Exécutions extrajudiciaires par des drones inhabités : de la science-fiction aux dommages collatéraux

11.03.2012 - london - Silvia Swinden

« Des avocats des droits de l’homme publieront des débats selon lesquels les employés de l’agence d’espionnage du Royaume-Uni qui aide les USA dans les attaques de drones au Pakistan pourraient être tenus responsables comme « complices de meurtre » et selon lesquels tout conseil du Royaume-Uni qui suppose la transmission d’informations à la CIA pour usage lors des frappes est illégal. » [The observer](http://www.theobserver.com/ « The Observer »).

L’assassinat politique par l’envoi d’un commando dans un pays étranger est une pratique établie depuis longtemps qui a néanmoins réussi à garder une apparence secrète. Il n’y avait aucun besoin de reconnaître officiellement de telles pratiques étant donné que l’identité de ceux qui se chargeaient de ces missions était aussi tenue très secrète. Le grand public a eu vent de ces pratiques principalement par des présentations idéalisées par l’industrie cinématographique. James Bond a un « permis de tuer ». Les héros Hollywoodiens aux muscles pleins de stéroïdes qui transpirent en Technicolor derrière les lignes de l’ennemi luttent toujours contre les méchants et remportent la victoire.

Plus d’un film de science-fiction parle de la force de gravité qui défie l’appareil inhabité qui persécute invariablement des héros sous les ordres de quelque régime totalitaire. D’une seringue volante pleine de poison dans Dune à des ballons blancs meurtriers dans la série télévisée britannique Le Prisonnier, il s’agit d’agents très sélectionnés par les Pouvoirs qui apparaissent comme aussi éloignés dans le temps que des colons de Mars et téléchargent leur conscience dans un ordinateur. L’avion contrôlé à distance a été créé en 1916 mais ce n’est pas avant la guerre du Vietnam que le gouvernement américain a reconnu leur usage, principalement pour des missions de reconnaissance.

Les usages en temps de paix de ces machines ont démontré bien sûr leur légitimité en cas d’incendie, reconnaissance dangereuse telle que vol au-dessus de la centrale nucléaire de Fukushima après le tremblement de terre et aussi dans l’industrie cinématographique.

Les drones meurtriers ont commencé à être utilisés au Pakistan en 2004, apparemment avec l’approbation du gouvernement pakistanais au début mais plus récemment, le nombre de civils et de personnes hors combat qui ont été tuées ou estropiées dans les attaques de drone ont soulevé des plaintes sérieuses du gouvernement pakistanais qui accuse les USA de « jouer perso ». La conscience se développe que de telles attaques orientent l’opinion publique contre les USA et font le jeu des Taliban et d’Al Qaeda à l’intérieur du Pakistan.

D’après le [Bureau du Journalisme d’Investigation](http://www.thebureauinvestigates.com/), 305 attaques CIA ont eu lieu au Pakistan – c’est 8% de plus par rapport à l’information précédente. Seulement sous la présidence d’Obama, il y a eu 253 frappes, une tous les quatre jours. Entre 2.347 et 2.956 personnes sont mortes dans les attaques, dont la plupart au combat. Le nombre minimum de morts recensées est vraiment plus élevé qu’on ne le croyait précédemment : 40% de victimes enregistrées en plus. La plupart des tués étaient probablement des combattants de classe ordinaire. Jusqu’à présent, 150 combattants dont on connait le nom ont été tués. Le Bureau a collationné des informations crédibles qui font état de 392 à 781 civils tués dans les attaques. Le Bureau a trouvé des rapports crédibles de 175 enfants tués dans les frappes de drones.

Sous le président Bush, on rapporte qu’une attaque sur trois a tué un enfant. Pour la première fois, le Bureau a compilé des détails exacts de blessures enregistrées lors des frappes de drones, révélant qu’au moins 1.158 personnes ont été blessées. »

**Est-ce légal**?

L’assassinat est illégal, son nom est donc passé à « meurtre ciblé » pour inclure quiconque comploterait quelque chose selon la définition de terrorisme contre les USA ou un autre pays qui utilise les drones. [L’Union américaine pour les Libertés Civiles](http://www.aclu.org/) déclare sur son site Web, « Un projet de meurtre ciblé loin de tout champ de bataille, sans accusation ni procès, viole la garantie constitutionnelle de procédure. Il viole aussi la loi internationale selon laquelle la force mortelle peut être utilisée hors des zones de combat uniquement comme dernier recours pour éviter un danger imminent, quand les moyens non mortels ne sont pas possibles. Cibler des individus sont soupçonnés de terrorisme pour les exécuter, loin de toute zone de guerre, fait du monde entier un champ de bataille. »

**Le point de vue non violent**

C’est vrai que lorsque la violence est rampante, la non-violence a très peu de moyens à offrir pour l’arrêter à court terme. Mais cela signifie simplement qu’il faudrait l’accentuer pour prévenir toute violence supplémentaire. Il est prouvé que les guerres manifestement injustes ne contribuent qu’à radicaliser les communautés de victimes. La justice sociale est la seule façon de prévenir le développement d’un conflit armé dans une population donnée. Et l’élection de gouvernements commis au respect des droits de l’homme dans leur propre pays et dans les autres pays représente la seule façon de cesser de créer des ennemis. Voter guidé par la peur pour le plus bruyant de ceux qui jouent les durs ne peut que nous maintenir dans l’escalade de violence que nous vivons aujourd’hui.

Silvia Swinden – auteur de « Du singe sapiens à l’homo intentionnel: la phénoménologie de la révolution non-violente ». Adonis & Abbey, Londres 2006

Catégories: Europe, Politique

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