Par le Réseau Européen pour une Santé Mentale démocratique (*)

Journée d’échanges et de débat, ce Samedi 4 juin, à partir de 13 heures, le «Lieu Dit », Lieudit Lelieudit 6 rue Sorbier, Paris 20e 

La reconnaissance de la santé en tant que bien commun a fondé la revendication de sa prise en charge par les institutions publiques dans les pays démocratiques.

Dans un tel contexte, des expériences de soins humanistes ont vu le jour et, notamment en France dans le cadre des soins de psychiatrie de Secteur.

Depuis plusieurs années maintenant, on assiste, atterrés, au processus inverse : le pouvoir néolibéral international est déterminé à privatiser les institutions de santé, à transformer définitivement la santé en bien de consommation négociable sur le marché, en marchandise parmi les autres marchandises. Cette logique politique veut installer la concurrence entre les soignants mais aussi entre les patients à travers la mise en place de mesures relatives à la dotation financière des structures, à la rémunération et au remboursement des soins.

Le retrait, parfois insidieux, parfois brutal, des moyens de financement public procède de pair avec l’imposition de normes standardisées qui vident l’acte thérapeutique de son essence. Ces normes néolibérales neutralisent tout contrôle démocratique des décisions et aboutissent à des situations de précarité sanitaire dans des territoires ou des pays entiers. Les gouvernements sont les agents de cette politique.

L’alternative à proposer ne peut que reposer sur l’action citoyenne de résistance. Une résistance qui est, au-delà des nécessaires revendications, une création d’espaces de soins indépendants à la fois de l’Etat et de l’économie de marché. Une action orientée par les principes de la démocratie dans le soin, de la solidarité universelle et du caractère humaniste de l’acte soignant. La ligne de perspective d’une telle action l’oriente vers l’autogestion de la Santé à tous les niveaux.

En Grèce, le désastre humanitaire consécutif à l’application des politiques d’austérité imposées par le pouvoir néolibéral international a donné naissance à un vaste réseau de structures sanitaires solidaires autogérées qui assurent les soins d’une partie de la population exclue du système officiel.

En France, dans des territoires désertés par le système sanitaire et social, des initiatives citoyennes de soins tournés vers les besoins spécifiques des populations locales sont en place ou en voie de création. Dans d’autres pays il existe évidemment des projets similaires.

Dans tous les cas ce qui est en cause c’est le droit de toutes et tous de bénéficier d’un accueil et d’une écoute égalitaire garantissant la dignité de la personne humaine.

Ces projets cantonnés localement par le système risquent l’invisibilité et l’étouffement du message politique et social inhérent à leur émergence.

La journée d’échanges et de débat que nous proposons pour ce 4 juin a pour ambition de devenir un des points de départ d’une nouvelle reconnaissance des enjeux démocratiques liés à la santé et de s’inscrire dans un mouvement international de sa réappropriation citoyenne.

 

Programme

13h00 : Présentation du projet de Réseau pour une Santé mentale démocratique par un membre du Collectif

 

13h15 : Dr Jean-Pierre Martin, psychiatre, membre fondateur de l’association « Accueil », membre actif du CEDEP, auteur de « Psychiatrie dans la ville », Paris

« L’actualité du sens du combat  des pionniers du désaliénisme français face au virage austéritaire du soin psychique. Militer pour un accueil humaniste de la souffrance psychique»

La France s’est dotée, en mars 1960 d’une politique audacieuse, dite politique de secteur, ouvrant des voies à de multiples initiatives des soignants pour la réalisation d’une psychiatrie enfin humaine. Soumise d’emblée à la contradiction  entre logiques désaliénistes et logiques administratives, cette orientation n’a pas pleinement réussi à généraliser son influence sur les pratiques. C’est là une des raisons pour lesquelles elle n’a pas réussi à résister de manière efficace à une série de décisions négatives de l’Etat qui depuis plusieurs années neutralisent graduellement ses aspects émancipateurs. Une société se juge sur la façon dont elle traite les hommes et les femmes en difficulté, notamment les personnes souffrant de troubles psychiques. Assurer un accueil humaniste à la souffrance psychique n’est pas seulement une question de législation.

13h45: Discussion

14h00 : Projection d’une partie du documentaire interactif  « Grèce: ζω… Je vis ! », réalisé par le Collectif « Agence presse Pressenza-France »

 

14h15 : Xénia Mylonaki, psychanalyste, Réseau solidaire « Syn-yparxi », Athènes

« Les effets thérapeutiques de l’engagement solidaire dans un contexte de crise sociale étendue.»

Résorber l’isolement et la peur est un objectif vital, car la peur engourdit le cœur humain et le réduit à l’incapacité de réagir aux défis du quotidien. La création et la préservation d’un espace social de coexistence implique de manière centrale le soutien aux  personnes, pour préserver leur intégrité physique et morale. Ceci est d’autant plus nécessaire que cet espace est menacé aujourd’hui de disparaître  dans l’obscurité sous l’effet d’une crise dévastatrice. Il ne reste plus de marges pour tergiverser. Chacune et chacun doit se saisir d’un bout de la réalité, si possible ne plus rien lâcher, pour qu’un espoir soit rendu possible.

 

14h45: Dr Emmy Koutsopoulou, psychiatre, Dispensaire Solidaire Social Autogéré de Néa Philadelphia, Athènes

« Accueillir, soutenir, soigner la souffrance psychique dans une structure solidaire autogérée »

Dans le désert calciné de la crise en Grèce les Dispensaires Solidaires fonctionnent comme autant de « nids d’eau à entretenir dans les flammes » (Anagnostakis). Mais, au-delà de la fonction d’accueil inconditionnel, de soutien et de soin de la souffrance, dont la part importante de la souffrance psychique, les Dispensaires Solidaires incarnent aussi un nouveau paradigme. Loin de la prétention d’offrir un « meilleur soin, plus efficace qu’ailleurs », c’est surtout d’une approche holistique et d’un rapport soignant-soigné à l’opposé du rapport de pouvoir qu’ils se revendiquent. Une approche qui contribue de manière active à la déstigmatisation de la souffrance psychique.

15h15 : Discussion

 

15h30: Dr Jérémie Fougerat, médecin généraliste, Poitiers

« L’expérience d’un Centre de Santé ayant émergé grâce à l’action citoyenne »

La participation des habitants à  la création et le fonctionnement d’un Centre de Santé  semble aujourd’hui  exceptionnelle, mais on pourrait y voir un début de proposition pour l’organisation de la médecine de ville de demain. L’idée de coopérative pour un tel projet génère des questions nouvelles que seule l’inventivité des participants pourrait répondre. Dans tous les cas ce sera une belle aventure.

16h00 : Discussion

16h15 : Les axes communs de la journée, résistances et soins démocratiques,  synthèse et discussion avec la salle.

17h15 : Conclusions, propositions d’actions futures

 

(*) Auteur 

Nous sommes un groupe composé de militants et de professionnels souhaitant coordonner les initiatives pour la mise en place d’un « Réseau Européen pour une Santé Mentale démocratique », en lutte contre les conséquences de l’austérité sur les soins psychiques en Europe, désirant faire connaître et soutenir des pratiques citoyennes et alternatives dans ce champ. L’éveil grec, représenté en la matière par les dispensaires autogérés et les initiatives solidaires nous servira de point d’appui concret pour conjoindre réflexion et actions dans la perspective de favoriser le développement de soins psychiques humanistes, respectueux du sujet et d’accès universel.

Contact : emancipsy@gmail.com