Par Joe Hitchon

Dans la région africaine du Sahel, des techniques d’agroforesterie utilisant des plantes traditionnelles appelées « arbres fertilisants » pour augmenter la fertilité des sols, ainsi que les règles sur la récolte et le pâturage, offrent de nouvelles solutions à la fois à la sécurité alimentaire et humaine.

De telles approches ont été presque perdues au cours des dernières décennies à la suite des sécheresses dévastatrices dans le Sahel. Aujourd’hui, elles font un retour tardif mais opportun. Selon une Enquête géologique américaine de 2012, « l’agroforesterie de régénération », dans le Sahel, s’élève à plus de cinq millions d’hectares de terres agricoles nouvellement couvertes d’arbres – et est en croissance.

« L’agroforesterie constitue l’avenir de l’agriculture dans les zones arides et les régions subhumides », a déclaré à IPS, Chris Reij, chercheur principal à l’Institut des ressources mondiales, un groupe de réflexion basé à Washington. « Dans le sud du Niger, par exemple, les agriculteurs ont amélioré des millions d’hectares de terre grâce à la régénération et la multiplication des arbres précieux dont les racines se développent déjà sous leurs terres ».

L’effet pour les communautés locales, au cours des 20 dernières années, a été immédiat et impressionnant – « plus de 500.000 tonnes supplémentaires de vivres par an », a souligné Reij.

Communément appelées « agroforesterie », ces techniques non seulement changent les paysages et insufflent une nouvelle vie dans les sols longtemps appauvris de leurs éléments nutritifs et de leur productivité, mais affectent également des réalités politiques et sociales.

Les idées derrière l’agroforesterie ont commencé durant les années 1980, en pleine période d’une sécheresse grave et prolongée dans le Sahel. Cette période était désastreuse pour les habitants de la région puisque la production agricole a chuté et un grand nombre de têtes de bétail ont dû être abattues.

Les arbres de la région ont également commencé à disparaître, puisque les communautés locales étaient obligées de compenser leurs biens perdus par des pratiques qui ont lentement détruit les forêts – la seule ressource rentable qui reste dans le Sahel. Ces communautés ont eu recours à la coupe et à la vente de bois pour acheter de la nourriture et survivre, avec plusieurs effets de cette déforestation ressentis dans les décennies qui ont suivi.

Pendant des siècles, les fermiers du Sahel avaient cultivé des arbres sur leurs terres agricoles parce qu’ils agissaient comme un engrais naturel. Non seulement ils amélioraient la fertilité en ajoutant de l’azote au sol, ils offraient également un effet d’ombrage critique, qui améliore les conditions d’humidité à la fois dans l’atmosphère locale et le sol.

Protégeant les cultures de maïs, sorgho et de mil au-dessous d’eux, les arbres utilisés par les agriculteurs dans le Sahel sont uniques et appelés ‘Faidherbia albida’. Selon le Centre mondial d’agroforesterie, ces arbres présentent les caractéristiques inhabituelles de devenir dormants et sans feuilles à la saison des pluies – lorsque les cultures poussent – mais développent des feuilles par la suite, quand les agriculteurs peuvent cueillir les feuilles et les gousses des arbres pour le fourrage de leur bétail.

Quand les scientifiques ont commencé à étudier de plus près ce phénomène, ils ont découvert un écosystème souterrain virtuel dans ces régions, avec des systèmes de racines et des plantes vivaces de diverses espèces d’arbres indigènes précieux, que les fermiers peuvent désormais cultiver.

Ces arbres poussent naturellement chaque année, et avec la gestion du pâturage du bétail pour donner aux arbres le temps de pousser, le paysage se transforme, avec les implications de cette croissance pouvant aller au-delà de la sécurité alimentaire.

Régénération de la sécurité

Les « zones arides » d’Afrique, le vaste secteur du Désert du Sahara s’étendant sur l’Afrique du nord, de l’océan Atlantique à la mer Rouge, ont augmenté au cours de l’année dernière pour être à la tête de l’agenda mondial. L’insurrection au Mali et l’intervention militaire française qui a suivi ont bénéficié de plus d’attention récemment, suite aux enlèvements en Algérie et aux conflits en Mauritanie et au Niger.

« Si vous regardez les dimensions auxquelles le terrorisme et l’insécurité politique sont plus prononcés, à travers le monde entier, c’est une carte des zones arides d’Afrique et d’Asie de l’ouest », a déclaré Dennis Garrity, ambassadeur de l’ONU pour la lutte contre les terres arides et directeur général du Centre mondial de l’agroforesterie à Nairobi, au Kenya, lors d’un récent événement ici à Washington.

« Cette situation souligne la fragilité des voies de développement sous-jacentes dans des conditions extrêmement faibles d’alphabétisation, de santé et d’autres indicateurs de développement humain dans les zones arides ».

Bien que le Sahel souffre à la fois d’une dégradation accélérée des terres et de faibles taux d’alphabétisation chez les femmes, ces deux indicateurs ne sont généralement pas confondus. Toutefois, selon Garrity, une relation peut être trouvée dans des facteurs tels que les taux élevés de croissance démographique.

Selon le Centre mondial de l’agroforesterie, la population dans le Sahel double tous les 20 ans, un taux qui se reflète dans la diminution rapide de la superficie des terres agricoles dont dépendent les communautés rurales pour la nourriture. Pendant ce temps, la disponibilité de nouvelles terres agricoles diminue rapidement, et des études indiquent régulièrement une baisse constante de la fertilité des sols.

Source: http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=7445