Quand les institutions internationales font fausse route, nous devons nous réveiller

02.04.2018 - Londres, Royaume-Uni - Silvia Swinden

Cet article est aussi disponible en: Anglais

Quand les institutions internationales font fausse route, nous devons nous réveiller
(Crédit image : Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général, OMS, 2017 (Photo de M. Jacobson - Gonzalez - ITU Pictures de Genève, Suisse, Wikimedia Commons))

Lorsque le comité en charge de la sélection du prix Nobel de la paix a décerné le prix à Henri Kissinger, architecte de la répression et de la mort ainsi que du changement de régime sur plusieurs continents, le comédien Tom Lehrer a annoncé le décès de la satire politique. Barack Obama s’est ensuite vu décerner ce même prix à titre « d’encouragement » pour ses politiques en faveur de la paix. Cela n’a pas fonctionné.

Hitler a été élu Homme de l’année par le magazine Time en 1938 et, bien que la faible quantité de publications imprimées révèle clairement que le choix se porte sur les personnes les plus influentes « pour le meilleur et pour le pire », il est difficile pour le public de ne pas percevoir cela comme des félicitations. Et cela à tel point que Donald Trump a décidé de s’autoproclamer Personne de l’année 2017, ce qui a été suivi d’un démenti clair du Time.

Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a nommé Robert Mugabe ambassadeur de la bonne volonté. L’indignation qui a émergé de toutes parts était telle qu’il a dû faire marche arrière.

L’annonce que ce même leader d’une organisation si importante a attribué le prix à Jeremy Hunt, Secrétaire d’état pour la Santé et les soins sociaux, pour récompenser sa contribution à la sécurité dans le National Health Service (NdT : système de santé publique du Royaume-Uni) est passée presque inaperçue dans les médias. Il semble que la débâcle du Brexit crée un tel écran de fumée que le tumulte qui aurait dû accompagner ce développement s’est transformé en un gémissement surréaliste d’incompréhension et rien de plus.

Les protestations sont principalement venues des médias alternatifs tels que The Canary : « Jeremy Hunt remporte un « prix humanitaire » pour la sécurité des patients. Ce n’est pas une blague. » Le TruePublica également : « Jeremy Hunt remporte le prix pour la sécurité des patients – Pourquoi et comment? », article dans lequel il apparait clairement que les félicitations étaient adressées au NHS pour ses 70 ans au service de la population et non pas à Jeremy Hunt qui a fait de son mieux pour réduire la sécurité des patients en déshumanisant les contrats pour les jeunes médecins, en réduisant le nombre de lits, en privant le NHS de fonds qu’il attribue en grande quantité à des fournisseurs privés à but lucratif qui détériorent les conditions des patients.

Les prix attribués par les organisations internationales qui les identifient comme des défenseurs de l’environnement, de la science, de la paix, de l’éthique ou encore des droits humains confèrent à la personne qui reçoit une telle récompense une reconnaissance parfois bien méritée ainsi qu’un peu d’argent. Il y a donc de la compétition, de la pression, mais qui sont les juges après tout ? Je suis reconnaissante d’avoir pu prendre conscience à travers ces prix de l’existence de personnes très intéressantes qui étaient complètement ignorées par les médias, mais cela fait partie de la façon dont le système façonne nos opinions.

Si nous ne sommes pas pleinement conscients, attentifs non seulement aux sujets promus (personnes, idées, objets) mais aussi à l’effet qu’ils ont sur notre conscience, nous courrons le risque de ne jamais sortir de cet état de déshumanisation. Aucune organisation, aussi élevées soient ses aspirations, ne peut remplacer le besoin d’observer et de décider sur la base de notre propre registre de ce qui est bon pour nous et pour les autres. Comme le dit la règle d’or « lorsque vous traitez les autres comme vous souhaiteriez qu’ils vous traitent, vous vous libérez. » Les médias présentent des images idéalisées de personnes importantes de telle sorte que nous ne ressentions pas le besoin de mener notre propre analyse (mais quelque part nous vivons souvent avec l’illusion que tout ce qui se trouve dans notre esprit est le résultat de nos propres choix) ainsi que pour créer les méchants, les boucs émissaires, les responsables de tout ce qui va mal.

Sans une élévation intentionnelle de notre niveau de conscience, nous sommes à la merci de nos propres rêveries et de l’hypnose du système. Les outils sont librement accessibles à toute personne qui décide d’emprunter la route du réveil. D’une certaine façon, les prix mentionnés au début de cet article ont servi pour beaucoup, comme une prise de conscience. En nous penchant sur l’actualité avec incrédulité et en réalisant que nous ne pouvons pas faire confiance aux personnes dans les organisations « respectables », nous prendrons toujours les bonnes décisions.

 

Traduction de l’anglais, Caroline Pequegnot

Catégories: Culture et Médias, Europe, International, Opinion
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