Débat sur le mariage homosexuel au Royaume Uni : l’Eglise catholique n’a aucun droit de diriger notre morale

04.02.2013 - Krakow, POLAND - Tony Robinson

Cet article est aussi disponible en: Anglais

Tony Robinson écrit à titre personnel sur les propositions de légalisation des mariages homosexuels au Royaume Uni.

Le débat fait rage depuis des mois, sur l’adoption des propositions visant à permettre le mariage homosexuel au Royaume Uni.  Des dirigeants politiques de tous partis sont favorables à la suppression de cette discrimination, une position très surprenante dans le chef du parti conservateur et actuel premier ministre, qui a déclaré dans le discours de la conférence de son parti, en 2011, « Je ne soutiens pas le mariage homosexuel malgré le fait que je suis conservateur. Je soutiens le mariage homosexuel parce que je suis conservateur. »

Historiquement, les conservateurs ont été parmi les opposants aux droits des homosexuels, avec Margaret Thatcher  introduisant une vicieuse législation pour les autorités locales, via un amendement qui disait qu’une autorité locale « ne promouvra pas intentionnellement l’homosexualité et ne publiera rien avec l’intention de promouvoir l’homosexualité » ou « promouvoir l’enseignement dans une école de l’acceptabilité de l’homosexualité comme prétendue relation familiale. » Cette législation est restée en vigueur jusqu’en 2003.

Depuis lors, la position des dirigeants conservateurs a complètement changé et, avec les libéraux démocrates, qui ont toujours été les politiciens les plus progressistes en la matière, la coalition gouvernementale a introduit une consultation de la population dans le but de parvenir à modifier la législation au cours de leur législature de cinq ans.

Les dirigeants conservateurs ne représentent cependant pas toujours le point de vue de tous les parlementaires, c’est le cas de nombreux conservateurs très en vue, qui ont dénoncé l’évolution vers la modification de la définition légale du mariage.

Cependant, les dirigeants religieux ont été les plus rabiques dans leur position contre l’égalité des droits et c’est sur ce point que mon article veut se concentrer, car il est temps que quelqu’un le dise.  L’Eglise catholique n’a aucun droit d’intervention dans des questions de moralité, ni quant à savoir ce qui est bon ou mauvais, ni quels modes de vie les gens devraient adopter.

N’oublions pas que cette institution est celle qui a institué l’inquisition, responsable de milliers, voire de centaines de milliers, de meurtres pour « hérésie », car ils n’acceptaient pas les interprétations officielles de l’Eglise. Le fait que toute Eglise prêchant une doctrine se disant chrétienne, se croie moralement en droit de prendre la vie d’un autre être humain, devrait suffire à faire interdire définitivement cette institution.

Ajoutons à cela les enseignements actuels de l’Eglise catholique, qui dénonce le préservatif et interdit les relations sexuelles à ses prêtres.

Le manque d’éducation à l’utilisation des préservatifs a contribué à la mort de millions d’Africains sub-sahariens à cause du Sida. Par ailleurs, l’interdiction du sexe aux prêtres a créé des monstres de tous genres qui ont abusé d’innombrables enfants dans le monde, ensuite de quoi l’Eglise a tenté de couvrir ces faits. Dans les derniers développements de ces faits, l’Eglise catholique d’Allemagne a annulé une étude sur les abus sexuels, évoquant la « rupture de confiance ». En réaction, Christian Pfeiffer, dirigeant de l’institut KFN chargé de l’étude, a accusé les chefs de l’Eglise d’entraver les recherches de son équipe en tentant continuellement d’intervenir dans celle-ci et de la contrôler.

Le plus triste est que des milliers de jeunes hommes dans le monde grandissent avec le sentiment que quelque chose ne va pas chez eux, parce qu’ils sont attirés sexuellement par d’autres hommes et ne peuvent pas se référer aux désirs sexuels envers les femmes exprimés par leurs amis. Dans les petites communautés conservatives et les grands pays conservateurs, ces jeunes hommes se tournent souvent vers les séminaires de l’Eglise catholique, parce que l’abstention du mariage et du sexe avec les femmes se trouve dans la description de fonction.

J’ai vécu en Pologne durant 3 ans et entendu plusieurs histoires concernant mes amis homosexuels sortant avec des garçons du séminaire local. Rien de scientifique ici, bien entendu, mais une preuve anecdotique que la génération suivante d’abuseurs est déjà formée à enfouir des besoins qui, quelque temps plus tard, ressortiront de la manière la plus horrible. Si de jeunes hommes adhèrent à une organisation pour tenter de réprimer leurs désirs et peurs les plus intimes, et non parce qu’ils ressentent un appel à se dévouer aux œuvres de leur dieu, les abus contre des enfants ne sont guère surprenants.

Prenons la position de l’Eglise sur les femmes.

Les femmes, qui sont 50% de la population mondiale, ne sont pas égales dans l’Eglise. Nous pouvons encore nous demander d’où exactement vient ce droit de donner des conseils de moralité ? Comment une organisation si profondément discriminatoire dans ses racines, peut-elle être autorisée à parler sur des questions de moralité et de discrimination ? Ce n’est pas seulement l’Eglise catholique dans ce cas qui piétine les droits de l’homme, l’Eglise anglicane s’est aussi montrée incapable d’évoluer avec son temps, avec son refus de conférer les positions les plus élevées aux femmes, même si dans son cas les vicaires hétérosexuels ne doivent pas réprimer leurs pulsions sexuelles, au contraire des vicaires homosexuels.

Ce qui me dérange le plus dans ce débat, c’est l’importance donnée dans ce débat, non seulement dans ces institutions religieuses mais aussi dans les médias.

La veille de Noël, l’archevêque de Westminster, Vincent Nichols, a consacré son discours le plus important de l’année à la dénonciation des plans pour le mariage homosexuel. Ceci a fait les manchettes des journaux ainsi que des principaux portails de nouvelles au Royaume Uni. Replaçons cela dans son contexte : l’Europe souffre probablement de sa plus grande crise économique depuis la deuxième guerre mondiale, des guerres font rage au moyen Orient et d’autres régions, la pauvreté est encore endémique en Afrique et en Inde, des jeunes s’entretuent au revolver ou au couteau, et le problème qui préoccupe le plus cet homme est le mariage homosexuel. C’est une disgrâce absolue et doit être condamné.

Cela continue cependant, parce que dans le London Telegraph de ce jour, 1.000 prêtres catholiques ont signé une lettre déclarant que l’introduction du mariage homosexuel conduira à une persécution des catholiques jamais vue l’époque de Henry VIII, autre époque historique  où le point de vue de l’Eglise catholique sur le mariage était critiqué.

La lettre déclare « Ca n’a pas de sens de dire que les catholiques et d’autres peuvent encore enseigner, dans les écoles et ailleurs, leurs convictions sur le mariage, si l’on attend d’eux qu’ils adoptent le point de vue contraire en même temps. »

En dépit du fait que l’Eglise catholique semble coexister avec le mariage homosexuel en Espagne, aux Pays-Bas, au Portugal, en Argentine et dans d’autres pays, d’une certaine manière, l’Eglise tente au Royaume-Uni de faire valoir que sa bigoterie sur la question est acceptable parce qu’il s’agit d’une position religieuse et par conséquent exempte de la conception moderne des droits de l’homme, sans même mentionner la dignité humaine.

Il vaudrait mieux que les religions n’enseignent rien dans les écoles si c’est le genre de message qu’elles veulent inculquer à nos enfants.

Il faut cependant noter que ces positions conservatrices parlent aux murs. Selon un récent sondage ICM, trois personnes sur cinq soutiennent le mariage homosexuel au Royaume Uni, avec 77% d’opinions favorables dans la classe d’âge 18-24 ans.

Enfin, je veux souligner l’immoralité de la richesse de l’Eglise et leur enseignement concernant le changement social. Selon les enseignements de l’Eglise, Jésus a affronté les changeurs d’argent et a vécu une vie d’humble austérité. Cependant à l’heure actuelle, l’Eglise est plongée dans la richesse prise par ses adhérents.

Dans toute l’Afrique, les gens les plus pauvres du monde donnent de l’argent à l’Eglise (pas seulement la catholique, disons-le) et ces prêtres sont généralement les mieux nourris et les mieux portants de la communauté, ayant les meilleurs résidences. Une simple visite à une cathédrale vous rappellera la richesse énorme de l’institution. Pourquoi ne peuvent-ils pas utiliser leur énorme richesse pour éradiquer la pauvreté, comme Jésus semble l’avoir voulu ?

De la même manière, l’Eglise a le pouvoir de changer le monde (pas seulement la catholique, ici encore). Avec leurs millions d’adeptes non éduqués qui viennent à leurs réunions régulières, les prêtres peuvent éduquer les gens en sorte qu’ils s’organisent et transforment la situation de pauvreté dans laquelle ils vivent. Au lieu de ça, l’Eglise enseigne que la souffrance est bonne et que le Paradis sera accordé après la mort… Quel mensonge éhonté servi aux gens, pour qu’ils restent à souffrir et ne veuillent pas se soulever pour la révolution, une révolution cependant que les prêtres pourraient diriger dans une direction non-violente.

Bien sûr, certains prêtres catholiques ont tenté, dans le passé, de donner une interprétation différente comme les participants du mouvement de la théologie de la libération en Amérique latine dans les années 50 et 60.  Cependant, ces enseignements ont été rejetés par le Vatican depuis son office connu comme la « congrégation de la doctrine de la foi » en 1984 et 1986. Il est intéressant de noter que cet office avait auparavant un autre nom : « la Suprême congrégation sacrée de l’inquisition romaine et universelle » et c’est bien sûr la même inquisition qui a ordonné les meurtres mentionnés ci-avant. Un autre fait intéressant est que le chef de cet office dans les années 80, jusque 2005, n’était autre que Joseph Ratzinger, l’actuel pape Benoît XVI.

En conclusion, je veux souligner que j’ai des amis catholiques et n’ai pas de problème avec leur foi. Il doit exister des milliers de bonnes personnes dans cette organisation, inspirés par la spiritualité et qui voudraient vraiment changer le monde et aider les gens qui souffrent, mais les dirigeants de cette Eglise doivent être pointés du doigt, ce sont des hypocrites.

Cette organisation n’a aucun droit d’offrir une direction morale aux peuples du monde. Elle doit d’abord se purger de son problème de pédophilie en le comprenant à sa racine : vous ne pouvez pas supprimer le désir sexuel, qu’il soit homosexuel ou hétérosexuel, faire croire à de jeunes homosexuels qu’ils le peuvent, conduit aux abus contre des enfants. Deuxièmement, elle doit offrir l’égalité aux femmes et leur ouvrir toutes les positions dans l’Eglise. Troisièmement, elle doit distribuer son immense richesse. Elle n’y a aucun droit. Cette richesse vient des gens pour l’entretient des prêtres, pas pour que les échelons supérieurs de la hiérarchie soient couverts d’or.

Quand ces trois questions seront réglées, nous pourrons reparler de la direction morale qu’ils peuvent donner. Jusqu’alors, ils devraient se retirer et méditer.

 

Catégories: Droits humains, Humanisme et Spiritualité, Opinion

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