Des monnaies locales apparaissent en Grèce, comme ce fut le cas en Argentine après la débâcle de 2001.

04.06.2012 - London - Silvia Swinden

En conséquence de la crise économique et de la probabilité d’une sortie de la zone Euro, un mouvement n’a de cesse de s’amplifier en Grèce. Quelques villes se servent en effet d’une monnaie alternative pour les aider à affronter les troubles qui agitent le pays. Les participants vendent leurs produits et services dans des Unités Locales et Alternatives, TEM en Grec, et les échangent ensuite contre des produits et services des autres participants au réseau.

L’idée n’est bien évidemment pas nouvelle. En 2001, lorsque l’économie argentine s’est effondrée chaque province a produit sa propre monnaie, se passant ainsi des banques qui avaient fermé leurs portes pour empêcher les gens de retirer leur argent.

C’est dans des moments comme ceux-là que tout le monde se rend compte que son argent à la banque n’existe pas vraiment et que ces chiffres gravés dans le marbre qui apparaissent sur nos comptes ne sont en fait que des sommes électroniques virtuelles s’échangeant à une vitesse hallucinante sur les marchés boursiers mondiaux tout en faisant des profits par la spéculation pour les courtiers.

Dans le sud du Massachussetts, aux Etats-Unis, the Berkshires  une autre monnaie locale servant d‘alternative au dollar  fait partie des devises locales qui rencontrent le plus de succès dans le pays.

Le cimarron au Venezuela, le WIR en Suisse, LETS  Systèmes d‘échanges commerciaux locaux, en français  au Royaume-Uni, et beaucoup d’autres plans font suite à la décision d’une région de répondre à une crise économique en créant un mécanisme d’échange local qui permet à l’économie locale de continuer à fonctionner, aux gens de se nourrir et aux services d’être maintenus.

En suivant la même idéologie, Credit Unions a tendance à émerger dans les communautés locales sur le principe que faire des économies peut aider à créer des projets locaux, contrairement à la spéculation ou à l’accumulation de comptes off shore, comme le décrit si poétiquement [Polly Toynbee]( http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/may/31/queen-diamond-jublilee-why-celebrate) dans son article sur le jubilé royal:

*”Pendant que les trésors du monde et nous-mêmes nous faisons escroquer, le soleil ne se couche jamais sur l’Empire de la Reine qui compte plus de paradis fiscaux que n’importe quel autre pays, un archipel de la honte composé des îles anglo-normandes, de l’île de Man, les îles Caïmans, Turques et Caïques, Gibraltar, les Bermudes, les îles Vierges britanniques, et la ville de Londres elle-même. Derrière la splendeur se cache la misère.”*

Une autre forme d’économie alternative intéressante qui devient très prisée tandis que le système s’écroule est le concept des Communs, ou Biens Communs. Nombre d’exemples montrent en effet que lorsque des ressources partagées (pâturages, zones de pêche et internet) sont gérées sur le principe d’une régulation basée sur l’intérêt mutuel plutôt que sur un profit privatisé sans règlementation, les champs ne dessèchent pas, les réserves de poissons ne s’effondrent pas et beaucoup de renforcement des capacités semblent apparaître de nulle part pour un usage commun, comme par exemple l’utilisation d’une licence de Creative Commons par Wikipédia, les systèmes Linux/Ubuntu, etc.

[Elinor Ostrom](http://en.wikipedia.org/wiki/Elinor_Ostrom), économiste politique américaine, a tiré d’intéressantes conclusions de ses recherches sur *les ressources communes (Common Pool Resources)*. Pour elle, le succès d’un projet CPR repose sur les facteurs suivants :

1. Des frontières clairement définies (exclusion effective des parties extérieures non-autorisées)
2. Des règles concernant l’appropriation et l’approvisionnement des ressources communes adaptées aux conditions locales.
3. Des arrangements favorisant les choix collectifs qui permettent aux utilisateurs de participer aux processus de prise de décision.
4. Un contrôle effectif par des gérants qui font partie ou sont responsables des utilisateurs.
5. Une échelle de sanctions graduelles pour les utilisateurs des ressources qui violent les règles communautaires.
6. Des mécanismes de résolution des conflits bon marché et faciles d’accès.
7. L’autodétermination de la communauté reconnue par les autorités supérieures.
8. Dans le cas de ressources communes plus importantes, l’organisation sous la forme de multiples couches d’entreprises imbriquées, avec de petites CPRs locales à la base.

Bien évidemment, on peut se poser la question suivante: est-ce que la position de numéro 1 mène inévitablement à l’exclusion des « outsiders » et des « étrangers », en fonction de l’envergure du projet commun. On peut trouver d’autres informations sur ces développements passionnants dans le monde des alternatives au système économique actuel sur [Wikipedia](http://en.wikipedia.org/wiki/The_commons).

Nul besoin de préciser que divers groupes de travail du mouvement Occupy/Indignados passent activement en revue de telles idées novatrices (ou peut être pas tant que ça puisqu’en 1649 les *True Levellers*, alias les *Diggers*, avaient déjà essayé) pendant que les menaces du marché boursier continuent à imposer leur discipline au commun des mortels pour le bénéfice des Institutions Financières.

Malgré les mesures d’austérités draconiennes déjà mises en place nous ne faisons pas encore assez de [sacrifices]( https://www.pressenza.com/npermalink/fear-not-the-wrath-of-the-markets-for-just-like-the-gods-of-the-ancient-world-their-days-are-numbered), la nouvelle directrice du FMI Christine Lagarde  qui ne paie pas d‘impôt sur le revenu  a en effet accusé les Grecs d’avoir causé leur crise financière en ne s‘acquittant pas de leurs impôts. Les Allemands quant à eux font toujours de la résistance pour aider, et insistent sur toujours plus d’austérité, accusant le premier pays de l’UE à s’effondrer par « fainéantise », alors que de récentes données (datant de 2008) de l’OCDE montrent que les travailleurs grecs travaillaient en moyenne 48% de plus que les allemands.

Cela ne serait pas la première fois que le système « résout » l’une de ses crises par une guerre (que se passe-t-il donc en Syrie ?) ou en blâmant les immigrés (un indice de la montée en puissance de mouvements néo-fascistes en Europe ?).
Il y a donc urgence à étudier et à expérimenter des modèles économiques alternatifs, nos vies peuvent en dépendre.

Traduction de l’anglais : Constance Fleury

Catégories: Economie, Europe, International

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