Nouvelles datations de l’art rupestre

03.07.2012 - Madrid - Ernesto H. De Casas

J’ai visité ces grottes d’Altamira durant l’été 1972. Il est surprenant qu’après une longue promenade par quelques cavernes énormes, on arrive à une espèce de crevasse où l’une des peintures se trouve au plafond, mais le visiteur circule dans une partie creusée de la roche, puis qu’à l’origine il s’agissait d’une crevasse dans laquelle les ancêtres entraient de dos et peignaient ainsi, avec un éclairage précaire. Mais alors, elle ne pouvait contenir les nombreux visiteurs , de telle sorte qu’il n’y avait rien de plus éloigné de cela qu’une galerie, un musée ou une église qui exhibe des œuvres d’art.

De plus, la récente monographie de notre amie Ariane Weinberger, * »Investigación sobre el Propósito del Homo sapiens, en el Paleolítico superior: del afán por sobrevivir al afán por trascender »* (i. e. Recherche sur le dessein de l’Homo sapiens du paléolithique supérieur : du désir de survivre à la quête de transcender), dans laquelle elle explore l’art rupestre et offre de multiples observations intelligentes, arrive à renouveler l’intérêt pour le thème, exclusif à l’Europe méditerranéenne. Ce genre d’œuvre n’existe nulle part ailleurs, ou sinon en plus simple et rudimentaire. À Alger, en Australie ou en Patagonie…

Grâce à cela, nous voyons que, peut-être, rien ne nous rapproche plus des humains inconnus du passé que les peintures qu’ils ont faites dans les grottes. Et se convertissent en message presque direct un magnifique bison polychrome ainsi que la simple silhouette de la main de quelqu’un, dont les contours sont apparus en soufflant de la teinte avec une canne (ce qui par contre a été vu sous d’autres latitudes). Le nord de l’Espagne est riche de ces vestiges. Qui a fait les peintures rupestres ? Et quand ? Il y a une réponse très simple à cette question : quelques-unes datent de plus de 40 000 années. Soit 5 000 ans plus tôt que ce qu’indiquaient les anciennes datations et cela ouvre donc un mystère inquiétant à propos de leurs auteurs.
À cette époque les Néandertaliens existaient toujours. Ainsi, ces peintures ne sont pas exclusivement de l’Homo sapiens, comme on le supposait.

On a toujours considéré que notre espèce était l’auteure de ces œuvres d’art primitives, parce que lorsque plusieurs d’entre elles ont été peintes, les Néandertaliens avaient déjà disparu (il y a presque 30 000 ans), bien qu’il n’y ait pas de raison de nier leur capacité à peindre, ou d’affirmer qu’ils manquaient de la culture symbolique nécessaire pour le faire. Il s’avère à présent que certaines des peintures sont plus âgées qu’on ne le croyait et clairement contemporaines des Néandertaliens, on peut donc supposer qu’il s’agisse peut-être de leur œuvre. Mais c’est juste une idée, indiquent les experts, car aucune peinture rupestre de cette
espèce n’est connue. De plus, l’homme moderne se trouvait déjà en Europe il y a 40 000 ans. De toute façon, ces œuvres d’art primitif de la Cantabrie et des Asturies sont les plus anciennes au monde dont l’âge soit bien déterminé.

Cette découverte arrive en même temps que les nouvelles datations de quelques 50 peintures dans 11 grottes. Dans celle d’El Castillo, un disque date de 40 800 ans ou plus, et quelques silhouettes de mains, de 37 300 ans. À Altamira, un symbole rouge claviforme a au moins 36 500 ans. Rien de moins !

« Les preuves de la présence de l’homme moderne dans le nord de l’Espagne remontent à 41 500 ans, avant
que des Néandertaliens y soient », a déclaré Alistair Pike, chef d’équipe et auteur de ce travail présenté dans la revue Science. Il affirme « nos résultats indiquent que, soit les humains modernes sont arrivés en Europe avec la peinture déjà intégrée dans leur culture, soit cela s’est développé immédiatement après leur arrivée, ou peut-être s’agit-il d’art de Néandertal. » Et c’est la question, peut-être que l’Homme de Néandertal avait commencé cette pratique, bien que les dernières recherches sur la côte méridionale de l’Afrique du Sud indiquent une présence de l’Homo sapiens de plus de 60 mille ans, dont ils partirent en connaissant déjà le feu, la taille des pierres, l’utilisation des colorants et bien plus encore.

Les datations des peintures rupestres et des gravures préhistoriques ont été très incertaines depuis des années. Le problème est que, souvent, les pigments utilisés sont minéraux, et non pas d’origine organique, les techniques au radiocarbone ne sont donc pas efficaces. Et pour ceux qui sont en charbon, seules de minuscules quantités peuvent être extraites pour ne pas endommager les œuvres, ce qui complique la datation car n’importe quelle contamination est amplifiée.

Pike (Université de Bristol, Royaume-Uni) et ses collègues, presque tous d’Espagne et du Portugal, ont utilisé une technique dénommée d’uranium/thorium avec laquelle ils n’analysent pas directement les pigments, mais les couches minéralisées (calcite) qui, avec le temps, se forment sur les peintures. Les œuvres d’art rupestre qui sont dessous ne peuvent pas être plus modernes. C’est une technique la moins
invasive possible, commentent-ils, parce que, maintenant elle peut être appliquée aux échantillons de quelques dizaines de milligrammes.

À ce nouveau travail de datation des peintures rupestres participent, en plus de Pike et Zilhao, des chercheurs de diverses institutions espagnoles : Marcos García-Diéz, de l’Université du Pays Basque; J. Alcolea et R. De Balbín, de l’Université d’Alcalá de Henares; C. González-Sainz, de l’Université de Cantabrie; Carmen de las Heras, José Antonio Lasheras et R. Montes, du Musée National et Centre de Recherche d’Altamira; D.L. Hoffmann, de l’Université de Bristol et du Centre National de Recherche sur l’Évolution Humaine; et B.P. Pettitt, de l’Université de Sheffield, au Royaume-Uni.

Le symbole claviforme rougeâtre du Plafond des Polychromes de la grotte d’Altamira a donc, au moins, 36 500 ans. C’est-à dire que l’art rupestre a commencé là-bas 10 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait. Les scientifiques l’ont maintenant daté avec la nouvelle méthode. Les figures spectaculaires de bisons datent d’environ 18 000 ans. Cela signifie que le site a été visité et peint par les hommes préhistoriques à plusieurs reprises sur une période de presque 20 000 ans, concluent les chercheurs. Pour preuve, une autre peinture de la célèbre grotte, également redatée, remonte à 22 000 ans. Cette notion confirmée, que durant tant de milliers d’années des gens ont vécu là, est incroyable.

« Altamira contient de nombreuses peintures, y compris des mains humaines et des animaux. La chronologie de cet art a été sujette au débat depuis sa découverte [en 1868] », écrivent Alistair Pike et ses collègues. Ils rappellent, dans leur article de Science, que les experts étaient déjà d’accord sur le fait de distinguer plusieurs phases superposées sur les 10 principales zones décorées de la grotte, mais qu’ils
ne s’entendaient pas sur la question du temps qu’aurait duré la présence répétée et l’utilisation – du moins artistique – des humains à Altamira.

C’est également à El Castillo qu’ont commencé à se développer les graffitis préhistoriques. Dans cette grotte il y a plus d’une centaine d’images dans les multiples pièces. Les scientifiques ont trouvé dans le dénommé Panel de las Manos une disque rougeâtre fait d’éclaboussures qu’ils ont daté de plus de 40 800 ans. Les
silhouettes des mains -faites avec la même technique de soufflage de pigment autour d’un objet collé à la paroi-, datent de 37 300 ans.

*(Traduction: Gwenaëlle Souche)*

Catégories: Culture et Médias, Europe, International, Opinion

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