Il m’est interdit de retourner aux États-Unis et j’ai besoin de votre aide

24.02.2017 - Pressenza New York

Il m’est interdit de retourner aux États-Unis et j’ai besoin de votre aide

Par Sara Haghdoosti

Je sais que beaucoup d’entre vous réfléchissent sur la réponse à donner au dernier décret de Trump ; voici quelques-unes de mes pensées et suggestions de messages.

1. Partageons nos histoires, pas seulement des considérations d’une valeur générale. Il est remarquable de voir tant d’organisations faire des déclarations de solidarité. La majorité de celles que j’ai lues expriment combien cela est anti-américain et mentionnent les communautés touchées de façon abstraite. Je sais que ce n’est pas intentionnel, mais cela a pour effet de laisser de côté nos expériences en tant que personnes. En ce moment, le droit est en train de nous déshumaniser, ce qui est incroyablement effrayant, et l’une des meilleures façons de résister est de souligner que nous sommes humains en racontant nos histoires. Voici quelques façons de faire cela :

Assurez-vous que vos déclarations de solidarité soulignent ce que l’interdiction d’entrée signifie dans la vie des gens : la séparation de familles, le blocage de personnes qui étaient en vacances, des étudiants dans l’impossibilité d’étudier, et la menace qui pèse sur des personnes qui ont besoin de voyager où elles sont nées pour travailler (toutes choses sur lesquelles elles n’ont pas de contrôle). Autrement dit, au lieu de dire que « l’interdiction de territoire est un affront aux valeurs américaines », dites plutôt ceci : « l’interdiction de territoire signifie la séparation de familles, la privation d’études et, potentiellement, la violence faite à ceux qui ont vécu aux États-Unis depuis des années, simplement en raison de leur lieu de naissance. C’est cela un affront aux valeurs américaines. »

Des histoires spécifiques :

Voici la mienne : je suis une citoyenne australienne et détentrice d’une carte verte [carte de résident permanent, NdE]. Pour moi, il est désormais clair que je ne pourrais pas voyager hors des États-Unis, car je n’aurais pas de garantie de pouvoir y retourner. Je suis aussi enceinte de six mois ; la semaine dernière, j’ai acheté un billet à ma mère afin qu’elle puisse être avec nous à la naissance de notre bébé. Elle est aussi une citoyenne australienne et détient d’ores et déjà un visa américain. Aujourd’hui, nous ignorons si elle pourra rencontrer notre enfant.
Roozbeh Aliabadi : un citoyen américain, dont la femme est en Iran. À cause de l’interdiction de territoire, celle-ci ne peut venir aux États-Unis pour rejoindre son mari, tandis que lui ne peut lui rendre visite, sous peine de ne pouvoir retourner aux États-Unis.

Voici quelques autres exemples que j’ai trouvés sur Twitter :

2. Cette attaque est orientée contre les musulmans, mais frappe des personnes de confessions diverses, puisqu’elle ne s’appuie que sur l’origine nationale. En ayant recours à des termes comme « pays à majorité musulmane », nous tombons aussi dans les stéréotypes au lieu de mentionner que cette attaque concernera des personnes de différentes origines. Les pays concernés par l’interdiction d’entrée ne sont pas monolithiques ; ils ont des traditions diverses avec des Zoroastriens, des Juifs, des Chrétiens, des athées, etc. Bref, pour entrer aux États-Unis, un Juif iranien fera désormais face aux mêmes obstacles qu’un musulman iranien.

3. Il ne s’agit pas de l’introduction de contrôles tatillons, il s’agit d’une interdiction d’entrée et d’une discrimination. Les personnes de ces pays ont subi des contrôles tatillons au cours des dernières années. Pour de nombreuses personnes munies d’un passeport de ces pays, il faut parfois attendre des années afin d’avoir un visa. Pour les personnes nées dans ces pays mais munies de passeports de l’Union européenne et de dispenses de visa, les contrôles tatillons ressemblent souvent à une interview obligatoire et à des inspections « aléatoires » ou secondaires aux points d’entrée des États-Unis.

4. Il a déjà été rapporté que des détenteurs de carte verte étaient soit interdits d’embarquer soit expulsés après leur arrivée aux États-Unis. Ce qu’il y a de terrifiant tient à l’ambiguïté du langage du décret au regard des résidents permanents et binationaux, car pour les personnes nées dans les pays ciblés la possibilité d’entrer aux États-Unis est entièrement laissée à la discrétion des agents des douanes. Cela signifie que le décret prive concrètement des personnes de leur résidence permanente en raison de leur lieu de naissance. Imaginez que vous ayez vécu aux États-Unis pendant des décennies comme résident permanent, que vous y ayez fait votre vie, et que tout cela vous soit retiré parce que vous avez fait un voyage d’affaires au Canada.

5. S’il vous plaît, n’utilisez pas le même langage que Trump dans ses déclarations. – voici à quoi ressemble le suprémacisme blanc – il ne s’agit pas de stopper le terrorisme ou de préserver notre sécurité (même si vous essayez de montrer que cela pourrait diminuer notre sécurité, ce qui est vrai, c’est toujours un cadre qui n’aide pas). Au cours des sept derniers jours, la majorité des commentaires sur les décrets de Trump étaient dirigés contre des personnes de couleur :

Le veto qui signifie qu’un nombre disproportionné de femmes de couleur n’aura accès ni à des services ni à des informations concernant le planning familial.
L’oléoduc Keystone qui saccagerait des terres sacrées des Amérindiens.
L’ordre de construire un mur et le nouveau décret relatif aux crimes commis par des immigrants sans-papiers.
L’interdiction d’entrée des réfugiés syriens et l’arrêt du traitement des dossiers de tous les autres réfugiés.
« L’interdiction d’entrée pour les musulmans » qui discrimine les gens compte tenu de leur lieu de naissance.
La menace d’envoyer des agents fédéraux dans des quartiers noirs et latinos de Chicago afin d’y restaurer « l’ordre ».

6. Actions potentielles à considérer :

Créer des fonds d’aide juridique pour venir en aide aux communautés impactées, soutenir l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) et autres organisations de défense juridique.

S’assurer que les Démocrates sachent qu’un vote en faveur du candidat de Trump au poste de secrétaire d’État (et d’autres représentants du gouvernement) est un vote en faveur de l’interdiction d’entrée. Créer plus de sites sanctuaires (en faisant de centres communautaires des sites sanctuaires).

Encourager à ce que les événements de grande ampleur ne se tiennent pas  aux États-Unis étant donné que des personnes de couleur ne se verront pas accorder les mêmes droits à l’entrée et que chaque personne de couleur est probablement plus susceptible d’être victime de brimades dans les aéroports.

Soutenir les opérations de boycott qui concernent déjà les voyages aux États-Unis, la participation aux Oscars et à d’autres événements très visibles.

Encourager le personnel des commerces/cafés à porter des signes témoignant de leur solidarité vis-à-vis des communautés touchées.

N’hésitez pas à entrer en contact si vous avez des questions, des idées, si vous voulez discuter, etc.
Merci à tous ceux d’entre vous qui résistent déjà fermement.

S.

PS : ça va bien se passer pour moi, en comparaison d’autres, dans ma situation je suis privilégiée. J’aimerais aider pour l’organisation d’actions et faire reculer ceci, alors n’hésitez pas à me contacter avec des suggestions de partenariat.

 

Article traduit de l’anglais par Trommons.com. Révision de Jean-Marc Dunet.

Catégories: Amérique du Nord, Droits humains, Opinion
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