Un vrai cri du coeur, au coeur du confinement

08.05.2020 - Tatiana De Barelli

Un vrai cri du coeur, au coeur du confinement
(Crédit image : Tatiana De Barelli)

Patricia est directrice de « Tutti Frutti », école multilingue privée qu’elle a fondée il y a plus de 20 ans. Dans cette école « de la vie » en dehors du système scolaire classique, la pédagogie fait la part belle à la philosophie et aux pratiques artistiques.    Elle témoigne ici avec émotion le vécu d’un confinement qui s’avère inquiétant pour le futur des structures telles que la sienne.

 

Patricia Pitisci, directrice Tutti Frutti

« Quelques minutes après son arrivée à l’école – vide – un enfant de 6 ans, qui vient chercher un ordinateur avec son papa, s’écrie « Ce serait génial si mes copains de la classe arrivaient maintenant à l’improviste, et même les copains de l’autre classe« . C’est sa façon à lui d’exprimer le besoin d’être en lien avec ses camarades et le manque de ce lien.

Je ne sais pourquoi ce cri du cœur m’a fait penser à la beauté de la lettre A : Amitié, Amour, Adorable…

Ce confinement serait-il une parenthèse spirituelle, une aventure vers la recherche d’une nouvelle vie, la découverte d’un nouveau monde? Incroyable coïncidence, cette année scolaire 2019-2020, je l’avais baptisée l’Année de la Renaissance.

Je déchante vite. Le « A », c’est aussi le « A » privatif : Anormal, Aphasie….

Ou d’autres mots tout aussi peu réjouissants : Angoisse, Abandon, Absurdité.

Incompréhension.

Heureux qui comme certain·e·s sont arrivé·e·s à vivre ce confinement en toute sérénité !

Pour ma part, à la tête d’une école que j’ai moi-même créée et que j’ai fait grandir année après année, c’est le stress le plus total.

Pas de subsides, pas le moindre copec.

Parmi tous les discours officiels, pas le moindre mot pour les associations Atypiques.

La douche froide, à nous de la digérer.

C’est vrai, avant le confinement nous vivions une vie de dingue. Dispersés.

Comment se recentrer?

Solidarité? Une autre douche froide! Les réflexes primitifs rejaillissent instinctivement. Chacun·e tire la couverture de son côté, pas de pitié sauf dans le discours.

Comme dit si sagement mon papa : « quand certains comptent leurs morts, d’autres comptent leurs sous« .

Je dénonce la discrimination : certains pays sont à nouveau les parias de l’Occident. Les journalistes ne semblent pas se soucier d’utiliser une expression telle que  « à l’italienne ».

Pourquoi donner à l’autre ce qui pourrait le sauver? Discrimination des faibles (affaibli·e·s au niveau de la santé physique et psychique, économique, sociale). Tous ces Atypiques cimentent pourtant notre société.

Je dénonce le manque de débat contradictoire.

On décide, on décrète, tant pis si on crève.

Je ne déambule qu’en pensées. Oui, oui, j’ai compris : Stay home.

J’imagine une société moins vaste, un vrai quartier avec un esprit de réelle connaissance de l’autre.

D’ailleurs, j’ai fait connaissance de mes voisin·e·s à 20h sur le balcon. Alors, je décide de m’apaiser.

Non pas vraiment. Je déplore le manque d’écoute, présent et passé.

Néanmoins, je continue à rêver un rêve qui m’est accessible : une école-maison, loin d’une structure gigantesque, où l’écoute de tous les acteurs de l’éducation est authentique parce qu’une réelle vision pédagogique existe.

Le tout sans devoir jour après jour être créatif, non pour la beauté du verbe ou la noblesse absolue de la tâche, mais pour rester la tête hors de l’eau.

Je meurs d’envie d’inventer une société plus humaine.

Pourtant tout ce que nous avons construit est humain! Ce sont les humains qui ont inventé cette société, démesurée certes.

Alors, humain comme accessible, altruiste, bienveillant.

Finissons-en avec les écoles-boîtes à sardines ou autres « boîtes » à travailler où on entasse, s’écrase et suffoque.

En tant que directrice, je milite pour une école où on nourrit une force intérieure chez l’enfant et l’enseignant, où chacun·e déploie ses ailes.

En tant qu’école de langues, j’aspire à un environnement multilingue, non pas pour trouver un bon travail dans un avenir lointain, mais bien pour vivre dans un monde de respect. J’allais ajouter de tolérance ; j’apprécie peu ce terme, je préfère les valeurs d’ouverture, d’écoute. Je m’embarque dans une périphrase : un monde où l’autre peut exister avec sa différence où nous serons tous·toutes plus riches de coeur et de lien.

Enfin, laissons à chacun·e la juste distance pour respirer, goûter le juste équilibre entre moi et les autres.

Je prône et je choisis un Art de vivre.

Beauté. Simplicité. Calme. Joie. Jouissance simple et profonde. »

Patricia Pitisci

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Catégories: Education, Europe, Interviews
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