Le pays qui n’a rien compris

01.09.2020 - Londres, Royaume-Uni - Giovanni Succhielli

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Italien

Le pays qui n’a rien compris
(Crédit image : Ben Hope on Unsplash)

Le 5 mai, le Royaume Uni est devenu le pays comptant le plus de morts du coronavirus en Europe – selon les informations officielles environ 42.000 Britanniques étaient morts de cette maladie à cette date.

Au début du mois de mars, la situation était très différente.
Le virus se répandait déjà en Europe, avec la France, L’Espagne et l’Allemagne dépassant les 1.000 cas. Le pays le plus durement touché était l’Italie : c’était la première nation occidentale à instaurer un confinement complet, avec 366 morts liées au coronavirus et 7.380 cas au total.
A ce moment, la situation au Royaume Uni n’était pas trop préoccupante, avec seulement deux morts et 352 cas confirmés. Mais chacun savait que ce virus finirait par entrer dans le royaume. Malgré cela, le gouvernement dirigé par Boris Johnson a attendu jusqu’au 23 mars pour fermer les commerces non essentiels, alors que le nombre des morts et cas d’infection étaient devenus presque aussi nombreux qu’en Italie.

“ Il faut une certaine immunité dans la population. ”

En fait le « 10 » a décidé au début de « retarder » la propagation du virus et de rechercher une immunité collective.
Sir Patrick Vallance, conseiller scientifique principal du gouvernement, a déclaré le 12 mars que « Il n’est pas possible d’empêcher tout le monde de le contracter et ce n’est pas souhaitable parce qu’il faut une certaine immunité dans la population. »
Le but du gouvernement à ce moment était d’éviter que le NHS (service national de santé) soit débordé, parce que l’on croyait à Downing Street que les infections doublaient tous les quatre à six jours. Cependant, une étude de l’Imperial College London et de l’université d’Oxford publiée plus tard a estimé que le temps de doublement des infections n’était que de trois jours. Les plans du gouvernement étaient donc fondés sur des chiffres nettement inexacts.
Au milieu du mois de mars, alors que la plupart des pays européens avaient déjà diminué la vie publique, les rames de métro de Londres étaient encore bondées, il n’y avait aucun signe de distanciation sociale et en gros tout fonctionnait comme d’habitude.

Les rapports de deux commissions parlementaires ont révélé que le gouvernement britannique a commis de graves erreurs dans la lutte contre la propagation du virus.
La commission des comptes publics a révélé qu’environ 25.000 patients ont été renvoyés en soins à domicile en Angleterre entre la mi-mars et la mi-avril pour libérer des lits d’hôpital, sans faire de test covid-19. Les parlementaires ont décrit cela comme une « erreur épouvantable. »
La commission des affaires intérieures a aussi conclu que le « 10 » n’avait « pas reconnu assez vite » le risque d’importation du virus depuis l’Europe continentale. Bien que tous les passagers provenant de la province de Hubei, de certaines régions de Corée du Sud, d’Iran et d’Italie ont initialement été invités à se mettre en quarantaine, cette recommandation fut inexplicablement retirée entre le 13 et le 23 mars.

Les parlementaires ont conclu que des milliers de nouvelles infections ont été importées de l’Europe durant cette période. Ils ont ajouté : « le défaut de prise en considération correcte de la possibilité d’imposer des exigences plus strictes aux arrivants, comme la mise en quarantaine obligatoire, les vérifications augmentées, les tests ciblés ou la quarantaine forcée constitue une erreur grave. »
Seules 273 personnes parmi les 18,1 millions qui sont arrivées par avion au Royaume Uni au cours des trois mois précédant le confinement ont été placées en quarantaine.

« Il n’est pas possible d’empêcher tout le monde de le contracter et ce n’est pas souhaitable parce qu’il faut une certaine immunité dans la population. »

Sir Patrick Vallance, conseiller scientifique principal du Royaume Uni, déclare que l’objectif premier est de protéger les personnes vulnérables et les vieillards du coronavirus

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— BBC News (UK) (@BBCNews) 12 Mars 2020

 

Non seulement le gouvernement n’a pas adopté une bonne stratégie, mais au début le premier ministre a sous-estimé la question. Ainsi que le Times l’a révélé (paywall), M. Johnson est parti en vacances durant 12 jours au cours des vacances de mi-mandat commençant le 13 février. Il a donc raté cinq réunions Cobra alors qu’il a « trouvé le temps (…) de prendre part à un rituel de nouvel an des yeux de dragon lunaire lors d’une réception à Downing Street pour la communauté chinoise. » La première réunion d’urgence pour le coronavirus à laquelle le premier ministre a assisté s’est tenue le 2 mars.

A la même époque, le gouvernement était occupé à élaborer des plans post-Brexit, le pays ayant juste quitté l’UE.

Lorsque Boris Johnson a finalement annoncé que le Royaume Uni allait être confiné – le 23 mars – il était trop tard, le virus s’était répandu dans tout le pays. Les hôpitaux de Londres ont rapidement été débordés, alors que le NHS a subi la même situation que l’Italie avait subi quelques jours auparavant.
Dans les semaines qui ont suivi, le virus s’est étendu depuis Londres jusqu’au nord de l’Angleterre, en particulier dans les régions du Grand Manchester et de Leicester.

Aucun équipement de protection personnelle en vue

Lorsqu’un confinement a été annoncé, le gouvernement a décidé de suivre une méthode différente de celle choisie par l’Italie deux semaines plus tôt, alors que les deux pays étaient dans une situation similaire.

Au Royaume-Uni, tous les commerces non essentiels ont été fermés et il a été conseillé aux gens de travailler à domicile. Cependant l’usage des masques faciaux n’était pas obligatoire dans les transports publics avant le mois de juin, et pas avant la fin juillet dans les espaces confinés. Le premier ministre a été vu servant dans un restaurant – dans un coup de pub – sans équipement personnel de protection le 8 juillet.

Imposer le respect des distances sociales et interdire aux gens de se rassembler dans des parcs est devenu quasiment impossible dès lors que les activités en extérieur comme la course et la marche étaient autorisées et que les services de café à emporter restaient ouverts dans les zones résidentielles.

La situation a empiré lorsque, au début du mois de mai, le « 10 » a suggéré que le confinement pourrait être assoupli le lendemain du weekend de fermeture bancaire alors qu’une vague de chaleur commençait à toucher le Royaume-Uni. Cela a pu donner l’impression que l’urgence était passée.

Le premier ministre a aussi expliqué que cette réévaluation du confinement serait annoncée le dimanche soir afin de disposer des données les plus récentes. Le problème étant que l’on savait que les données recueillies le week-end n’étaient pas fiables. En fait, comme moins de gens travaillent à l’hôpital et dans les laboratoires durant le week-end, moins de gens sont testés et moins de morts sont pris en compte.

Finalement, quand Johnson s’est adressé à la nation, il a révélé que très peu de changements seraient apportés aux restrictions déjà en place.

Outre la médiocre gestion de la crise par Johnson, une étude récente de l’université de Londres a aussi révélé une diminution considérable de la confiance du public envers le gouvernement suite au scandale des voyages de Dominic Cummings à Durham en mai. Ce rapport indiquait aussi que la volonté d’adhésion aux règles du confinement avait chuté en Angleterre. En fait, alors que le principal conseiller du premier ministre avait violé les règles du confinement, il n’a jamais été sanctionné.

A l’inverse, le gouvernement italien a géré autrement la pandémie.

En Italie, le port d’un équipement personnel de protection fut rendu obligatoire dès le début du confinement début mars, à l’intérieur comme dans les transports en commun, les gens ne pouvaient quitter leur foyer qu’une fois par jour pour acheter de la nourriture ou se rendre au travail lorsque c’était nécessaire. Les gens devaient être porteurs d’une déclaration justifiant leurs déplacements. La police avait aussi le pouvoir de contraindre au respect de la distanciation sociale et d’arrêter des personnes dans la rue.

En comparant les tendances des dix premières semaines de confinement, en Italie (9 mars – 17 mai) et au Royaume Uni (24 mars – 1er juin), il est clair qu’au début les deux pays avaient un nombre similaire de nouveaux cas par jour. Ce nombre a atteint un pic trois semaines après le début du confinement, en Italie comme au Royaume-Uni.

Cependant, alors que les chiffres de l’Italie ont baissé après trois semaines de confinement – on pourrait suggérer que c’était le résultat des mesures adoptées – cela ne s’est pas produit au Royaume-Uni. En fait, il a fallu un mois de plus pour que le nombre de nouveaux cas journaliers diminue.

Ce grand nombre de nouveaux cas journaliers a contribué directement ou indirectement à augmenter le nombre de décès, en raison du manque de respirateurs et de lits dans les unités de soins intensifs.

En Angleterre, le CoViD–19 a particulièrement touché les minorités ethniques et les zones les plus pauvres, selon les données officielles.
Cependant, la meilleure mesure de l’impact du coronavirus sur un pays est la surmortalité : des données récentes démontrent que l’Angleterre avait  le niveau le plus élevé de surmortalité en Europe pour le premier semestre de 2020. Cela signifie que les données officielles de décès liés au CoViD–19-doivent être revues à la hausse.

Edwin Morgan, de l’ONS, a déclaré que « Bien qu’aucune des quatre nations du Royaume-Uni n’a atteint un pic de mortalité aussi élevé que l’Espagne ou les zones les plus sévèrement touchées de l’Espagne et de l’Italie, la surmortalité était distribuée géographiquement dans tout le Royaume-Uni au cours de la pandémie, alors qu’elle était plus localisée géographiquement dans la plupart des pays d’Europe occidentale. »

Ce n’est pas un exercice

Des milliers de vies auraient pu être sauvées si le gouvernement du Royaume-Uni n’avait pas perdu des semaines à poursuivre une approche d’immunité collective alors qu’il était clair que cela allait entraîner des millions d’infections.
Si le « 10 » avait suivi l’exemple italien avant et pendant le confinement, en imposant des règles plus strictes et en ne sapant pas les règles déjà mises en œuvre, le pays se porterait bien mieux à présent.
Par exemple, le premier ministre a décidé de ne pas sanctionner son principal conseiller quand il fut révélé qu’il avait violé le confinement. M. Johnson a aussi laissé croire brièvement que mesures seraient levées en mai.

Une simulation de l’impact d’une épidémie de grippe au Royaume-Uni a été réalisée en 2016.
« L’Exercise Cygnus » a démontré que le pays manquait d’équipement personnel de protection, de respirateurs médicaux et de lits de soins intensifs. Une planification supplémentaire était aussi nécessaire pour comprendre comment améliorer la capacité de l’aide sociale pour libérer des lits d’hôpital en soignant des patients à domicile.
« La préparation et la capacité de réaction du Royaume-Uni, en termes de planification, politiques et capacités, sont actuellement insuffisantes pour faire face aux exigences extrêmes d’une grave pandémie qui aurait un impact national dans tous les secteurs » avait conclu le rapport.

Les retards et hésitations de Downing Street ont joué un rôle crucial, faisant du Royaume-Uni la nation la plus durement touchée en Europe – sans négliger le fait que le gouvernement n’a pas mis en place sa propre application de suivi de contacts et n’a pas insisté sur l’importance du port d’un masque avant l’été.
Cependant, l’impact du coronavirus au Royaume-Uni fut aussi causé par des causes à long terme, comme une décennie de sous-financement et de diminutions de budget du NHS par les conservateurs.

 

Traduction de l’anglais, Serge Delonville

Catégories: Europe, International, Politique
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