Criminaliser les manifestations non-violentes, émergence d’une nouvelle tendance qui dérange.

17.06.2012 - Budapest - Tony Robinson

Cependant, l’Histoire est parsemé de personnages bien connus tels que Gandhi et Luther King qui, non seulement ont survécu à la répression, mais sont devenus en plus les archétypes parfaits du mouvement de la non-violence. Puis, il y a les autres, moins bien connus ou moins parfaits mais peut-être même plus inspirants, tels que Sophie Scholl, à Munich, qui a perdu la vie en 1943 pour avoir manifesté de manière pacifique contre le régime nazi, et les manifestants de la place Tian’anmen en Chine.

Plus récemment, le Myanmar a réprimé brutalement des moines bouddhistes qui manifestaient contre le régime militaire et, à travers le monde arabe, les manifestants ont défilé dans les rues pour faire face à des policiers, armés de fusils et prêts à tuer ceux qu’ils sont censés protéger. Ces pays sont dénoncés comme étant des régimes « anti-démocratiques », pourtant ces répressions ne se produisent pas seulement dans ces soi-disant régimes anti-démocratiques. Les autorités chiliennes utilisent régulièrement du gaz lacrymogène et des canons à eau contre les manifestants, y compris contre des lycéens. Durant les récentes manifestations du mouvement Occupy aux Etats-Unis, des vidéos montrent des manifestants assis attaqués au visage par des officiers de police avec des bombes lacrymogènes qui ont choqué les gens partout dans le monde, et lors de la manifestation des Indignados à Barcelone, une foule composée notamment de femmes et d’enfants, assis sur la place centrale et discutant de leur manifestation, a été brutalement attaquée par la police, dans le but de « nettoyer » la place en vue de la diffusion sur grand écran le soir d’un match de football.

La violence physique utilisée par les Etats contre les manifestants pacifiques n’a rien de nouveau.

Ce qui semble nouveau, en revanche, c’est le changement stratégique de ces pays « démocratiques » à criminaliser la manifestation non-violente. Pour mettre cela dans le contexte, il est nécessaire de rappeler la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et notamment l’article 20 : « Toute personne a droit à la liberté de réunion et d’association pacifique ». Alors soyons clairs, se réunir et manifester de manière pacifique est une liberté universelle acceptée par tous les gouvernements en 1948. Cependant, depuis quelques années, on observe une tendance grandissante d’érosion de ces libertés par le biais d’un lien insidieux entre la manifestation non-violente et le terrorisme.

L’année dernière, à Londres, un groupe connu sous le nom d’UK Uncut a commencé à manifester afin de faire prendre conscience que les coupes budgétaires dans les services publics présentées par le gouvernement auraient pu être largement payées si on avait obligé les particuliers et les entreprises à payer les impôts qu’ils devaient au lieu de trouver des solutions pour éviter d’en payer. Phillip Green, propriétaire d’une chaine de magasins au Royaume-Uni, a évité de payer une grande partie de ses impôts en transférant 1,2 million de livres sterling sur le compte bancaire de sa femme à Monaco, où il n’existe pas d’impôts.

Après 2001, les lois anti-terrorisme ciblaient principalement les étrangers ayant une différente couleur de peau ; ceci a entrainé l’érosion des droits, tels que des périodes prolongées de détention sans procès, et des restrictions aux libertés d’expression et de rassemblement. A présent, la définition du terrorisme semble s’être élargie afin d’y inclure le concept de « terrorisme économique », c’est-à-dire lorsqu’un manifestant empêche une entreprise d’exercer son activité.

Suite à une manifestation non-violente au magasin Fortnum and Mason au cœur de Londres, à West End, plus de 100 manifestants pacifiques ont été traités comme des criminels pour y avoir pris part, et d’autres exemples apparaissent. L’apparent modèle de droits de l’homme et de liberté qu’est le Canada a choqué des observateurs des droits de l’homme du monde entier. Des centaines de milliers de personnes marchent dans les rues du Québec depuis février 2012 pour protester contre les mesures qui, à terme, vont restreindre l’accès à l’enseignement supérieur pour les membres les plus pauvres de la société. Le gouvernement a répliqué en criminalisant les manifestants étudiants avec la Loi 78. Cette loi restreint la liberté de rassemblement, de manifester ou d’organiser un piquet de grève devant ou aux abords des universités partout au Québec, place des restrictions sur le droit de grève des employés du système éducatif et autorise des amendes jusqu’à 5 000 dollars canadiens (environ 4 000 euros) par jour contre les manifestants.

L’Espagne, également, dans une tentative désespérée d’éviter de donner envie aux personnes de manifester, a commencé à condamner des personnes à plusieurs centaines d’euros pour avoir participé à des manifestations non violentes. Ce type de mesure a même été amplifié par la Russie qui vient d’introduire des mesures pour condamner les participants aux manifestations à 7 500 euros d’amendes et les organisateurs à 25 000 euros d’amende. Il est clair que le système économique que nous connaissons s’effondre. Les sauvetages colossaux des banques, depuis quelques années, réalisés par les gouvernements se sont traduits par le sentiment, chez tous les citoyens du monde, de devoir supporter la responsabilité de payer pour le comportement irresponsable des banques privées et, dans le même temps, de subir le chômage croissant et les coupes budgétaires dans les services publics.

Alors que le système économique s’effondre, les manifestations publiques vont devenir de plus en plus bruyantes. Comme les récents mouvements sociaux dans le monde l’ont montré, les manifestations sont plus fortes et plus importantes quand elles sont pacifiques, et les gouvernements ont compris ce message et tentent de compromettre cette forme de manifestation en la liant avec le terrorisme. Et d’après ce qu’on a pu voir au cours des dernières décennies, les gouvernements croient qu’il est acceptable de combattre le terrorisme par la violence, sous toutes ses formes.

Le défi pour les manifestants pacifiques est de ne pas perdre espoir. Gandhi et Luther King ont très bien compris que le système ne peut pas faire face à une manifestation pacifique menée par des centaines de milliers de personnes. Aucun système de justice pénal ne peut faire face à ce nombre de criminels.

Par conséquent, ce qui est nécessaire, c’est une lutte qui puisse mobiliser des centaines de milliers de personnes et qui reste pacifique même face à une provocation et une violence extrêmes, faisant ainsi savoir à tout le monde que les actions des gouvernements sont totalement immorales.

Dans un monde idéal, bien sûr, la manifestation sociale ne serait pas nécessaire. Les gens verraient comment le système fonctionne, et les gouvernements manipulateurs et violents seraient rejetés à la prochaine élection sans que quiconque ne soit arrêté pour quoi que ce soit. Les dirigeants militaires respecteraient ainsi la volonté des personnes et rendraient le pouvoir. Cependant, il est difficile de voir ceci se produire tant que les médias restent contrôlés par ceux ayant des intérêts particuliers pour que les choses restent telles qu’elles.

Dans le sud des États-Unis, être arrêté était considéré comme un signe d’honneur. Le jour où nous trouverons que des centaines de milliers d’entre nous sont fiers d’être arrêtés, le système s’effondrera finalement, et si la non-violence et la non-discrimination sont clairement ancrées dans le cœur de ces personnes à cette époque, alors nous serons enfin en marche vers cette Nation Humaine Universelle.

Tony Robinson est le porte-parole international de l’organisation Monde sans Guerres et sans Violence.

Traduction de l’anglais : Alexis-Michel Gauvrit

Catégories: Europe, International, Opinion, Politique

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