Ce texte fait partie d’une série de 3 articles sur la loi Macron présentés par Pressenza :

France : Loi Macron ou l’inexistence d’une démocratie

Loi Macron : un cimetière pour le Code du travail !

Loi Macron et facteur humain

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Loi Macron : « Ce que nous avions dit, nous l’avons fait », a dit le chef des sénateurs UMP, Bruno Retailleau. « Nous avons musclé le texte tout en lui donnant de la souplesse, en particulier en ce qui concerne le droit du travail, et de la simplification »[1].

« Simplification » mais pour qui ?

Les salarié-e-s sont le maillon faible de la chaîne du profit, coupables d’empêcher les actionnaires, les financiers de gagner encore plus d’argent. Prenons du recul et regardons. Le plus grand problème du libéralisme : le facteur humain. Le salarié coûte trop d’argent, cet argent qui de droit (selon eux) leur revient. La règle d’or : plus pour eux et moins pour tous les autres. Majoritairement, toutes les décisions vont dans ce sens. Les salarié-e-s sont des empêcheurs de tourner en rond et la loi macron va y remédier. Qui influence les gouvernements, les textes de lois, leurs décisions ? Pour qui se font ces lois ?

L’équilibre des forces que s’accordent les politiques est refusé aux salarié-e-s au profit des entreprises. Ce qui est bon pour eux ne l’est pas pour tous les autres.

Cette loi comprend plus de 300 articles avec des sujets aussi divers que variés gérés par une seule et même personne, M. Emmanuel Macron (ministre de l’économie). Il y a pêle-mêle le nucléaire, l’environnement, la libéralisation des transports, la santé, la privatisation des aéroports, la privatisation des biens publics et bien d’autres encore. Des thèmes qui auraient dû être traités par les ministères concernés. M. Macron, le nouveau « fou du roi », a le vent en poupe avec une seule directive… aller vite, très vite, pour que cette loi qui engage notre vie aujourd’hui et demain, nos conditions de travail, qui engage également les générations futures passe cet été. C’est chose faite depuis le 9 juillet.

Faisant suite au vote du Sénat. Le 3 juin, la Commission Mixte Paritaire composée de 7 députés et 7 sénateurs s’est réunie pour tenter de trouver un accord entre le texte du Sénat et celui de l’Assemblée nationale. Sans surprise, l’accord n’a pas eu lieu. Être d’accord n’est pas politiquement « correct ».

Article 49-3 Le meilleur ami de M. Emmanuel Valls

Le 16 juin, premier jour de la deuxième lecture à l’Assemblée nationale, M. Manuel Valls, premier ministre, ne s’est pas embarrassé des préliminaires en réutilisant le 49-3 engageant ainsi la responsabilité de son gouvernement, une nouvelle fois. Continuons le jeu de l’opposition factice. On prend les mêmes et on recommence. L’opposition a déposé une motion de censure (comme celle du 19 février 2015[2]) qui bien entendu a été rejetée le 18 juin par l’Assemblée nationale. Pour information, cet article 49-3 peut être utilisé uniquement sur un projet budgétaire ou une fois par an sur un autre texte. La Loi Macron l’a déjà consommée, a priori, elle n’aurait pas dû en bénéficier une seconde fois. Mais il est facile de dire que cette loi fait partie d’un « projet budgétaire » ce qui permet l’utilisation du 49-3. Le texte est donc reparti au Sénat pour adopter la loi Macron ce premier juillet, avançant de cinq jours leur vote. Si ce n’était pas tragique pour le futur, ce serait presque drôle.

Le 9 juillet, grâce au 49-3, l’Assemblée nationale adopte définitivement la Loi Macron. L’opposition ne déposera pas de motion de censure.

Après trois utilisation du 49-3, plus de 2000 amendements et plus de 300 articles de lois, une question : la Loi Macron, c’est quoi exactement ?

Pourquoi tant de précipitation à vouloir faire passer cette loi ? C’est bien également pour satisfaire M. Juncker, président de la Commission européenne que cette loi se fait en accéléré. Mi-janvier 2015, des experts envoyés par la Commission européenne, donc par M. Juncker, sont venus éplucher les comptes de l’état français. Ce même M. Juncker affirme : « Je voudrais que l’effort en matière de réformes structurelles aille plus loin »[3]. L’objectif était bien de montrer qui est le Maître. La France mauvaise élève se devait de rentrer dans les rangs. Rappelons-nous, février 2015 M. Valls (premier ministre) impose par le 49-3 la loi Macron à l’Assemblée Nationale. Tout se tient. Ce n’est peut-être pas des plans d’austérité que l’Europe impose à la France mais bien la loi Macron. Une loi inique qui a pour unique objectif d’accélérer l’ultralibéralisme et satisfaire les marchés financiers. Nous verrons dans quelques années le résultat.

Monsieur Jean-Claude Juncker a été premier ministre du Grand-Duché de 1995 à 2013 soit pendant 18 ans. Pendant son mandat, 340 entreprises ont eu la possibilité de passer des accords dits « tax rulings » au cas par cas avec le Grand-Duché pour obtenir des taux d’imposition quasiment nuls alors que les sociétés y étaient imposées à 29 %.[4] Une commission spéciale a été mise en place le 12 février 2015 par le Parlement Européen pour examiner l’évasion fiscale (notamment les accords « tax rulings ») pratiqués dans les États membres de l’Union européenne. Comment peut-on croire que M. Juncker ignorait ces pratiques ? Comment peut-il être aujourd’hui président de la Commission européenne ? Nous vivons bien dans une Europe de l’argent et des puissances financières. Une Europe où l’éthique est secondaire quand cela sert leurs intérêts.

Ils sont brutaux, produisent de la violence économique, raciale, religieuse, psychologique, sociale et brandissent le mot démocratie comme un gadget en plastique. Peut-on dire que nous sommes en démocratie ? Une loi est passée contenant plus de 300 articles engageant notre quotidien. Qui les a lus et compris ? Ces lois régissent nos vies et il serait légitime que nous les comprenions. Ils se sont appropriés la Démocratie et se comportent comme des pillards.

Face à ce constat, c’est à nous de choisir le monde dans lequel nous voulons vivre et comment nous voulons vivre.

Notes

[1] Source AFP reprise dans la presse nationale

[2] Voir article Pressenza, France : Loi Macron ou l’inexistence d’une démocratie

[3] Le Monde Diplomatique. Article du 4 avril 2015 ; Pour amadouer Bruxelles. Loi Macron, le choix du « toujours moins ».

[4] Le monde. Article du 11/05/2014 evasion-fiscale-tout-sur-les-secrets-du-luxembourg.

Courrier International. Article du 11/06/2014. « Luleakx » le scandale qui met le Luxembourg dans l’embarras.