Varoufakis, l’Europe et la force des faibles

08.03.2017 - Damiano Mazzotti

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Varoufakis, l’Europe et la force des faibles
Yanis Varoufakis, discours à la Fête de l’Humanité 2016 (Image de DiEM25 © Lebowski) (Crédit image : Diem25)

Le fameux économiste Yanis Varoufakis a publié un livre limpide et éclairant qui raconte ses expériences personnelles et professionnelles les plus intéressantes : « Et les faibles subissent ce qu’ils doivent ? » (La nave di Teseo, 2016, 526 pages, euro 22).

L’ex-ministre des finances de la Grèce surprend les lecteurs lorsqu’il confesse avoir eu quelques visions communes avec Mario Monti et quand il dit admirer l’intelligence et l’habilité de Mario Draghi dans la gestion anticonformiste des politiques monétaires de la Banque Centrale Européenne.

Varoufakis est très éveillé et a compris que l’euro a été adopté avec prudence par la bureaucratie allemande : « L’économie allemande basée sur les exportations n’aurait jamais pu se permettre une vraie fluctuation de sa monnaie… si la cotation internationale du mark allemand avait été fixée par la libre négociation sur les marchés financiers, les excédents de l’Allemagne auraient créé une demande pour sa monnaie, sa cotation aurait eu une croissance à tel point de rendre coûteux ses produits sur les marchés étrangers et créer des surplus. » (p. 149).

De toute façon selon Varoufakis : « Les fonctionnaires de l’Europe officielle ont répété les mêmes erreurs des années 1920 en créant au cœur du continent une monnaie mal structurée ressemblant au système de l’étalon-or » (p. 403), en oubliant la leçon historique du New Deal des années trente et quarante. En Europe, les réinvestissements publics et inter-états ne sont pas appliqués. Par exemple aux Etats-Unis, les multinationales qui gagnent un marché militaire sont obligées de construire de nouvelles structures dans les Etats ayant une économie plus faible.

En conclusion, l’euro est né malade et sortir maintenant de ce système monétaire ne signifie pas revenir aux conditions économiques et politiques précédentes (et en sortir seul c’est du vrai masochisme). En outre le système de solidarité financière entre les Etats qui existe aux Etats-Unis n’est pas appliqué en Europe et la croissance Ponzi « est remplacée par l’austérité Ponzi » : de nouvelles dettes sont encouragées pour gagner du temps dans la tentative inutile de repayer les anciennes dettes. C’est uniquement avec l’union et la collaboration des intelligences politiques de presque tous les états plus ou moins faibles qu’une renaissance économique sera possible dans toute l’Europe.

 

Yanis Varoufakis est né à Athènes en 1961, il a été ministre des Finances du gouvernement Tsipras. Il a enseigné dans quelques universités anglaises et à l’Université de Sydney. Actuellement il enseigne la Théorie Economique à l’Université d’Athènes et à l’Université du Texas de Austin. Pour plus d’approfondissements voir les vidéos :

www.ted.com/speakers/yanis_varoufakis

www.youtube.com/watch?v=ihVcrnFag1s

www.youtube.com/watch?v=vKaPeWoS7PQ(2016)

www.youtube.com/watch?v=6BROVnNhFWc  (juin 2016).

Son site est https://yanisvaroufakis.eu. En 2015 il a été un des fondateurs du Mouvement pour la Démocratie en Europe qui est actif également en France : https://diem25.org/home-fr

 

Note

« Laissez tomber l’incroyable complexité de l’économie. Un regard sur l’esthétique de l’euro en dit long. Regardez n’importe quel billet d’euro. Que voyez-vous ? De belles arches, de beaux ponts. Mais ce sont de fausses arches et des ponts qui n’existent pas. Un continent plein de trésors culturels qui choisit de ne pas les dessiner sur les nouveaux billets. Pourquoi ? Parce que les bureaucrates ne voulaient rien qui puisse provoquer un désaccord sur les nouvelles pièces de monnaie. Ils voulaient enlever la culture des monnaies comme ils avaient voulu la dépolitisation de la politique et la technocratisation de l’argent. » (p. 404).

Note sur l’Euro

« L’euro est comme un bourdon. Le bourdon est un mystère de la nature parce que techniquement il ne pourrait pas voler, en revanche il vole. L’euro a été un bourdon qui a bien volé pendant plusieurs années… Le bourdon doit devenir une vraie guêpe. Et c’est ce qu’est en train de faire. » (Mario Draghi, Londres, 26 juillet 2012, cité à la p. 373). A mon avis on ne change pas la nature des choses. Un bourdon peut très bien voler, mais un bourdon qui a trop de parasites sur lui finit par trop s’affaiblir.

Note américaine

En général presque tous les économistes américains ont des idées très précises sur la zone euro : « Si un pays ou une région ne peut pas dévaluer et ne peut pas bénéficier d’un système d’égalisation fiscal, il n’y a rien qui puisse lui éviter la souffrance d’un processus cumulatif et terminal de déclin qui à la fin contraindra à l’émigration comme seule alternative à la pauvreté et à la faim. » (Martin Feldstein, professeur d’impression républicaine, 1992, note p. 495).

Note atypique

Varoufakis signale ce documentaire pertinent pour mieux comprendre la dégénération politique de la Grèce : www.youtube.com/watch?v=LlbL4sQ3_Fo

Catégories: Culture et Médias, Europe, International
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