Entretien avec Laure Blanchet de l’association « Famille de Cœur » pour Gaza

03.06.2015 - Pressenza Berlin

Entretien avec Laure Blanchet de l’association « Famille de Cœur » pour Gaza
Crédit photo : Laure Blanchet

Par Dr. Phil. Milena Rampoldi – ProMosaik e.V.

Je suis très fière de vous présenter ce matin notre entretien avec Madame Laure Blanchet de l’association « Famille de Cœur » qui travaille pour les familles à Gaza.

Pour voir la présentation de l’association, voyez le lien suivant :

http://promosaik.blogspot.com.tr/2015/04/famille-de-cur-pour-gaza.html

 

Dr. Phil. Milena Rampoldi : Comment est-ce que vous avez compris la tragédie de Palestine ?

Laure Blanchet : Le conflit israélo-palestinien est très clairement une colonisation d’un état par un autre. Israël colonise la Palestine et étend ces territoires de plus en plus loin. Il n’y a qu’à regarder l’évolution de la carte de la Palestine et celle d’Israël.

Dr. Phil. Milena Rampoldi : Quel est l’objectif primaire de votre association ?

Le premier objectif de l’association est de parrainer des familles palestiniennes à Gaza. Pourquoi Gaza ? Parce que c’est un des endroits en Palestine qui souffre le plus.

Le parrainage à un double objectif. Le premier est bien sur le soutien financier à ces familles qui ont été victimes de l’agression de l’été 2014.

Mais au-delà du soutien financier, nous souhaitons aussi apporter un soutien moral à ces familles, leur dire qu’à l’autre bout du monde, des gens pensent à eux.

Dr. Phil. Milena Rampoldi : Pourquoi est-ce que avez choisi de vous appeler « Famille de Cœur » ?

Laure Blanchet : Parce que nous sommes tous frères et sœurs d’humanité et parce que dans le cadre du parrainage nous souhaiterions que ce lien familial se forme.

Dr. Phil. Milena Rampoldi : Quelles sont pour vous les stratégies les plus importantes pour travailler pour la paix au Moyen Orient ?

Laure Blanchet : Concernant le problème palestinien, un des leviers qu’il est facile d’activer par le peuple est celui du boycott. Nous sommes tous des consommateurs potentiels, et nous pouvons donc tous dire notre mécontentement en refusant d’acheter des produits issus des colonies illégalement occupées par Israël.

Dr. Phil. Milena Rampoldi : Quels sont les obstacles majeurs pour la paix en Palestine ?

Laure Blanchet : Le manque de sanction qui sont pris à l’encontre d’Israël. La communauté internationale dort. Même si la CPI ouvre une enquête et qu’il est reconnu qu’Israël a commis des crimes de guerre, des sanctions seront-elles réellement prises ?

Dr. Phil. Milena Rampoldi : A quoi est-ce que vous êtes parvenus jusqu’à maintenant et quels sont vos objectifs pour le futur ?

Laure Blanchet : Nous avons jusqu’à maintenant augmenté petit à petit le nombre de familles parrainées. Nous avons également chaque mois mené des actions en parallèle. Que ce soit pour reloger des familles, pour acheter des médicaments, pour fournir des batteries électriques, des citernes d’eau potable… nous menons chaque mois une action ciblée pour aider la population de Gaza.

Nous allons bien évidement pendant le ramadan axer notre action sur la nourriture et notamment la viande. Beaucoup d’associations font des colis alimentaires avec des produits de base, aussi souhaitons nous apporter un petit plus à chaque famille, un peu de viande pour le ftoor (repas de la rupture du jeûne).

Mon voyage en Palestine :

Je tiens tout d’abord à dire combien la Palestine est un pays magnifique. Ce pays est beau, riche en histoire, en culture….

C’est le berceau de l’humanité, là où tous nos grands prophètes sont nés et/ou vécu…. C’est un haut lieu de spiritualité, la « terre sainte », qui touche, je le sais, même le cœur des non croyants.

Je veux vous raconter aussi combien les Palestiniens sont des gens merveilleux.

J’ai rencontré des gens qui ont résisté à l’appel d’une vie meilleure, à l’étranger, pour rester auprès de leur peuple, pour ne rien lâcher… jusqu’au bout !

Des gens qui se donnent corps et âme pour les leurs, qui ne comptent ni le temps, ni les moyens à mettre en œuvre pour tenter d’améliorer le quotidien du camp, des enfants, des femmes, des handicapés…

J’ai malheureusement pu voir de mes propres yeux l’occupation omniprésente. Pour ceux qui ont la chance d’avoir la fameuse carte bleue qui leur permet de circuler (tous ne l’ont pas et nombreux sont ceux qui ne sont jamais sortis de leur camp de réfugiés), l’humiliation est quotidienne. À chaque check-point. Il y en a partout.

Même pour accéder à certaines mosquées (Al Aqsa – Hébron… il y en a sûrement d’autres)… ce sont « eux » qui décident s’ils peuvent aller prier ou pas.

Les voitures peuvent être fouillées plusieurs fois par jour. Et chaque passage est le risque que, pour un rien, ça tourne mal…

J’ai ressenti la peur mêlée au  désespoir, la colère, la souffrance… dans les yeux d’une de nos hôtes lors de ces contrôles arbitraires.

J’ai aussi vu l’état du camp de Shufat… le problème de l’hygiène, de la place. Un camp prévu pour 15 000 réfugiés, où vivent maintenant près de 60 000 personnes (je vérifierai les chiffres mais de mémoire…).

Le manque d’infrastructure est énorme. Les enfants vont à l’école à tour de rôle.

Il n’y a aucun ramassage des ordures organisé. Ils ne peuvent les sortir du camp, et n’ont pas les moyens de les recycler (ils n’ont que les moyens qu’on veut bien leur donner). Cela pose de gros problème d’hygiène….

Les filles qui ont la chance de poursuivre des études à Jérusalem m’ont raconté comment parfois elles ne pouvaient aller à l’école parce qu’ « ils » en avaient décidé ainsi. Ils ferment et ouvrent le check point à leur bon vouloir…

Bref… j’ai vu un pays magnifique, un peuple merveilleux, mais un pays sous occupation, opprimé, traité sans aucune forme de respect, laissé à l’abandon totale sous les yeux de la communauté internationale.

Les photos de Laure Blanchet :



 

 

 

 

Catégories: Droits humains, Interviews, Moyen Orient, Opinion, Relations internationales
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