Bolivie : Les véritables raisons du coup d’État (partie 2 de 2)

08.02.2020 - Rédaction France

Bolivie : Les véritables raisons du coup d’État (partie 2 de 2)
(Crédit image : DW)

Suite de la partie 1 : Bolivie : Les véritables raisons du coup d’État (partie 1 de 2)

 

Par Orietta E. Hernández

Qui sont les acteurs du coup d’Etat ?

Ce coup d’Etat perpétré en Bolivie fait partie d’un plan intégral que les Etats-Unis ont mis en œuvre en Amérique Latine pour récupérer leur hégémonie. Il a plusieurs facettes et de multiples acteurs.

Les différentes parties de ce processus ainsi que le nom et la tâche de chacun des participants ont été dévoilés par le site “Behind the back door” 12 jours avant les élections.

Ce site a révélé la participation des fonctionnaires de l’ambassade des Etats-Unis en Bolivie, de la droite, des médias, de l’église évangélique, etc…

Le macho Camacho

Luis Fernando Camacho Vaca es un avocat, entrepreneur et homme politique bolivien. Il a présidé le Comité Civil de Santa Cruz en 2019. Il a été le visage visible du coup d’Etat qui a invité le peuple de sa ville à ne pas reconnaître la victoire du MAS-IPSP et qui a apporté au Palais Présidentiel une lettre demandant que le Président signe sa démission.

Camacho vient de l’une des familles les plus riches de Santa Cruz, propriétaire de l’entreprise Sergas qui avait le monopole des connexions de gaz avant l’arrivée au Gouvernement d’ Evo Morales. Jeune, il a été vice-président de l’Union des Jeunes de Santa Cruz (UJC), une organisation considérée comme le bras dur du Comité Civil de Santa Cruz, avec une tendance évidente à la violence et aux pratiques fascistes.

Ces jeunes ont participé activement à la tentative séparatiste de la Demi-Lune en 2008 et ont à nouveau agressé des Indigènes physiquement en 2019 pendant la grève civile de la Ville après les élections.

Luis Fernando est membre de la Loge des Chevaliers d’Orient et utilise la foi et l’amour de Dieu comme élément fondamental de son discours à caractère messianique. Il est sur la liste des personnes impliquées dans les Panamá Papers. Il a commencé par encourager les protestations dans son département et est devenu une pièce maîtresse du coup d’Etat.

Certains enregistrements audio révélés montrent Camacho expliquant aux médias comme désinformer et créer des opinions pour occulter la nature des événements sous prétexte d’un processus de rétablissement de la démocratie. Il abandonne étonnamment ses responsabilités au Comité Civil de Santa Cruz pour se présenter à la présidence du pays, montrant clairement son véritable objectif et son ambition d’accaparer le pouvoir.

Carlos Mesa Gisbert

Mesa est un journaliste et un écrivain. Il a été vice-président de la Bolivie sous le Gouvernement de Sánchez de Lozada et quand celui-ci a fui aux Etats-Unis pendant la Guerre du Gaz, en 2003, il a assumé la présidence. Il a démissionné en 2005.

Il y a des preuves qui le lient à des actes de corruption. On a démontré qu’il a reçu une forte somme d’argent pour se présenter à la vice-présidence avec Sánchez de Lozada. En 2014, il a été nommé par Evo Morales porte-parole de la Revendication Maritime de la devant la Cour Internationale.

En 2019, il a été candidat à la présidence pour le Parti Communauté Citoyenne et il a été second. Son action la plus importante a été d’organiser les protestations après les élections.

Le 20 octobre, les résultats partiel ayant été annoncés sans qu’on connaisse les résultats du vote rural qui n’a jamais été comptabilisé, il a encouragé ses partisans à protester contre la soi-disant fraude du MAS qui le faisait gagner au premier tour. C’est l’un des responsables de la vague de violence qui s’est déchaînée dans le pays à ce moment-là.

Waldo Albarracín

Recteur de l’Université Mayor de San Andrés, il a été l’un des orateurs les plus remarquables du Conseil de Santa Cruz et de la Paz avant les élections de 2019. Il a incité à la violence et à ne pas reconnaître les résultats des élections. Il a participé activement à la Campagne Internationale de la Droite, cherchant des soutiens pour qu’ Evo Morales ne puisse pas se présenter. Il a utilisé les étudiants de l’Université et cette institution elle-même pour faire la politique de l’opposition au Gouvernement.

Williams Kaliman Romero

Ex-commandant en chef des Forces Armées Boliviennes, il a fait partie du Cours de Commandement et de l’Etat Major à l’Ecole des Amériques en 2003. Il est passé dans l’histoire comme le général qui a suggéré à Evo Morales de démissionner, faisant ainsi du coup d’Etat une réalité.

Vladimir Yuri Calderón Mariscal

Commandant Général de la Police Bolivienne, il est étroitement lié à l’Ecole des Amériques. En 2018, il a été président des Attachés Policiers de l’Amérique Latine aux Etats-Unis. Il s’est enfermé et s’est mutiné avec ses hommes pendant les protestations violentes de la droite après le 20 octobre 2019.

Jorge Tuto Quiroga

A été vice-président puis président de la Bolivie en 2001. A été président du parti de droite Action Démocratique Nationaliste. Nous pouvons le considérer comme le responsable des relations internationales du coup d’Etat car il était chargé de faire des tournées internationales pour essayer d’empêcher Evo Morales de se présenter et chercher une légitimité pour les actions de l’opposition. Il a été nommé par la présidente autoproclamée représentant du gouvernement de Transition pour les Droits de l’Homme.

Les autres acteurs

Les médias

Les médias et les réseaux sociaux méritent un traitement particulier. Leur travail de désinformation en alliance avec les forces putschistes ont été concentrés sur la négation de l’existence d’un coup d’Etat en imposant l’idée d’une transition vers la démocratie. Ils ont occulté les actes de vandalisme et les crimes du Gouvernement de fait de la sénatrice Añez. Il faut souligner le rôle des réseaux sociaux et en particulier de Twitter dans l’organisation des mobilisations de la droite et la création de 100 000 faux comptes de soi-disant partisans de Camacho et d’Añez.

L’OEA

Cette organisation, avec sa réputation bien gagnée d’avoir soutenu dans le passé des coups d’Etat et des mesures d’oppression des peuples, a été un allié essentiel des forces putschistes. On peut dire que la publication d’un rapport préliminaire sur les élections avant la date fixée a été le catalyseur qui a aidé à concrétiser le coup d’Etat en quelques heures.

L’église évangélique

Les églises évangéliques de plus en plus liées à la politique sont des instruments fonctionnels de l’impérialisme, reçoivent un financement des cercles les plus conservateurs, des sympathisants de leurs positions machistes, patriarcales et xénophobes. Dans le cas de la Bolivie, ils ont servi, en outre, de véhicule pour faire entrer dans le pays le financement du coup d’Etat.

A l’étranger

Nous ne pouvons pas ignorer la participation d’individus qui font partie de l’histoire de la Bolivie mais vivent aux Etats-Unis. C’est le cas de l’ex-président Sánchez de Lozada, responsable du massacre d’Octobre Noir en 2003, de Sanchez Berzain, directeur de l’Institut Inter-américain pour la Démocratie qui a dirigé plusieurs ministères sous e Gouvernement de Sánchez de Lozada.

Après les élections, il a tenu un rôle actif dans les médias en faisant passer l’ambassadeur de Cuba en Bolivie, Carlos Rafael Zamora, pour le soi-disant chef des opérations et le responsable des troubles, semant ainsi la haine envers les Cubains dans la société bolivienne.

Jeanine Añez: L’autoproclamée

Pour couronner cette liste d’acteurs du coup d’Etat, nous avons gardé Jeanine Añez, avocate, présentatrice de télévision et sénatrice pour l’alliance Unité Démocratique. Après la démission d’Evo Morales, de García Lineras, d’Adriana Salvatierra et du député Borda, elle s’est autoproclamée présidente de la Bolivie.

Selon ses déclarations, sa mission était de pacifier le pays et d’organiser de nouvelles élections. Mais Añez a pris un décret qui dégage de toute responsabilité pénale les forces de sécurité dans l’exercice de leurs fonctions de pacification, en d’autres termes, elle a donné le feu vert aux militaires pour réprimer le peuple violemment. En moins d’1 mois, elle a déjà été responsable de la mort d’environ 30 personnes.

Que cherchent-ils à faire en Bolivie ?

Les mesures prises par le gouvernement de la présidente autoproclamée Añez nous donnent toutes les pistes nécessaires pour répondre à cette question. Leur principal objectif, selon la droite putschiste, est de « pacifier et démocratiser le pays. » Sous ce prétexte, ce qu’il fait réellement, c’est démanteler continuellement et sur un rythme accéléré le processus de changement.

Ce mal nommé Gouvernement de transition a des tendances dictatoriales et fascistes. Il suffit d’analyser l’arrivée de Jeanine Añez au Gouvernement sans l’approbation de l’Assemblée Législative Plurinationale qu’ils ont empêché le plus possible de se réunir, certains que par la voie légale, sa nomination serait presque impossible ni nous tenons compte du fait que le MAS-IPSP a deux tiers des sièges dans les 2 chambres.

Même l’investiture a eu une importante charge symbolique : l’écharpe présidentielle a été mise à Jeanine Añez par un des militants putschistes, tous les assistants à cette cérémonie étaient blancs et comme elle l’a dit : « enfin, Dieu est revenu au Palais. » Alors, « au nom de Dieu, » la première mesure adoptée a été de faire sortir les militaires dans la rue pour « en finir avec le vandalisme des partisans du MAS » en criminalisant la protestation des partisans d’Evo Morales.

Les mêmes policiers et militaires qui avaient accepté les destructions et la violence de la droite quelques jours avant, répriment à présent avec des armes la revendication légitime des citoyens, pour la plupart indigènes, appartenant à des peuples originaires, paysans, et comme si ce n’était pas assez, le font sous la protection du décret 4078, signé par Añez qui décharge de toute responsabilité pénale les forces de sécurité.

Les fonctions de ce Gouvernement de transition devaient soi-disant se limiter à obtenir la paix dans le pays, un accord entre les forces politiques, l’organisation de nouvelles élections et dans cet objectif, la nomination de nouvelles autorités électorales.

Mais il a dangereusement outrepassé ses fonctions. Par exemple, il a nommé un nouveau cabinet contesté. Que parmi les nouveaux ministres ne se trouve aucun indigène et encore moins de militants du MAS-IPSP mais beaucoup de sombres individus ne doit pas nous étonner.

C’est le cas d’ Arturo Murillo, ministre du Gouvernement, qui a ouvertement déclaré qu’il ferait la chasse aux autorités du Gouvernement antérieur en les accusant d’avoir provoqué le chaos dans les rues ? Pour sa part, la chancelière Karen Longaric, récemment nommée, a immédiatement relevé de leurs fonctions 80% des ambassadeurs boliviens, rompu les relations avec le Venezuela et s’est démarquée de l’ ALBA-TCP et annoncé qu’on étudiait la possibilité de s’éloigner de l’UNASUR.

La ministre de la Communication Roxana Lizarraga, a menacé les journalistes aussi bien boliviens qu’étrangers d’être traînés devant les tribunaux à cause du contenu de leurs articles, limitant ainsi par ces pressions la possibilité que la vérité sur les événements dans le pays soit diffusée.

Du point de vue économique, les entreprises stratégiques d’Etat ont déjà été remises en question et seront certainement soumises à un audit qui les déclareront déficitaires pour ouvrir la voie à la privatisation. Le Gouvernement de Jeanine Añez prépare le terrain pour le retour des élites politiques qui ont soumis le pays à la pauvreté dans le passé.

Conclusions

Le coup d’Etat en Bolivie a mis en évidence la bagarre entre 2 projets de pays : le projet du peuple indigène, originaire, paysan et le projet néolibéral. Les méthodes utilisées pour usurper le pouvoir au Gouvernement légitime d’Evo Morales Ayma ont été diverses. On a mis en place une persécution politique des membres du MAS-IPSP en s’acharnant particulièrement sur ses principaux dirigeants qu’on veut soumettre à des procédures judiciaires pour décapiter l’organisation.

Ils ont semé la terreur dans la population en diabolisant les travaux du processus de changement, en criminalisant la protestation. Maintenant, ils sont également plongés dans un processus de recherche d’objectifs économiques qui sans doute ouvriront la voie à la privatisation. En quelques mots, on vit une époque de dictature dans l’Etat Plurinational de Bolivie et cela a donné un rude coup à l’Abya Yala.

Mais on ne peut pas encore dire le dernier mot sur ce processus. Le MAS-IPSP a devant lui le défi gigantesque d’unir les forces et de se réinventer pour affronter la droite qui certainement, malade d’ambition, se divisera à nouveau. Il est temps d’en appeler aux réussites accumulées du Gouvernement des plus humbles et d’éviter que le pays perde les réussites obtenues en 14 ans de gouvernement.

Traduction, Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2020/02/03/otro-golpe-al-abya-yala-las-verdaderas-razones-del-golpe-en-bolivia/#.Xjkoci17R_8

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/02/bolivie-les-veritables-raisons-du-coup-d-etat-ii-et-fin.html

Catégories: Amérique du Sud, International, Politique
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