Pousser le verrou du dopage pour ouvrir le XXIème siècle sur une société égalitaire, 4ème épisode : « L’âge de tous les dopages »

04.06.2013 - Paris - Dominique Béroule

Pousser le verrou du dopage pour ouvrir le XXIème siècle sur une société égalitaire, 4ème épisode : « L’âge de tous les dopages »
(Crédit image : Image: Dominique Béroule)

4ème épisode: « L’âge de tous les dopages » (film peu connu, 2011)

Pour mémoire :

1er épisode: « What a wonderful world » (chanson célèbre, 1967)

2ème épisode: « Magical Mystery Tour » (chanson célèbre, 1967)

3ème épisode: « Money, money, money » (chanson célèbre, 1976)

L’histoire de l’humanité est jalonnée par la découverte et l’exploitation de diverses sources d’énergie. Après « l’âge de pierre », la maîtrise du feu annonça « l’âge du métal ». La production métallurgique d’objets non périssables – y compris des pièces de monnaie -, modifia les sociétés concernées, avec la possibilité de diffuser ces objets sur des territoires plus étendus qu’auparavant. Plusieurs activités spécialisées et distribuées géographiquement naquirent durant cette période : mineur extracteur, artisan fabricant, commerçant distribuant, police protectrice, l’ensemble s’organisant déjà sous un pouvoir centralisé et hiérarchisé.

Sur une planète portant seulement cent millions d’humains, cette évolution eut peu d’impact sur l’environnement naturel. Les besoins énergétiques étaient alors satisfaits par le bois des forêts, puis par le vent et les rivières actionnant des moulins.

Avec un milliard supplémentaire d’habitants sur Terre, on découvrit au XIXème siècle la considérable puissance que peuvent procurer les énergies fossiles. Plusieurs secteurs se développèrent jusqu’à nos jours : transports, climatisation des habitats, communication, travaux domestiques, informatique… On aurait pu nommer cette période l’« âge de la machine », induisant des changements d’échelle des flux de marchandises et de personnes jusqu’à leur limite supérieure : la mondialisation.

Six milliards d’habitants en plus et deux siècles plus tard, des signaux alarmants sont émis par la planète, sans réactions qui soient à la hauteur des enjeux. La moitié de la banquise a fondu en seulement quatre décennies… en silence. La moitié du corail de la Grande Barrière est mort durant les cinq dernières décennies… en silence. Silencieuse également, la disparition des colonies d’abeilles, à rythme croissant depuis cinquante ans. N’importe quel extra-terrestre raisonnable renoncerait à l’idée d’envahir une planète à l’avenir si compromis. Et pourtant, les terriens consommateurs d’énergies fossiles ou nucléaire continuent de mener en peloton leurs « vies courantes ». Il est remarquable qu’un aveuglement similaire caractérise la personne atteinte de dépendance à une drogue. Bien que le toxicomane ait conscience des effets délétères à long terme d’un dopant, ses circuits émotionnels (cf. 2ème épisode) appellent une satisfaction immédiate et renouvelée. Pour l’Homme moderne qui utilise cent fois plus d’équivalent énergétique qu’à l’âge du métal, le processus de dopage revêt de multiples formes, dont les effets se combinent et ne se limitent pas à l’organisme receveur. Les activités humaines sont stimulées comme jamais ; des dégradations environnementales, sanitaires et sociales en découlent : C’est « l’âge de tous les dopages ».

De toutes les activités humaines, l’agriculture demeure la plus indispensable, et donc celle qui suscite la plus grande convoitise de la part des investisseurs financiers. La prise en charge du dopage de ce secteur permet en définitive à quelques multinationales de contrôler l’alimentation mondiale, avec le concours financier et législatif des états (USA, Europe). Ces derniers soutiennent notamment l’intensification de l’agriculture au moyen de subventions proportionnelles aux surfaces des exploitations (ex: Politique Agricole Commune). La mise sous tutelle des paysans est d’abord financière, puisque cette forme d’agriculture industrielle requiert l’acquisition d’engins coûteux, impliquant des emprunts bancaires à rembourser par la suite. Mais surtout, le paysan se voit progressivement interdire de ressemer une partie de sa récolte d’une année à l’autre. L’industrie semencière substitue à cette pratique ancestrale le commerce de plantes hybrides dont seule la première génération est productive, ou bien de plantes génétiquement modifiées (OGM) offrant une certaine facilité de culture, mais brevetées par une société privée. Dans les pays industrialisés, la même logique d’appropriation du vivant interdit les semences paysannes à la vente, à l’échange, et même au don !

Appliqué dans un contexte de libéralisme économique minimisant les tarifs douaniers, cette coalition de dealers privés et publics déséquilibre l’agriculture mondiale. Les petits producteurs locaux des pays émergents font faillite, car concurrencés par des produits importés subventionnés. De plus, les cultures locales vivrières qui, par définition, alimentent des familles de paysans, sont progressivement remplacées par de grandes cultures de soja (dont les protéines complètent l’alimentation du bétail élevé au maïs en Europe et aux USA). Alors que l’industrie agrosemencière prétend aujourd’hui vouloir éradiquer la faim dans le monde, c’est le système dopé qu’elle a contribué à mettre en place qui entraine la faillite des petits paysans. La malnutrition d’une partie de la population mondiale, en majorité paysanne, résulterait donc de la stimulation de plusieurs secteurs d’activité : un dopage économique (prêts accordés aux agriculteurs intensifs, subventions favorisant les grandes exploitations), un dopage des transports internationaux par une réduction des taxes douanières, ainsi qu’un dopage agricole favorisant l’absorption de nombreuses petites parcelles par quelques grandes cultures destinées à l’exportation.

Prise isolément, chacune de ces formes de dopage entraine d’autres déficits sur le long-terme.

Le dopage économique laisse en effet des traces durables… L’actuelle dépression des ventes d’automobiles fait par exemple suite à leur dopage par la fameuse « prime à la casse » (2010), suivant un scénario similaire à celui déjà joué dans les années 1990 (Baladurette, puis Jupette). Autre illustration significative : des crédits supposés doper le marché immobilier aux USA (subprime), ont été transformés en titres (dits « pourris »), puis mélangés à des valeurs sures, dans des « produits financiers structurés » validés ensuite par les Agences de notation. Une fois découverte par les banques acquéreuses de ces titres, cette tentative de masquage a lésé la confiance nécessaire au bon fonctionnement de l’économie, participant au déclenchement de la crise en 2008. Après avoir été sauvés par les états, les organismes financiers forcent aujourd’hui les pays qui ne peuvent rembourser leurs dettes à se restructurer en privatisant leurs Services Publics. A terme, les plus pauvres sont lésés par le recul des services gérés ‘par et pour’ la collectivité.

Le dopage des transports est évidemment impliqué dans le réchauffement climatique, la pollution et l’acidification de l’atmosphère. Aboutissant au milieu marin, les pluies acides pourraient ralentir la croissance du squelette calcaire du corail (ralentissement vérifié scientifiquement en 2012). Du point de vue social, l’accroissement des échanges internationaux favorise la délocalisation des entreprises dans des pays à main d’œuvre bon-marché, laissant derrière elle des chômeurs et menaçant à plus long-terme les acquis sociaux (Droit du travail) sous prétexte de compétitivité. Par ailleurs, l’extension des bâtiments et des voies de circulation bénéficie de la puissance des engins de chantier mus par le pétrole-fossile ; l’équivalent d’un département français de terres agricoles est recouvert de béton-bitume tous les sept ans… un déficit qui serait compensé en principe par des cultures plus productives.

Mais bien que le dopage de l’agriculture aux engrais, aux pesticides et aux herbicides augmente effectivement sa productivité pendant un temps, il conduit en réalité à un appauvrissement de la vie du sol et de sa capacité de régénération autonome. Le sol, lui aussi, est mis sous dépendance. A la limite, on détruit la forêt tropicale pour profiter de la mince couche d’humus qu’elle renferme, jusqu’à épuisement, avant de procéder à d’autres destructions forestières. Sur le plan sanitaire, des maladies rares sont apparues depuis l’utilisation d’intrants chimiques, sous la forme de cancers associés à des mutations acquises du patrimoine génétique, certaines touchant plus fréquemment les exploitants agricoles que les autres professionnels. L’effondrement de colonies d’abeilles (responsables de la pollinisation d’un tiers de notre nourriture), serait en première hypothèse également liée à l’utilisation de pesticides agricoles.

Le constat est clair. L’appauvrissement des populations peut s’expliquer par la conjonction du dopage de plusieurs secteurs d’activité : agriculture, économie, transport… Mention spéciale au dopage de l’armement, dont les nuisances directes et indirectes sont les plus évidentes. Chaque forme de dopage améliore temporairement l’efficacité d’un phénomène ou d’un organisme, mais provoque des dépendances et des dégradations qui n’atteignent pas uniquement la cible initiale… Un peu comme si la prise de stimulants par un personnage politique haut-placé, en lui procurant une confiance absolue qui fausse son jugement, influençait ses décisions prises sur un mode impulsif aux dépends d’une partie de la population mondiale. Hitler n’était-il pas une véritable pharmacie ambulante, incluant, à haute dose, un puissant stimulant-euphorisant ? (la métamphétamine)  A-t-il été le seul leader drogué de notre histoire ?  Sans doute pas.

Si, par une volonté anti-compétitive commune aux responsables politiques, tous les moteurs étaient mis au ralenti avant la panne sèche, et surtout avant le déclenchement de catastrophes majeures, les terriens privilégiés devraient alors se mettre à consommer sobrement, respectant ainsi les fragiles équilibres naturels. Après une difficile période de sevrage, l’humanité pourrait enfin atteindre « l’âge de raison ».

A suivre…  5ème et dernier épisode : « So happy together » (chanson célèbre, 1967)

Catégories: Economie, Europe, Opinion, Politique
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