Lutte contre le chômage ou contre les chômeurs qui ne s’inscrivent plus dans le système ?

18.08.2018 - Bruxelles, Belgique - Jennifer Saban

Lutte contre le chômage ou contre les chômeurs qui ne s’inscrivent plus dans le système ?
Photographe et graphisme: Karema Menassar

Ce mardi 28 février 2017 à Bruxelles était organisé la conférence : Lutter contre le chômage de longue durée dans l’UE. Celle-ci est à l’initiative de la section spécialisée : « Emploi, affaires sociales et citoyenneté » de l’Observatoire du marché du travail au sein du Comité économique et social européen. La première partie de la conférence faisait état de la situation globale des chômeurs de longue durée au niveau de l’UE qui était estimée à 12,3 millions de chômeurs en 2015 au sein de l’UE. Avec une disparité entre les différents pays de l’UE. Les deux catégories de personnes les plus touchés sont les jeunes de 15-24 ans et les adultes de 50 à 65 ans. Ces deux catégories sont victimes de problématiques diverses.

En effet, les jeunes de 15 à 24 ans ayant les qualifications nécessaires sont bien souvent confrontés à des offres d’employeurs qui correspondent de moins en moins à leurs profils. De ce fait, certains jeunes n’ont pas la possibilité de mettre en pratique leurs nombreuses compétences au profit du monde du travail. Ils se retrouvent dans des filières qui ne correspondent plus à leurs attentes et bien souvent avec une rémunération précaire. Par contre, pour les adultes de 50 à 65 ans, ils ont été victimes de la crise de 2008 à 2014 et se sont retrouvés face à des restructurations d’entreprise impliquant de nombreux licenciements. Parfois avec une suppression définitive de poste qu’ils ont occupé pendant plus de 30 ans. Quels accompagnements ces personnes ont-elles reçues ? D’autres encore se sont vu obligés de retrouver du travail suite à l’augmentation de l’âge du départ à la pension !

Là où les politiques ont comme objectif de diminuer les chiffres du chômage, ils ne tiennent pas compte des diverses réalités de la société civile. Les exclusions du chômage, les postes précaires de courte durée qui sont proposés aux citoyens qui ne leur permettent absolument pas de sortir de la précarité. Leur objectif en créant le projet observateur européen du marché de l’emploi est d’arriver à optimiser certaines procédures. Exemples : l’inscription du chômeur de longue durée, l’analyse individuel dès que la personne est entre 12 et 18 mois de chômage, l’accord d’intégration, l’effort de simplification administrative. Ils préconisent d’augmenter les différentes collaborations avec les services sociaux afin d’envoyer des travailleurs sociaux de rue pour aller à la rencontre des jeunes et les ramener auprès des SPE (Services Publics d’Emploi). Participer à une dynamique qui vise à ramener le citoyen dans un assistanat institutionnalisé ne serait-il pas en contradiction totale avec certaines missions du monde associatif tel que l’autonomisation du citoyen ?

En marche pour une redéfinition du modèle sociétal du travail, quel sera l’emploi à temps plein de demain ?

Là où les offres d’emploi ne rencontrent plus les demandes, les citoyens ne croient plus aux institutions publiques de l’emploi (SPE). En effet, plus de 1/4 des citoyens n’ayant pas d’emploi ne s’inscrivent plus dans ces structures. Celles-ci ont pour objectif de faire du chiffre en réinsérant les citoyens le plus vite possible dans le circuit du travail sans se soucier véritablement de la qualité du poste proposé et de la compatibilité avec la demande du citoyen. Les projets innovants et créatifs prennent de plus en plus d’ampleur chez les jeunes. Les investissements communs afin de monter des projets et des entreprises sont de plus en plus tendance. Le rapport à l’échec se modifie et celui-ci n’est plus vu comme une fin mais comme une opportunité de s’améliorer. Là où la société n’a cessé de renforcer un certain assistanat auprès des citoyens, ceux-ci ne sont plus preneurs et cultivent de plus en plus une culture de l’entreprenariat et de la débrouillardise.

Sommes-nous devant une ethnicisation de la problématique de l’emploi de longue durée ?

En effet,  »les seuls représentants de la société civile » qui ont été convié à cette conférence étaient des représentants des citoyens de cultures romani et des représentants des personnes ayant divers handicaps. Ces deux catégories sont-elles représentatives ou responsables des difficultés globales auxquelles sont confrontés les citoyens dans le monde du travail ? Pour quelles raisons, réduire la problématique en créant des particularismes même si ceux-ci ne sont pas négligeables. Continuer d’affirmer que les personnes touchées par le chômage de longue durée sont des personnes qui ne sont pas assez qualifiées, sans diplômes, discriminés, occulte toutes les autres réalités vécues par “différentes catégories” de citoyens. Exemple : les personnes âgées, les jeunes diplômés, les personnes ‘trop qualifiées’… Une des problématiques est aussi l’absence de prise en considération des diversités et des rythmes de travail de chacun dans le monde du travail. En effet, cela commence dès l’école primaire où les élèves doivent adopter un rythme de travail général et uniforme qui ne leur permet pas de mettre en œuvre toutes les compétences qu’ils ont en pratique.

Qu’en est-il des citoyens de cultures rom dans le milieu professionnel ?

Le constat est assez similaire. Lorsque certaines personnes parlent des communautés roms, ils rendent visible que certains citoyens économiquement fragilisés. Cela ne fait qu’alimenter un discours paternaliste et d’assistanat des institutions vers les citoyens de cultures romani. Afficher  »une situation problématique mineure » comme étant une généralité ne peut que renforcer certains stéréotypes et préjugés auprès des citoyens. C’est pourquoi, lors de séminaires, les intervenants sont rarement des représentants de la société civile de culture romani ! Cependant, contrairement aux idées véhiculées, il existe énormément de citoyens qui travaillent dans différents secteurs et d’autres qui éprouvent plus de difficulté à participer au « circuit traditionnel du travail ». D’ailleurs des postes tels que : enseignants, médecins, juristes, mère au foyer, chef d’entreprises, menuisier, agriculteurs, consultants, artistes, informaticiens… pourraient aisément être représentés par des citoyens rom lors des séminaires. Pourtant, rares sont les intervenants de cultures rom qu’on laisse participer ou parler en toute indépendance. Face à ces arguments, les institutions ont compris la nécessité de mettre quelques personnes de culture rom en première ligne afin de se donner bonne conscience et de démentir les propos tenus par certaines parties adverses. Toutefois, ces personnes sont liées aux institutions par un contrat de travail qui les limitent dans leur liberté d’expression et d’action lors de leurs interventions. Par conséquent, Il s’agit alors de convaincre les citoyens que la représentation de quelques personnes de la même communauté suffit à représenter des milliers de citoyens et surtout à faire cesser toutes revendications ou accusations à l’encontre des institutions .

Quelles sont les offres de projets actuels qu’on essaye de nous vendre ?

Les offres de projets d’inclusion, d’insertion, d’intégration à l’emploi sont tendances dans nos sociétés européennes. À qui s’adressent-elles ? Aux citoyens : de cultures rom, handicapés, aux gens du voyage… ! À quand des projets européens sur l’acceptation des diversités culturelles, des intelligences multiples ? De plus, ils demandent aux citoyens de s’intégrer dans des sociétés européennes qui ne correspondent plus à leurs valeurs ![1] Actuellement, des valeurs de nationalisme, séparatisme, violences sécuritaire, rejets des diversités définissent l’Europe. Les libertés d’agir, de penser, de circuler, de créer sont définies par les institutions et le politique. Les environnements de travail sont de plus en plus toxiques pour les citoyens (humiliation, exploitation, compétition, limitation de l’esprit de créativité et d’innovation, réduction de salaire…) Devrions-nous continuer à accepter ces systèmes de marchandisation et de déshumanisation des citoyens ? De plus en plus, les personnes se désintéressent de ces offres qui ne correspondent plus à leurs besoins.

Et la Belgique dans tout ça ?

La société belge ayant perçu le changement de besoins des citoyens et leur capacité à se développer de manière autonome à renouveler ses offres depuis un an. Les tendances 2017 sont : l’accompagnement à la création d’entreprises, le développement de projets en tant qu’indépendant.

Vous me direz que cela est plutôt positif pour certains jeunes ?

Cela pourrait être porteur sauf que certains organismes incitent le citoyen à demander un crédit pour développer son entreprise ou son projet. En effet, certains organismes occultent certains aspects essentiels de formation à la gestion de projet (Gestion financière, évaluation des risques, création de partenariat, développement personnel, analyse des besoins…). En effet, en cas d’échec de la création d’entreprise, aucun accompagnement n’est prévu pour permettre aux personnes de surmonter les obstacles. En revanche, celui-ci devra s’acquitter tout de même du prêt qu’il aura effectué au préalable !

Il existe différents services à Bruxelles qui proposent un accompagnement pour les personnes bénéficiant d’allocations de chômage. Actiris qui est un service régional « d’activation à l’emploi » et en même temps depuis 2017 un service qui contrôle le comportement de recherche d’emploi des chômeurs bruxellois. Ainsi que l’ONEM (office national de l’emploi au niveau fédéral) qui jusqu’en 2017 avait la compétence octroyée à Actiris[2] qui propose l’offre tremplin-indépendant.

Cependant, toute une série de critères[3] doivent être respecté. Et celle-ci vous limitent assez vite dans vos choix et votre liberté de création et d’avancement dans votre projet. Là où les jeunes recherchent à créer librement leurs emplois, ils se retrouvent face à des offres qui les maintiennent une nouvelle fois dans un assistanat et un contrôle permanent. D’autres obstacles apparaissent une fois l’obtention d’un statut d’indépendant. Le coût important que nécessite ce statut en Belgique[4] et l’accès à l’espace publique qui nécessitent différentes procédures administratives en vue d’obtenir une autorisation !

Une fois de plus, il s’agit de se poser la question sur quelles sont les personnes qui définissent ce que doit être un citoyen indépendant ? Cette simple évocation permet de prendre de la hauteur afin d’éviter de reproduire un système préexistant qui ne fait que s’adapter en modifiant la forme de l’offre et non le fond. Pensez-vous que cela répondra réellement à vos ambitions professionnelles et à votre besoin de vivre en liberté ?

[1] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/03/07/carte-comment-les-extremes-droites-progressent-en-europe_5267127_4355770.html

[2] http://www.onem.be/fr/chiffres-2016-des-sanctions-par-region-pays

[3] http://www.actiris.be/ce/tabid/104/language/fr-BE/Devenir-independant.aspx

[4] https://www.partena-professional.be/fr/blog/2018/devenir-un-independant-combien-%C3%A7a-co%C3%BBte/

Catégories: Economie, Europe, Jeunes, Opinion
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