Quand les peuples remettent en cause les puissants [Partie 2]

23.11.2019 - Toulouse, France - Olivier Flumian

Quand les peuples remettent en cause les puissants [Partie 2]
Manifestation de Gilets jaunes à Bordeaux, 9 février 2019 (Crédit image : Pressenza)

De l’Amérique Latine à Hong Kong, en passant par la France et le monde arabe, une vague de contestation sans précédent secoue nombre de pays. Le mouvement est international. Deux régions semblent plus particulièrement touchées : le monde arabe et l’Amérique Latine. Mais un pays européen, la France, un des piliers de l’Union Européenne, est aussi concerné. Enfin, la riche cité chinoise de Hong Kong, longtemps interface entre la République Populaire de Chine et l’économie mondiale, est secouée par un mouvement inédit. Y a-t-il des points communs entre ces différentes situations ? Que nous disent les protestataires sur ce monde en ce premier quart du XXIème siècle ?

La diversité des situations locales et régionales, dans lesquelles explose la contestation, est impressionnante. Celle-ci est induite par le contexte géopolitique propre à chaque pays concerné, par les spécificités de son histoire, de sa culture, de sa sociologie. Bien sûr, Quito, Port-au-Prince, Santiago, Beyrouth, Bagdad, Alger, Conakry, Paris, Hong Kong, présentent des différences importantes. Mais ce qui frappe au premier regard ce sont les similitudes entre les diverses révoltes auxquelles on assiste. Nous allons rapidement passer en revue quelques cas récents de soulèvements. Nous examinons maintenant la situation en France avec le mouvement des « gilets jaunes » ainsi que le cas de Hong Kong.

France : la révolte des laissés pour compte du néolibéralisme

Depuis la crise financière de 2008 qui a durement frappé l’Union Européenne, en particulier les États de l’Europe méditerranéenne, les politiques néolibérales se sont intensifiées. Nous ne reviendrons pas ici sur le sort scandaleux fait à la Grèce. Mais des politiques anti-sociales, au nom de l’austérité et du remboursement de la dette publique ont été menées également en France sous les présidences de Sarkozy à partir de 2008 puis de Hollande après 2012. Aujourd’hui, Emmanuel Macron tente d’imposer le programme le plus libéral qui ait jamais été tenté en France depuis trente ans. La France du président Macron connaît depuis bientôt un an un mouvement inédit, original, multiforme, créatif et par dessus tout citoyen.

Le mouvement s’est baptisé « les gilets jaunes » en référence aux gilets de sécurité de couleur jaune portés par les manifestants. Les gilets jaunes représentent les nombreux français, souvent chômeurs, travailleurs précaires ou retraités pauvres qui ne sont pas représentés par les syndicats, qui souvent s’abstiennent lors des principales élections, et qui sont ignorés par les médias dominants. Nombreux aussi sont les manifestants qui vivent dans ce que certains sociologues appellent la France périphérique, celle qui vit en dehors des grandes métropoles : périphéries urbaines, villes petites ou moyennes, zones rurales, autant d’espaces sacrifiés par les politiques gouvernementales et les investisseurs privés privilégiant les grandes agglomérations.

Occupation des ronds points routiers à travers tout le pays, manifestations dans les grandes villes mais aussi dans de nombreuses villes moyennes, assemblées citoyennes sur le principe de la démocratie directe pour discuter de l’organisation, des revendications, des actions à mener, se sont multipliées depuis novembre 2018. Les principales revendications portent sur la justice sociale et la démocratie. La revendication politique phare est l’instauration du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC).

La réponse gouvernementale a été « exemplaire » par sa non prise en compte des revendications : mesures sociales cosmétiques, grand débat public en trompe l’œil, le tout couplé à une répression policière particulièrement brutale et à la manipulation de l’information. La répression physique de plus en plus violente a fait des milliers de blessés graves, y compris des dizaines de mutilés. Couvrant le tout, le dénigrement par les médias dominants qui préfèrent mettre le focus sur les dégradations matérielles provoquées par une minorité de manifestants plutôt que sur les revendications concrètes et les propositions du mouvement a produit son effet. Devant l’impressionnante popularité du mouvement fin 2018, tout a été fait pour le discréditer auprès des classes moyennes. Le mouvement se poursuit, même si c’est avec une plus faible ampleur.

Le cas de Hong Kong

La riche cité de Hong Kong, ex-colonie britannique rétrocédée en 1997 à la Chine, évolue depuis sous le régime baptisé « Un pays, deux systèmes ». Cette situation politique inédite qui accorde une large autonomie interne à Hong Kong est remise en cause aux yeux des manifestants par les ingérences du gouvernement central de Pékin.

Elle se double d’une situation sociale tendue. Cité parmi les plus riches du monde, avec un nombre record de milliardaires, les inégalités y existent avec 20 % de la population en dessous du seuil de pauvreté. Les logements-cages, de moins de cinq mètres carrés, y sont le lot des personnes âgées sans retraite et des salariés précaires. Dans le même temps, le parc immobilier y est détenu au 3/4 par quatre familles dont celle de Li Ka-shing, l’homme le plus riche d’Asie.

Mais les jeunes des couches moyennes sont également touchés et les Hongkongais jugent que les riches Chinois continentaux qui blanchissent leur argent dans l’immobilier font flamber les prix. Les jeunes cadres du continent leur prennent les postes les plus rémunérateurs, alors que leurs propres opportunités d’emploi sur le territoire chinois sont limitées. Son statut de troisième place financière mondiale confère à Hong kong un rôle indispensable dans l’économie chinoise. Cependant, alors qu’en 1997 la cité-état était une enclave hyper-dynamique de l’économie de marché en Chine, vingt ans après, elle est désormais dépassée par le dynamisme économique de sa voisine, l’ancienne « zone économique spéciale» de Shenzhen.

Le mouvement d’aujourd’hui prend la suite du « mouvement des parapluies » de 2014 qui s’opposait au projet du gouvernement du Pékin de limiter la portée du suffrage universel pour l’élection du chef de l’exécutif de Hong Kong. L’actuel mouvement a démarré en juin 2019 pour s’opposer à un projet de loi autorisant l’extradition vers la Chine des coupables d’un délit sur le territoire hongkongais. La protestation massive fait preuve de détermination, de créativité, dans une ambiance globalement pacifique, même si les actes de violence sont présents. Elle rassemble toute les catégories de la population, surtout les jeunes, et se heurte à l’absence de réponse réelle de la part du gouvernement local soutenu par Pékin.

Des millions de hongkongais continuent de défier ainsi indirectement le gouvernement de Pékin, alors que la situation politique chinoise a changé depuis la nomination de Xi Jinping en 2012, avec un durcissement de la répression contre les dissidents ou supposés tels.
Cet article est la deuxième partie du texte : Quand les peuples remettent en cause les puissants

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Catégories: International, Opinion, Politique
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