[Action nonviolente] Alejandro Roger : « Il ne faut jamais baisser les bras »

09.11.2018 - Quito, Buenos Aires - Redacción Ecuador

Cet article est aussi disponible en: Espagnol

[Action nonviolente] Alejandro Roger : « Il ne faut jamais baisser les bras »
(Crédit image : Martha Ibarra)

Nous avons parlé avec Alejandro Roger, depuis Moreno, en Argentine, tout nouveau sous-secrétaire du sous-secrétariat à la nonviolence et du développement humain de cette commune. Comment en est-il arrivé là et comment cette initiative est-elle dirigée ?

Alejandro Roger a travaillé pendant de nombreuses années en faveur de la nonviolence et de l’humanisme en Argentine. Et plus ponctuellement dans la ville de Moreno où il vit : des campagnes dans les écoles, dans les quartiers les plus défavorisés, autour des Parcs d’Étude et de Réflexion de La Reja, et avec les différentes congrégations religieuses de la région.

 

Pressenza : Depuis l’année dernière (2017) vous travaillez très dur à la consolidation d’une action citoyenne de désobéissance civile nonviolente, face à l’augmentation aveugle des services, devenus inabordables. Alejandro, parlez-nous d’abord du contexte social dans lequel ces augmentations se produisent et comment vous vous êtes organisés pour y faire face.

Alejandro Roger : C’est un travail que nous avons initié avec diverses organisations sociales, politiques et culturelles, à partir duquel nous avons échangé en profondeur sur les hausses excessives des tarifs du gaz, de l’électricité, de l’eau, les tarifs du carburant, et nous avons vu qu’il s’agissait d’une planification très prolixe du gouvernement, avec les caractéristiques égoïstes qui existent actuellement dans la province de Buenos Aires et dans notre pays. Un gouvernement qui s’est vraiment donné pour objectif d’anéantir tous les revenus de notre peuple, d’anéantir les ressources naturelles, d’anéantir la production, comme toute politique néolibérale égoïste qui vise à l’enrichissement personnel pour le fait de s’enrichir personnellement. Donc, avant cela, et après avoir échangé en profondeur, nous avons adopté une planification en faveur d’une stratégie qui se concrétise dans un plan de lutte. Un plan de lutte nonviolente pour la défense de nos droits et de la démocratie, grâce à un outil qui est la désobéissance civile, et qui fait référence au non-paiement des services. Il s’agit d’un plan en trois étapes; nous sommes dans une première étape qui est la sensibilisation à ce thème puisqu’il n’y a aucune trace préalable d’une désobéissance civile organisée.

L’idée de cette action de désobéissance civile nonviolente c’est concrètement de cesser de payer les services et c’est un processus, ce n’est pas du jour au lendemain que l’on décide de cesser de payer les services. Tu dis que vous en êtes à la première étape, et quelles sont les suivantes ?

La première est cette étape de sensibilisation, car il y a une trace historiquement marquée de désobéissance civile telle qu’elle a été vécue en Inde par Gandhi ou au cœur même des Etats-Unis par Luther King, voire en différents endroits dans les temps plus récents. Il n’y a pas de trace notable d’un déchaînement nonviolent organisé autour de ces actions dans notre pays. Ensuite, j’ai dit que si c’est un processus, la première étape est de sensibiliser, de faire connaître le thème sur la possibilité que nous avons nous voisins à donner une réponse organisée ensemble, collective et aussi qui soit puissante, ferme, forte, et qui enlève vraiment les ressources à ceux qui aujourd’hui utilisent ces mêmes ressources pour réprimer notre population.

Il s’agit d’une première étape qui consiste à sensibiliser les gens et à mettre la question sur la place publique, que ce soit un sujet de discussion. La deuxième étape consiste à collecter des données de personnes par quartiers, par blocs, par rues, par endroits où l’on est enraciné, des voisins qui rejoignent cette campagne pour atteindre un nombre critique afin d’apporter la réponse commune et collective. Simultanément, dans cette campagne de désobéissance, on fait appel aux employés des entreprises de services pour qu’ils désobéissent à l’ordre de couper les prestations aux personnes qui ne peuvent payer aujourd’hui. Et une troisième étape, qui est déjà une action directe nonviolente, consistant à cesser de payer directement les services. Cesser tous ensemble de payer avec un nombre important de personnes, jusqu’à ce que les tarifs aboutissent à une loi votée à la Chambre des députés et à la Chambre des sénateurs pour ramener les tarifs au niveau qu’il avaient au mois de novembre 2017, l’année dernière, cette loi a été abrogée par un veto présidentiel. Mauricio Macri a opposé son veto à cette loi. Par conséquent, nous croyons que cet accompagnement des députés et des sénateurs est une mesure qui consiste à prendre en nos propres mains le destin de nos vies. C’est le processus de ce plan de lutte.

Cette initiative a une fois de plus donné une visibilité sociale et médiatique aux pratiques nonviolentes contre le pouvoir des entreprises et le non-sens de l’argent comme valeur centrale. Comment est né l’intérêt de la municipalité de Moreno pour la création d’un sous-secrétariat de la nonviolence et du développement humain ?

La relation est conjoncturelle parce que différents acteurs sociaux dans cette municipalité sont confrontés à la lutte nonviolente et, bien que tout le développement de la désobéissance civile autour du plan de lutte nonviolente soit le résultat d’un échange collectif, nous avons apporté notre contribution à ce qui est historiquement la lutte nonviolente, notamment avec les outils que nous avons appliqués au Conseil de la Paix et de la Nonviolence de Moreno, la Communauté du Message du Silo. Différents groupes humanistes locaux ont lancé une série d’ateliers dans les écoles, les hôpitaux publics, les maternités, où des outils de nonviolence ont été mis en œuvre, ainsi que la formation et le renforcement des liens humains, pour la reconstruction du tissu social. Ce travail se fait depuis de nombreuses années ici, en ce point de la planète, comme dans tant d’autres et, comme nous le voyons, le résultat de ces actions, plus le travail interconnecté avec les autres organisations, nous a amené à discuter très profondément avec le responsable du gouvernement municipal, et de cette rencontre est née la possibilité de créer, dans notre municipalité, le Sous-secrétariat de la Nonviolence.

C’est une initiative modèle qui peut inspirer de nombreuses municipalités à travers le monde. Quelles sont les caractéristiques de ce sous-secrétariat et quels objectifs s’impose-t-il, que cherche-t-il à y générer avec le maire Walter Festa ?

Je vais te faire une synthèse. En premier lieu, le maire a grandement approfondi le sujet de la nonviolence, dans cette conversation qui était vraiment d’une demi-heure en principe et qui a duré presque trois heures, au cours de laquelle nous avons pu échanger sur les faits les plus significatifs concernant l’application du principe de nonviolence comme une politique étatique, une politique exercée depuis les municipalités.

Nous avons parlé des conséquences du lancement d’une action nonviolente, en termes de renforcement des liens humains, en termes de mécanismes clairs de résolution des conflits, en tant qu’outils fournis par la municipalité, pour travailler de manière décisive à surmonter toute forme de violence et de souffrance personnelle et sociale, en se référant à la violence économique, raciale, ethnique, religieuse, psychologique, morale, à la violence de genre, bien sûr, et sexuelle, symbolique, de travailler toutes les formes de violence et de savoir qu’elles sont enracinées dans la même origine et que l’origine est liée au domaine subjectif. Ainsi, nous sommes dans la conception, parce qu’il s’agit d’un sous-secrétariat naissant, bien qu’il ait des lignes directrices très claires vers la consolidation d’une politique d’État nonviolent ; nous avons des programmes, des formations et des fonctions qui vont du contact avec la vie intérieure pour évaluer le colonialisme culturel dans lequel nous étions armés, vers un contact avec la puissance réelle dont chaque habitant de nos quartiers a la maîtrise, à travers une démocratie directe et participative. En d’autres termes, le réseau et le processus que nous avons mis en place et que cette municipalité a entrepris de mettre en place, vise vraiment à aller à la racine des conflits et non à vouloir résoudre ou boucher des trous avec une permanence totale. Comme il s’agit d’un nouveau domaine, bien sûr, sa mise en œuvre a un coût très important en termes de pouvoir. En fait, sur le plan institutionnel, nous sommes dans une période de processus où le gouvernement a fait connaître la raison d’être de ce sous-secrétariat, même si, à la suite d’un événement survenu le 2 août 2018 dans cette municipalité – l’explosion d’une école publique, où le directeur adjoint et un auxiliaire sont morts – notre fonction a débuté exactement le même jour, le 2 août. De plus, nous avons reçu la nomination approuvée par le secrétariat, mais nous y travaillons déjà avec une disposition et une disponibilité totales du maire, pour pouvoir faire passer les actions nécessaires depuis notre localité ; et cela a été un mois de très bonne expérience, que je pourrais te raconter à un autre moment car maintenant j’ai une réunion avec le secrétariat de la santé qui m’attend.

Nous arrivons au terme, je veux juste faire remarquer à notre auditoire que dans ce que nous dit Alejandro, il y a au moins deux éléments extrêmement importants : je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais Alejandro dit toujours « nous », c’est-à-dire que c’est une expérience collective, où chacun est acteur, où la personne n’est pas seule à pouvoir mettre en place la proposition politique nonviolente ou des actions nonviolentes, mais c’est plutôt un ‘nous’, toujours. Et l’autre chose est que la nonviolence est une question politique, parce qu’il y a aussi une tendance à penser que les nonviolents sont zen, et que nous ne touchons pas le monde terrestre, mais il n’y a rien de plus important pour les nonviolents que de toucher la terre et la vie quotidienne. Comment vous le vivez et comment se sentent les gens avec cette possibilité ?

Il y a beaucoup de gens qui sont très contents, heureux, joyeux, les bonnes gens qui découvrent cette possibilité, ils l’expriment vraiment ouvertement… et si tu me demandes comment je vais personnellement, je suis très reconnaissant. Je suis très reconnaissant de la manière dont se déroulent les processus, qu’il est vraiment nécessaire de ne jamais abandonner, de continuer à construire au-delà de tous les désagréments et tsunamis qui nous arrivent, de continuer à apporter le grain de sable même si cela semble négligeable, et je sais que nous traversons le moment le plus difficile en tant que société, humanité et peuple, qui est précisément ce transfert du moi au ‘nous’. C’est une construction collective, non seulement d’individus, mais aussi d’organisations; nous y avons tous une grande contribution pour agir, et la seule chose que nous avons à faire est de la chercher au fond de nos cœurs et de commencer à la produire. Si cette possibilité existe et qu’il y a cette profondeur pour qu’elle puisse être dispensée avec une générosité totale, le destin ne peut être autre, pour que les meilleures aspirations qui habitent notre cœur puissent se concrétiser.

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet

Catégories: Amérique du Sud, Humanisme et Spiritualité, Interviews, Nonviolence, Radio
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