Science de l’esprit : comment une nouvelle perspective de la conscience pourrait nous aider à nous comprendre nous-mêmes

24.07.2019 - Londres, Royaume-Uni - Pressenza London

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol

Science de l’esprit : comment une nouvelle perspective de la conscience pourrait nous aider à nous comprendre nous-mêmes
Hiéroglyphe du mot "cerveau" (vers 1700 avant l'ère commune, AEC) (Crédit image : Riccardo.metere - CC BY-SA 4.0)

Les scientifiques essaient depuis longtemps de comprendre la conscience humaine – la « matière » subjective des pensées et des sensations dans nos esprits. Autrefois, on supposait que la conscience est produite par notre cerveau, et que pour la comprendre, il nous suffit de vérifier comment fonctionne le cerveau.

Mais cette hypothèse soulève des questions. Mis à part le fait que des décennies de recherches et de théories n’ont pas apporté de clarification significative sur le sujet, il existe d’étranges désaccords entre la conscience et l’activité cérébrale.

Par exemple, comme l’a souligné le neuroscientifique Giulio Tononi, les cellules cérébrales se multiplient presque autant dans certains états inconscients (comme le sommeil profond) que dans l’état de veille consciente. Dans certaines parties du cerveau, les neurones associés à l’expérience consciente peuvent être identifiés, tandis que d’autres neurones ne semblent avoir aucun effet sur elle. Il y a aussi des cas de très faible niveau d’activité cérébrale (comme lors de certaines expériences de mort imminente et de comas) où la conscience peut non seulement continuer, mais même devenir plus intense.

Si vous aviez un cerveau humain entre les mains, vous remarqueriez qu’il s’agit d’un amas de matière grise humide, un peu comme du mastic, pesant environ 1,3 kg. Comment est-il possible que cette chose grise et humide puisse donner naissance à la richesse et à la profondeur de votre expérience consciente ? C’est ce qu’on appelle le « problème ardu » de la conscience.

En conséquence, de nombreux philosophes éminents (comme David Chalmers et Thomas Nagel) et des scientifiques comme Christof Koch et Tononi ont rejeté l’idée que la conscience est produite directement par les processus cérébraux. Ils ont eu recours à la conception alternative selon laquelle il s’agit en fait d’une qualité fondamentale de l’univers.

Cela peut sembler fou, mais pensez aux autres « fondements » de l’univers que nous tenons pour acquis, comme la gravité et la masse. La conscience aurait le même statut que ceux-ci.

Explications fondamentales

Une des raisons pour lesquelles je suis en faveur de cette approche est que l’idée de la conscience comme qualité fondamentale offre des solutions élégantes à de nombreux problèmes qui sont difficiles à expliquer en utilisant le modèle scientifique standard.

Premièrement, cela peut expliquer la relation entre le cerveau et la conscience. Le cerveau ne produit pas de conscience, mais agit comme une sorte de récepteur qui « capte » la conscience fondamentale qui nous entoure et la « transmet » à notre propre être.

Voir le TED talk de David Chalmes sur la conscience ici.

Du fait que le cerveau humain est si sophistiqué et complexe, il est capable de recevoir et de transmettre la conscience d’une manière très intense et complexe, de sorte que nous sommes (probablement) plus conscients que la plupart des autres animaux.

L’un des arguments pour supposer que le cerveau produit la conscience est que, si le cerveau est endommagé, la conscience en est altérée ou affectée. Cependant, cela n’invalide pas l’idée que le cerveau peut être un récepteur et un émetteur de conscience. Une radio ne produit pas la musique qui passe à travers elle, mais si elle est endommagée, sa capacité à transmettre la musique en sera affectée.

L’énigme de l’altruisme s’explique aussi. Si, comme le croient de nombreux scientifiques, les humains ne sont que des machines génétiques, préoccupées uniquement par la survie et la diffusion de leurs gènes, l’altruisme est alors difficile à expliquer.

Il est logique que nous soyons altruistes avec des personnes qui nous sont étroitement liées génétiquement, mais moins avec des étrangers, ou des individus d’espèces différentes. Dans ces derniers cas, d’un point de vue théorique, il doit bien y avoir un avantage pour nous, même si nous n’en sommes pas conscients.

Peut-être qu’être aimables nous fait nous sentir bien dans notre peau, ça impressionne les autres, ou encourage les gens à être aimables avec nous en retour.

Mais ces explications semblent incapables d’expliquer la portée et la profondeur de l’altruisme humain. Si nous sommes fondamentalement égoïstes, pourquoi devrions-nous être prêts à risquer notre vie pour le bien des autres? L’altruisme est souvent instantané et spontané, surtout dans les situations de crise, comme s’il était profondément instinctif.

D’un point de vue « spirituel » (qui considère la conscience comme fondamentale), l’altruisme est cependant facile à expliquer. Elle est liée à l’empathie.

La conscience fondamentale partagée par les êtres humains signifie qu’il nous est possible de ressentir la souffrance des autres et d’y répondre par des actes altruistes. Puisque nous partageons la conscience fondamentale avec d’autres espèces, il est également possible que nous soyons en empathie avec elles et que nous nous comportions de manière altruiste envers elles.

L’un de mes principaux centres d’intérêt en tant que psychologue est ce que j’appelle les « expériences d’éveil », lorsque la conscience humaine s’intensifie et s’étend et que nous éprouvons un sentiment d’unité avec les autres êtres humains, avec la nature ou avec le monde dans sa totalité.

Je vois les expériences d’éveil comme des rencontres avec la conscience fondamentale, en laquelle nous sentons sa présence dans tout ce qui nous entoure, y compris en nous-mêmes. Nous éprouvons un sentiment d’unité parce que l’unité est la réalité fondamentale des choses.

La science conventionnelle a également des difficultés à expliquer le puissant effet de l’intention et de la conviction mentale sur le corps (comme le démontrent l’effet placebo et les effets insensibilisants de l’hypnose sur la douleur). Si l’esprit n’est qu’un dérivé de la matière, il ne devrait pas pouvoir influencer aussi profondément la constitution et le fonctionnement du corps.

Ce serait comme dire que les images sur un écran d’ordinateur peuvent changer le software ou le hardware à l’intérieur de l’ordinateur. Mais ces effets sont compréhensibles si l’on suppose que l’esprit est plus essentiel que la matière du corps, une expression plus subtile et complète de la conscience fondamentale. Par conséquent, il a la capacité d’altérer le fonctionnement de l’organisme.

Je pense que l’idée de la conscience en tant que qualité fondamentale de l’univers a beaucoup de poids. Comme je le souligne dans mon livre Spiritual Science, il se peut que la meilleure façon de comprendre le monde ne soit pas seulement par le biais de la science ou de la spiritualité, mais par une approche qui combine les deux.

 

Auteur :

Steve Taylor, Professeur titulaire de psychologie, Université de Leeds Beckett

Cet article a été réédité de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet

Catégories: Humanisme et Spiritualité, International, Opinion
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