Guillermo Sullings dans son livre « A la croisée des chemins « , nous ne voyons pas d’autre moyen que d’aller à la racine du problème, à cette concentration de la richesse, et de préconiser sa redistribution pour assurer la subsistance de toute l’humanité.

Et pour cela, il faut parier sur une économie solidaire (loin de là, contrairement – je dirais – à celle de la charité), une économie qui repose sur les droits, sur les droits humains, et le premier d’entre eux ne peut être autre que de garantir la survie des personnes, des populations, de l’humanité tout entière.

Bien sûr, des mesures très différentes doivent être prises dans divers domaines, mais il y a une mesure qui peut mettre un terme à la faim d’un seul coup et qui serait une étape dans la redistribution des richesses, c’est de fournir un revenu de base universel et inconditionnel à toute la population. Ou ce que dans certains pays, comme l’Argentine, certains groupes et militants ont appelé le Revenu Universel du Citoyen.

Je fais une parenthèse : en ce qui nous concerne, nous préférons parler de revenu de base car le terme même de revenu implique que les bénéfices générés par un bien qui nous appartient nous soient rendus, pour un bien collectif en l’occurrence, un bien qui nous correspond à tous.

Et quel est ce bien collectif ? Sans aucun doute, toute cette richesse qui s’accroît, une richesse qui évidemment déclarons le, appartient à tous, car elle est produite par l’accumulation historique, par le travail de milliers de générations et par la contribution de chacun d’entre nous à l’heure actuelle, par le travail en général et l’emploi en particulier, les impôts, la consommation, etc.

Maintenant, de quoi parle-t-on quand on parle de revenu de base ?

Il s’agit d’une allocation que l’Etat accorderait à chaque personne, du simple fait d’être née, pour assurer sa subsistance et lui assurer des conditions de vie décentes (alimentation, logement, énergie, communications…)

Un revenu de base présente certaines caractéristiques, ainsi :

Il est universel, versé à toute la population, des plus pauvres aux plus riches, à toutes les personnes.  Il s’agit de droits et nous exigeons – de la part de divers groupes et militants, dans mon cas le RHxRBU – qu’il soit reconnu comme un droit universel. Et pour qu’il en soit ainsi, il doit être donné à tous, sans exception.

Cela ne signifie pas que toute la population bénéficie d’un revenu de base, les plus riches en bénéficieraient également mais n’en tireraient aucun profit, ils y perdraient parce qu’ils devraient payer plus d’impôts qui seraient destinés au paiement du revenu de base mentionné.

Il est sans conditions. On ne demande à personne s’il est riche ou pauvre, s’il veut travailler ou non…

Il s’agit d’une allocation individuelle, accordée à chaque personne, contrairement à l’aide aux pauvres, qui est généralement destinée aux familles, et lorsqu’il y a des hommes, ce sont généralement eux qui la reçoivent laissant la femme et les enfants dans une situation de dépendance.

Et il doit être suffisant, d’un montant égal ou supérieur au seuil de pauvreté…

Bien sûr, il doit s’agir d’une mesure durable. En d’autres termes, supposons que nous passions à une autre étape, dans laquelle nous n’aurions plus à nous soucier de notre subsistance, avec la perte subséquente de la peur due à la faim, la maladie et la mort liées à la misère et à la précarité. Pouvez-vous imaginer combien de douleur et de souffrance la mise en place d’un revenu de base éliminerait ?

Bien sûr, en recevant un revenu de base, nous obtiendrions d’autres avantages, outre l’élimination de la pauvreté et de la stigmatisation qu’elle génère ; le travail de soins serait reconnu – un travail non rémunéré qui est fondamental pour la vie et qui, le plus souvent, est effectué par des femmes et des jeunes filles -, le travail volontaire qui fait tant de bien à ceux qui le développent et à la société, le travail artistique – en général non rémunéré – vital pour l’esprit… Cela accorderait une indépendance aux femmes, au collectif LGTBI, cela améliorerait substantiellement la vie des enfants (rappelons que le pourcentage de la population le plus touché par le fléau de la pauvreté est celui des enfants) … Nous gagnerions tous en liberté, liberté de négocier un emploi, liberté dans nos relations, liberté de disposer de notre temps, etc. Nous pourrions nous consacrer à ce qui, à notre avis, nous permet de nous épanouir et à partir de quoi nous pouvons apporter davantage et mieux à la communauté.

Comme déjà dit, je poserais un marchepied pour passer à une autre étape de l’histoire et c’est possible parce qu’il y a plus qu’assez de richesses et que ces richesses appartiennent à toutes et tous, j’insiste.

En ce qui concerne le financement d’un revenu de base, il existe des études réalisées à partir de données spécifiques, et différentes mesures sont proposées : telles que l’augmentation de l’impôt sur les grandes fortunes, l’imposition progressive, la modification des taux d’imposition sur les revenus des personnes physiques, l’imposition des opérations boursières (taxe Tobin), des robots, la poursuite de la fraude fiscale, la recherche de paradis fiscaux, etc.

En fait, nous savons bien que ce n’est pas un problème d’argent, ce qu’il faut c’est une volonté politique.

Évolution dans la défense d’un revenu de base

Mais voyons comment la défense de cette initiative a évolué au fil du temps. Nous ne reviendrons pas sur les siècles passés, bien que la défense d’une mesure similaire vienne de loin….

Revenons en arrière. Vous souvenez- vous, qu’il y a deux ans encore, personne ne parlait du revenu de base, sauf quelques fous ?

Ah, mais depuis lors, et surtout depuis l’apparition du COVID dans nos vies, son application a été envisagée : des représentants des Nations unies, des politiciens de différents pays, des journaux tels que le Financial Times – non suspectés d’être révolutionnaires -, ont déjà abordé la question dans des secteurs tels que les rencontres de Davos, où des spécialistes comme Guy Standing ou Rutger Bregman ont assisté. Le thème s’est répandu et il ne semble plus si insensé. Peut-être sa mise en œuvre est-elle plus proche que nous le pensons, par pure nécessité.

Parlons maintenant et brièvement des projets qui progressent dans le sens de leur réalisation.

Une initiative citoyenne européenne a été lancée dans l’Union Européenne. Cela signifie qu’entre le 22 septembre dernier et le 21 septembre 2021, un million de signatures seront recueillies (il est essentiel qu’elles se trouvent au moins dans 7 pays de l’Union) et présentées au Parlement européen, ce qui l’obligera à un débat sur la mise en place éventuelle d’un revenu de base pour les citoyens de l’Union.

Mais il existe déjà des expériences et elles montrent toutes des effets positifs pour ceux qui ont reçu ces allocations et pour la communauté dans laquelle ils vivent.

En voici quelques-unes :

Alaska : Depuis 1982, chaque citoyen reçoit un revenu annuel variable d’environ 2000 dollars qui lui est versé par le gouvernement en fonction des bénéfices générés par le pétrole, un bien non renouvelable considéré comme appartenant à tout le monde. Ce n’est pas suffisant mais cela aide – selon les enquêtes réalisées – l’économie personnelle et familiale en particulier.

Dauphin (Canada) : Entre 1974-1979, un revenu de base a été mis en place. Les résultats mis en évidence il y a quelques années, sont étonnamment positifs : les femmes ont pu assumer les tâches familiales, les enfants ont pu terminer l’école élémentaire, la criminalité, l’alcoolisme, les maladies ont diminué…

Par ailleurs, des expériences ont été réalisées ou sont en cours de développement en Finlande, en Espagne (Barcelone), au Brésil (Maricá), en Ouganda, en Inde, au Kenya, etc.

En aucun cas, l’inflation n’augmente, mais cela dynamise l’économie ; elle encourage les bénéficiaires à entreprendre des projets économiques, à travailler davantage, elle accroît notamment l’indépendance des femmes, elle accroit la scolarisation, elle ouvre l’avenir en général… ce qui devrait intéresser le système capitaliste lui-même.

Nous n’entrerons pas dans les détails mais, bien sûr, avec un revenu de base, la question de l’emploi ne se pose pas ; Si quelqu’un veut consacrer sa vie à travailler pour un salaire, c’est très bien. Un revenu de base ne génère pas non plus de fainéants, comme l’ont montré les expériences réalisées. Nous pourrons approfondir ces questions plus tard, si le temps et l’intérêt le permettent.

En synthèse

Nous sommes confrontés à une baisse de l’emploi qui est chaque jour plus précaire, par conséquent l’équation emploi/salaire synonyme de survie ne fonctionne plus pour une grande partie de la population, et affectera de plus en plus de personnes.

Cela est dû aux progrès de l’automatisation de l’emploi, aux avancées technologiques de toutes sortes, à la robotique, à l’intelligence artificielle… Des éléments qui, dans le même temps, génèrent de plus en plus de richesses.

Une richesse appartient à tous car elle a été produite par l’accumulation historique du travail de milliers de générations et par la contribution actuelle de toute l’humanité.

Le temps est donc venu de redistribuer cette richesse qui un jour nous a été volée et qui continue à nous être volée par cette minorité qui l’accumule sans aucune conscience du bénéfice social.

Et cela – une telle redistribution – est vital pour la justice sociale, pour la nécessaire survie, et parce qu’il existe des conditions matérielles pour que nous fassions un saut en humanité comme nous ne l’avons jamais fait auparavant, en nous libérant des conditions qui génèrent la douleur et la souffrance, et pourquoi ne pas le dire, en nous libérant de l’emploi, en particulier des emplois esclavagistes.

Maintenant, rien ne nous a été simplement rendu par ceux qui nous ont pris ce qui nous appartenait à tous (c’est intentionnellement que je ne dis pas « nous a été donné » ou  » été accordé »), j’insiste sur le fait qu’aucun droit ne nous a été rendu sans que nous n’ayons travaillé pour cela. Par conséquent, exigeons et faisons pression pour que les Nations unies continuent à insister pour son application et pour que les gouvernements s’engagent dans des politiques qui donnent la priorité aux personnes et assurent la subsistance et des conditions de vie dignes à toute la population grâce à un revenu de base universel inconditionnel… ou une mesure similaire.

Ce sera le premier pas vers la réparation historique des individus, des peuples, des continents entiers, épuisés et condamnés à la discrimination et à la misère depuis des siècles.

Aujourd’hui, c’est possible. Je vous encourage à y travailler.

Merci beaucoup.

Ici la vidéo de tout l’echange :

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet

Si vous souhaitez effectuer des traductions et participer au projet de Pressenza, écrire ici.

Catégories: Droits humains, Economie
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